lundi 16 mars 2026

Chanson (36) : Politiquement correct

Après des années de domination médiatique par le politiquement correct, on voit s’amorcer un retour de bâton.

De plus en plus de gens critiquent les excès de cette espèce de bien-pensance marquée à gauche et revendiquent une liberté de ton et d’expression trop longtemps étouffée

On peut considérer que c’était nécessaire, et que la fin du long monopole des révolutionnaires de salon encensant le banditisme vu comme une rébellion, mai 68, les régimes cubain ou iranien, et annulant leurs opposants en leur clouant l’étiquette fasciste est une bonne nouvelle.

Malheureusement, les contestataires font aussi remonter des opinions puantes auxquelles on n’était plus habitués, des délires fanatiques en tout genre à la réaction la plus basique.

Le morceau de Bénabar dont je vais parler aujourd’hui s’intitule justement Politiquement correct

J’ai découvert cet artiste, dont la musique et la voix comptent moins que les textes, en tombant à la radio sur son excellente chanson au sujet des émissions de variété des Carpentier qui ont marqué les années 70.

Bénabar est un grand conteur, qui joue habilement avec les mots pour raconter, toujours en douceur et avec beaucoup d’humour, des petites histoires et parfois transmettre des messages.

C’est le cas dans Politiquement correct, qui est au final une profession de foi de ses opinions, qui sont en gros celles de la gauche dans sa version pré Terra Nova et pas trop bobo.

Les couplets sont en effet une liste successive d’affirmations de ce en quoi croit Bénabar.

Cela va de la protection des animaux à l’égalité des sexes en passant par le respect des minorités religieuses ou sexuelles, le combat contre la drogue, etc.

Et chaque point énuméré est ponctué d’un ferme "Tu trouves ça peut-être politiquement correct, mais moi j’t’emmerde".

L’effet est assez drôle, dédramatisant tout en affirmant les choses, et cette réhabilitation un peu ironique de certaines actions individuelles qu’il est si facile et fréquent de moquer cyniquement sans rien faire d'autre est bienvenue.

Cela me semble beaucoup plus percutant que les insupportables discours de tant de militants, souvent hypocrites, culpabilisants, réducteurs et moralisateurs.

En ce sens, Politiquement correct est une chanson particulièrement réussie.

Je trouve qu’elle remet quelques pendules à l’heure, donne envie de s’y remettre et elle m’aide aussi à ne pas complètement désespérer de notre gauche dangereusement LFIsée.

 

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dimanche 15 mars 2026

Minutes de silence

Récemment l'extrémiste de droite Quentin Deranque a été assassiné par une bande d'antifas (dont on se dit que l'anti est bien superflu) connus pour leur activisme violent.

En 2023, c'est Nahel Merzouk qui fut abattu par un policier alors qu'il conduisait à grande vitesse et sans permis et refusait d'obtempérer.

Enfin, en 2013, c'est le jeune Clément Méric, extrémiste de gauche, qui trouva la mort dans une baston avec un groupe d'extrême droite.

Nahel était un délinquant déscolarisé, Méric et Deranque des étudiants ultra politisés, mais tous les trois étaient jeunes et leurs comportements à risque et en dehors des clous, voire carrément hors-la-loi pour Nahel, ont entraîné leur mort tragique et stupide.

L'autre point qui les réunit est que tous trois ont eu droit à une minute de silence à l'assemblée nationale, et c'est ce a inspiré ce post.

L'émotion suscitée par ces morts est compréhensible, même si évidemment elles ont toutes été récupérées de manière aussi prévisible que dégueulasse par des camps politiques et/ou par la délinquance plus ou moins organisée.

Mais je m'interroge sur le sens de cette minute de silence.

Ce cérémonial me semblait dédié aux hommages aux gens morts pour la France, dans l'exercice de leurs fonctions ou pour défendre certaines valeurs sur lesquelles nous nous sommes construits.

Qu'une minute soit consacrée à Samuel Paty ou Arnaud Beltrame, a ainsi tout son sens.

Mais dans ces trois cas?

Ces garçons étaient au contraire des représentants de ce qui détruit notre pays et notre société: délinquance, fascisme et gauchisme, qui sont des poisons pour la démocratie et des facteurs de division.

