Voici dix ans, j'ai déjà parlé de mon dégoût progressif des transports en commun. Il ne s'est pas du tout arrangé avec le temps, et ma saturation de la vie urbaine n'a fait que s'accroître.
Au final, j'ai rejoint la cohorte des "mauvaises gens" dont le moyen de transport préféré est la voiture, ce symbole de l'individualisme et de la pollution.
Pourquoi m'être autant renié?
Il y a plusieurs raisons.
La première c'est effectivement une misanthropie croissante. L'idée de m'entasser avec des inconnus pendant un nombre d'heures déterminé m'est de plus en plus pénible.
Effet de l'âge ou retour du naturel, je suis de plus en plus sensible à l'incivisme, au bruit, à l'agressivité, tout ce à quoi on n'échappe pas quand on partage un wagon ou un avion.
Si l'on ajoute à ça les aléas plus que fréquents (prix qui changent, retards, places réservées squattées, etc), cela rend "l'expérience" pour reprendre un mot d'aujourd'hui, facilement désagréable.
Il y a aussi cette tendance récente que je constate: la chasse aux bagages.
On dirait en effet que ceux-ci sont de plus en plus malvenus, soit qu'on doive systématiquement payer, comme dans l'avion, soit qu'on doive les reléguer sur de minuscules étagères en début de compartiment comme dans les TGV, d'où les filets sont maintenant bannis.
Mais la raison principale de mon revirement, c'est que je suis finalement devenu sensible à ce que la voiture a représenté lorsqu'elle s'est généralisée, c'est-à-dire un instrument de liberté et d'autonomie.
Posséder un véhicule élargit magistralement le rayon d'action géographique de son propriétaire, qui peut également partir quand il le veut, indépendamment des horaires de bus, train ou métro.
Depuis quelques années, je prends des vacances en solitaire, et de plus en plus je choisis des destinations, à l'étranger ou non, où je me rends en voiture.
Je l'ai déjà fait avec ma famille ou des amis, mais l'expérience était différente car encore trop dépendante des autres.
Lorsque je pars seul, je choisis quand, où et comment.
Je suis seul maître du trajet, des pauses, de la musique que j'écoute. Je peux chanter si je veux, grignoter ce que je veux, prendre la route x ou la route y selon mes envies.
J'éprouve dans ces moments un sentiment inédit de paix et, effectivement, de liberté, qui desserre l'étouffement de la vie quotidienne.
J'aime aussi le vélo pour ça, mais le rayon d'action est incomparablement plus réduit, et aussi on n'éprouve pas le même sentiment de protection.
En effet, un vélo se vole hyper facilement, surtout dans notre pays, mais l'habitacle d'une voiture a sur lui cet avantage d'être un espace privé et clos quand on le souhaite.
Alors oui, la voiture individuelle est effectivement un luxe et un élément de pollution clairement identifié.
Sa mise en oeuvre réduit l'espace disponible et son omniprésence constitue une cause de mortalité bien réelle, et son adoption par dix milliards d'humains serait probablement une catastrophe.
Mais il est aussi clair qu'aujourd'hui je ne vois pas d'équivalent en termes d'autonomie, de tranquillité et de rayon d'action.
Y renoncer serait un crève-cœur et ne compter que sur la responsabilité des gens pour changer cela est utopique.
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