Même s'ils ne méritaient sans doute pas que ça se finisse de manière aussi tragique, ne sont-ils pas morts à cause de leurs choix de vie, des choix dont ils étaient quand même responsables et qui allaient délibérément à contre sens?

Du coup je trouve ces minutes absurdes et déplacées, voire même insultantes pour les vrais héros.

Elles sont insultantes aussi pour les victimes de gens qui ont croisé le chemin de ces trois garçons, de l'infirmier de Roubaix écrasé par un autre Nahel fuyant la police en passant par les victimes de la jeune garde ou des skinheads.

Nous vivons décidément une époque singulière, confuse, où tout est brouillé, où être victime est suffisant pour être absous et où l'émotion à chaud est survalorisée.

Arrêtons ces minutes si on ne veut pas qu'elles soient vides de sens.

jeudi 29 janvier 2026

Chanson (35): Les matins d'hiver

Dans les années 70-80, Gérard Lenorman était une star de la variété française. On l'entendait beaucoup à la radio, on le voyait à la télé, il remplissait les salles de concert.

Comme C. Jérôme ou d'autres artistes de cette époque et de ce courant musical un peu méprisé, je ne peux pas dire si je l'aimais ou pas.

Mais c'était une personnalité familière et ses chansons positives et simples comme la gentillesse qui émanait de lui inspiraient spontanément la sympathie.

Cette sympathie s'est accrue quand plus âgé je l'ai entendu parler de sa vision du monde et de sa triste jeunesse "d'enfant de boche".

Il semblait avoir beaucoup souffert et être quelqu'un de gentil, au sens premier et noble du terme.

Sa chanson Les matins d'hiver, dont je vais parler aujourd'hui, date d'avant ma naissance.

Il y raconte les souvenirs d'enfance d'un petit garçon allant à l'école avec son frère et y rêvant d'ailleurs paradisiaques en opposition avec le froid de l'hiver.

Sur le titre proprement dit je n'ai pas grand-chose à dire.

La musique est simple et le texte bien écrit, dans un langage accessible bien qu'utilisant parfois des mots surprenants (la douce chaleur que nous "prodiguait" le vieux poêle), et les images sont joliment rendues.

Mais ce morceau est spécial pour moi car c'est précisément à l'école primaire que je l'ai découvert, ma maîtresse nous l'ayant fait étudier je ne sais plus dans quel but.

De ce fait, en une sorte de mise en abyme il me rappelle ma propre enfance, ma propre école et les frères avec qui je m'y rendais moi aussi.

Cet écheveau de souvenirs fait que cette chanson me touche à chaque fois que je l'entends.

Quand Lenorman parle du froid sur le chemin, je me revois marchant sur la petite route qui me séparait de l'école.

Le poêle qu'il évoque prend la forme de celui qui réchauffait notre petite salle (et où un camarade s'était brûlé la main).

Je revois également mes frères m'accompagnant, le plus grand qui a quitté ce monde trop vite, et les deux petits, qui ont autant vieilli que moi.

Avec le temps ces souvenirs s'éloignent et deviennent de plus en plus flous.

Faute d'enfants l'école, déjà une classe unique quand j'y étais, est fermée pour de bon depuis des décennies, et la neige aussi se fait rare.

Mais ce monde disparu et le petit moi de l'époque me sont précieux, et Les matins d'hiver les ressuscitent à chaque fois que j'entends ce morceau.


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mercredi 21 janvier 2026

Scènes de métro (10): instant blues

Un soir, dans la rame de métro bondée où je patientais est monté un vieil anglo-saxon (américain je pense).

Très maigre, il était habillé avec la vraie panoplie du rocker sixties: tout en jeans et bijoux, avec un foulard sur la tête.

Il a commencé à jouer de la guitare au bottleneck, s'accompagnant en chantant et en jouant de l'harmonica. Son répertoire était du blues rock un peu sudiste.

Sa voix n'était pas toujours très assurée, ni la musique forcément très juste (le métro c'est chaotique), mais c'était sincère et puissant.

Inexplicablement je me suis senti très ému.

J'avais un peu la même sensation que si j'avais revu un vieil ami après une longue période de séparation, ou qu'une passion défunte ressurgissait soudain du passé.

En fait, cette musique m'a ramené quelque chose de mon moi d'avant, du monde de ma jeunesse, quand la musique, cette musique, était centrale, quand les rockeurs étaient de jeunes rebelles et pas des vieux fossiles, et quand la société où j'évoluais était moins variée.

Quand il a eu fini de jouer, le musicien est passé parmi les voyageurs avec un vieux porte-monnaie de cuir.
 
Je voulais absolument lui donner quelque chose et n'ayant pas de pièces je me suis fendu d'un billet de cinq euros.

Je l'ai alors vu faire les yeux ronds et me demander avec une surprise mêlée de gratitude si j'avais aimé sa musique.

Dans mon anglais de cuisine je lui baragouinais que oui, beaucoup, et il a commencé à me parler, mi en français mi dans sa langue.

Un peu gêné, je ne savais pas trop comment réagir (en plus je le comprenais mal) mais il a fini par écourter en me remerciant chaleureusement une nouvelle fois, et en me donnant une petite carte de visite avec un lien vers une vidéo où il chantait.
 
Je suis parti avec un sentiment mitigé, entre l'émerveillement et la tristesse de ne pas être assez sociable pour avoir parlé plus longtemps.

Mais j'emmène en tout cas avec moi le souvenir d'un moment magique, qui me donne pour une fois envie de remercier la RATP.


dimanche 7 décembre 2025

Chanson (34) : Frappe avec ta tête

J'ai déjà parlé de la place qu'avait Daniel Balavoine dans ma vie et dans ma discothèque, mais aujourd'hui je voudrais mettre le focus sur une de ses chansons les plus marquantes pour moi.

Il s'agit de Frappe avec ta tête.

Lorsque j'avais récupéré l'album qui la contenait, Loin des yeux de l'Occident, elle ne m'avait pas spécialement attiré l'oreille.

Elle faisait partie d'un tout qui me plaisait, et avait un titre un peu bizarre, mais comme Les petits lolos ou Poisson dans la cage par exemple.

Et puis il y eut ce soir qui est resté gravé dans ma mémoire.

J'étais dans mon lit et j'écoutais une nouvelle fois cet album. Je revois même les têtes de lecture en train de tourner sur mon petit radio cassette de l'époque (ce devait être mon premier combiné).

Cette fois-ci, je ne sais pas pourquoi, j'écoutais les paroles et j'ai entendu pour la première fois ce vers glaçant: "A cours d'idées, ils t'ont coupé, et la langue et les doigts". Je me souviens avoir été horrifié par cette image, limite paniqué.

Je ne sais plus ce que j'ai fait sur le moment, mais je compris que ce morceau parlait d'une victime de torture que les mutilations décrites empêchaient de s'exprimer, et qui pour ne pas renoncer frappait avec sa tête.

L'idée était que la force morale était plus forte que la répression.

J'appris quelques années plus tard que la chanson était dédiée au musicien argentin Miguel Ángel Estrella, persécuté par les dictatures alors en place en Amérique latine.

En tout cas à partir de cette prise de conscience Frappe avec ta tête est devenu pour moi un titre phare de Balavoine et en bonne place dans ma discothèque idéale.

Musicalement, il est construit autour d'une basse et de nappes de clavier lourdes et angoissantes, que rejoignent les autres instruments dans une progression très soft.

Balavoine chante les couplets à l'économie, lâchant un peu de sa puissance dans les refrains, et explosant littéralement à la fin, où il pousse des cris de fureur et de rage tandis que les choeurs répètent de manière lancinante "Frappe avec ta tête".

L'effet sur moi est toujours le même, une envie de me battre contre l'adversité, un désir de revanche et une rage qui monte contre l'injustice.

J'ai eu l'occasion d'écouter des versions live de ce morceau, qui m'ont fait regretter de ne pas avoir pu voir Balavoine en concert.

Il pousse ce morceau à l'extrême, fait hurler le public avec lui, le lance dans un véritable combat. C'est jubilatoire et extrêmement puissant.

Frappe avec ta tête a 42 ans, Balavoine nous aura quittés depuis 40 en janvier prochain, mais les geôles et les gens qui frappent avec leur tête n'ont hélas pas disparu, on a même l'impression que ces dernières années les délits d'opinion ont le vent en poupe.

Le constat reste donc d'actualité, et si je ne crois plus "qu'on ne se bat pas contre les hommes qui peuvent tout pour ce qu'ils croient" je continue à écouter ce morceau et à espérer avec lui.


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mardi 25 novembre 2025

Mondialisation, Westlessness et gueule de bois

J'ai déjà évoqué mes réflexions sur l'Europe et ce que cette idée représentait pour moi.

Aujourd'hui je vais étendre un peu mon périmètre et parler de l'ensemble dans lequel s’inscrit cette Europe et donc la France, c'est-à-dire l'Occident.

Cet Occident domine la planète depuis plusieurs siècles.

Jusqu'au début du 20e siècle, l'Europe en était le centre, puis ce centre a migré vers les États-Unis et d'une certaine manière vers l'URSS.

Débattre des causes de cette domination est complexe et controversé, mais les faits sont là : du jour où les puissances de la petite péninsule européenne se sont projetées vers le reste du monde, celui-ci en a été profondément et irrésistiblement modifié.

Par le commerce puis par la force, l’Europe a ainsi exporté ses populations, mais aussi ses idées, ses religions, ses normes, ses langues et ses modes de vie sur l'ensemble du globe, dans un rapport de plus en plus déséquilibré au cours du temps.

L'acmé en a été la deuxième période coloniale, où quelques pays s'étaient tout simplement partagé la planète, à quelques îlots miraculeusement préservés près.

Après deux ou trois générations, les dominés, empruntant le framework national des dominants, se sont légitimement réveillés pour récupérer leur souveraineté, avec plus ou moins de difficulté mais à peu près partout avec succès.

L'étape suivant la colonisation fut la guerre froide, qui limita ces souverainetés en remplaçant la domination directe par une division de l'ensemble du globe en deux camps, chacun dirigé par un pays issu de l'Europe, et chaque groupe se basant sur un système inventé par des Occidentaux.

Cette organisation disparut à son tour dans les années 90, l’influence occidentale se perpétuant via une mondialisation économique tout aussi puissante et structurante, un temps dominée très largement par les US.

Aujourd’hui l'héritage de ces siècles de domination directe ou indirecte de l'Occident est très présent.

La plupart des frontières modernes sont issues des conquêtes et des guerres menées par l'Europe (j'ai lu que la France était impliquée dans la définition de pas moins de 17% des frontières terrestres).

La première langue internationale, l'anglais, est celle d'un petit pays européen qui l'a imposée à quantité d'autres, le plus puissant d'entre eux s'en faisant ensuite à son tour le relais.

La majorité des autres langues internationales sont également européennes: espagnol, portugais, français et néerlandais sont ainsi les langues officielles de bon nombre de pays sur plusieurs continents.

La première religion du monde, le christianisme, s'est tout d'abord imposée en Europe avant que les puissances du continent ne l'exportent partout, et que son calendrier devienne le calendrier dit universel.

Le système métrique, la classification des éléments, les organismes internationaux, l'ONU, tout cela est issu de l'Europe, puis des États-Unis, donc de l'Occident.

La majorité des marques mondiales que chacun connait ont elles aussi été créées en Occident, de même que les choix technologiques structurants comme l’internet.

Dans l'histoire de la Terre, il y eut certes d'autres grands empires et d'autres religions conquérantes, mais il n'y eut pas d'équivalent à cette extraordinaire influence, profonde, longue et protéiforme.

Bien sûr, cette expansion occidentale rencontra des résistances et ses résultats sont différents selon les contextes.

La marque fut notamment moins profonde sur les civilisations anciennes et structurées, comme en Asie où langues, cultures et religions furent globalement préservées et surent s'adapter.

On pense à l'incroyable Japon, seule puissance non blanche à s'affirmer dans l’occidental dix-neuvième siècle, à la Turquie qui se réinventa pour ne pas être démantelée à la fin de l'empire ottoman ou à la Thaïlande qui sut négocier une position d'état tampon entre empires français et britanniques.

Le monde arabe, sans doute trop proche de ses conquérants, fut touché en profondeur mais préserva sa mémoire et sa religion principale, à défaut de sa langue trop morcelée.

L'Afrique subsaharienne fut en revanche profondément bousculée, les rouleaux compresseurs coloniaux plaquant des états modernes sur des régions dont les modes de fonctionnement étaient très différents. Ce double héritage, tout comme les découpages hasardeux faits par les envahisseurs, continuent de poser des problèmes complexes aux états de cette zone, qui peinent à se stabiliser.

La marque la plus forte se trouve cependant dans les régions que les migrants issus de l'Europe ont repeuplées, au détriment d'indigènes devenus marginaux dans ces espaces.

On pense en premier lieu au sort que réserva le pays le plus puissant du monde à ses malheureux "natives", mais leurs équivalents connurent à peu près partout le même sort sur tout le continent américain .

Idem pour les premiers habitants d'Océanie, dans les grands états comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ou dans les plus petits territoires comme la française Nouvelle-Calédonie.

Aujourd'hui, plusieurs signes semblent nous indiquer que ce long cycle de domination sans partage de l'Occident se termine.

Il y a tout d'abord l'économie: on a vu ces dernières décennies la Chine prendre un poids de plus en plus énorme dans le PIB mondial.

Dans son sillage, voire en parallèle, d'autres puissances intermédiaires avec lesquelles il faut compter émergent, surtout en Asie: Inde, Indonésie, voire Turquie.

Précédemment, le Japon et les autres dragons asiatiques (Corée du Sud, Taiwan...) avaient eux aussi connu des performances économiques si remarquables qu'elles avaient inquiété.

Mais ces puissances étaient alors alignées voire contrôlées par les États-Unis, et donc des sortes d'extensions de l'Occident sans volonté politique propre.

Pour la Chine c'est complètement différent. Ce pays aspire à retrouver un rang qu'elle estime lui être dû, un rang qui corresponde à son poids sur la planète et à son histoire.

En ce sens, après avoir courbé l'échine le temps de s'affirmer, elle développe des systèmes déconnectés du leadership occidental et adopte vis-à-vis de lui une politique d'opposition de plus en plus frontale.

Son développement se base à la fois sur un reliquat de communisme mâtiné de confucianisme qui rend impossible toute contestation de l'Etat, sur le trésor que constitue sa main d'œuvre pléthorique et disciplinée, et aussi sur le fait de représenter une alternative à l'Occident.

Rappelant qu'elle fut elle aussi colonisée, rejetant l'idée de valeurs universelles type droits de l'homme ou écologie, elle sait en effet offrir un discours séduisant aux pays en développement, leur proposant autre chose que l'ordre post-1945 dans lequel ils se sentent contraints et dont les racines leur sont souvent douloureuses.

De fait, la Chine ne se joint que rarement aux condamnations de l'ONU, elle travaille avec qui paye et utilise la stratégie d'étouffement par la dette qui fut celle suivie par l'Europe pour s'emparer de pays créditeurs au 19e siècle, comme la France le fit avec la Tunisie par exemple.

Les résultats sont spectaculaires: Pékin, Beijing comme on le redit, est désormais le premier partenaire commercial de la moitié du monde, affirme sa présence sur tous les continents et est devenue un relais pour tous ceux qui contestent l'Occident et le système qui en est sorti.

Elle joint ainsi avec succès le politique à l'économique, et se présente comme l'anti-Ouest par excellence.

Lentement mais sûrement, elle casse les anciens monopoles, que ce soit en inventant l’alliance des BRICs, en proposant de nouvelles normes techniques, ou en développant à marche forcée des marques concurrentes, quand ce ne sont pas carrément les leaders mondiaux de nouveaux secteurs, comme les panneaux solaires ou les voitures électriques.

Dans son sillage on trouve la Russie, qui essaye avec plus ou moins de succès de reprendre la politique de l’URSS, abandonnant le messianisme communiste et déguisant son séculaire projet impérialiste derrière une volonté affichée de multi polarité et tentant de faire oublier qu'elle est une partie de l'Occident.

On voit aussi que les pays arabes du Golfe, forts de leurs pétrodollars, se permettent désormais de dire non à Washington, et tentent d’utiliser leur soft power islamique pour peser plus sur le monde. Leur talon d’Achille reste toutefois leur extrême division, les rivalités ouvertes entre états limitant leur poids global.

Les deux régions historiquement dominées que sont l’Amérique latine et l’Afrique subsahariennes tentent elles aussi avec plus ou moins de bonheur de sortir de la vassalité où elles sont bloquées depuis des siècles.

S'appuyant sur d'autres forces, et notamment la Chine, elles affirment une volonté de se développer sans les contraintes démocratiques et écologiques souvent et hypocritement exigées par les Occidentaux.

Comment les en blâmer d’ailleurs ? N’avons-nous pas connu cette phase d’extrême pollution et de violence lors de notre décollage industriel ?

Et les puissances asiatiques, sous tutelle américaine ou non, n’ont-elles pas elles aussi suivi un chemin pas forcément vertueux et démocratique pour décoller (pensons à la Corée du sud) ?

Dernier groupe de pays, il y a ce qu'on appelle les états parias, généralement les ennemis personnels de l’Oncle Sam pour des raisons historiques, qui trouvent un second souffle dans le monde moins occidental d'aujourd’hui : Iran, Corée du nord, Lybie, Venezuela ou Cuba.

Le grand rééquilibrage que j'évoque ici est somme toute logique: il n’y a aucune raison que l’Europe et sa descendance règnent sans partage et sans fin sur le globe.

Au-delà de cette question de légitimité, il y a aussi des constats factuels contre lesquels on ne peut rien.

Tout d’abord l’âge et le nombre : l’Occident, et surtout l’Europe, vieillit et fait moins d’enfants.

Cela entrave sa capacité à innover, à se battre, et aussi sa part relative sur le globe. Je crois que nous sommes passés de 20% des Terriens en Europe au début du 20e siècle à moins de 10% aujourd'hui, cela compte forcément.

Il y a ensuite les ressources naturelles.

Les mines de fer, de charbon, d’uranium et autres qui ont fait la fortune de l’Europe sont globalement taries du fait de l’ancienneté du développement et de la densité de population.

Cela entraine une dépendance vis-à-vis de pays extérieurs mieux dotés, moins peuplés et pas encore exploités dans les moindres recoins.

On pense à la Russie et à l’Amérique latine, mais aussi à l’Afrique en général.

L’avancée technologique a longtemps donné à l’Occident un avantage décisif.

Sa puissance militaire était largement basée là-dessus : la mobilité et l’armement industriel ont permis de se projeter partout avant et mieux que l’adversaire.

C’était vrai au temps des conquêtes coloniales comme lors de la guerre froide.

L'avance technologique restait réelle encore récemment, notamment au niveau des infrastructures mondiales avec un internet 100% américain, mais c’est de moins en moins vrai aujourd’hui, la Chine le prouvant amplement.

Quant aux valeurs, c’est-à-dire au moins pour le versant UE/USA la démocratie, le libre-échange, la négociation et les droits de l’homme, d'une part elles sont profondément contestées dans ces pays eux-mêmes, et d'autre part les adversaires de l’Occident ont beau jeu de souligner qu’elles ne sont guère appliquées par ses propres promoteurs : qu’on pense à Israël ou aux guerre de Bush n°2.

Tout ceci pour dire que nous assistons bien depuis quelques décennies à une westlessness, à l'avènement d'un monde de moins en moins occidental.

L'ordre en est challengé par un sud dit global dont les membres n’ont en commun que l’opposition à l’Occident, par la revancharde Russie qui s’en détache alors qu’elle en est le co-constructeur, par un monde islamique et une Inde qui se cherchent et surtout par une Chine qui constitue, et pour longtemps, un challenger redoutable et crédible.

Il est objectif et factuel de comprendre que cette westlessness est un phénomène de fond, qui ne va aller qu'en augmentant.

Il faut que nous, les Occidentaux et encore plus les Européens, nous nous y préparions, sans illusions et sans croire que le retour en arrière est au coin de la rue parce que ce n’est pas le cas.

Il faut également ne pas s’imaginer qu’on pourra dialoguer de bonne volonté avec des peuples et des pays qui ont une revanche séculaire à prendre, sauf si l'on a pris soin d'avoir gardé la force nécessaire pour être pris en compte.

Il faut enfin être conscient qu’il faudra changer de recette autant de fois que nécessaire pour arriver à quelque chose et que non, l’Histoire n’est pas finie.

Sans cette indispensable prise de conscience et l'aggiornamento qu'elle implique, nous deviendrons une sorte de vieille noblesse du monde, usée par le temps, isolée dans des châteaux décrépits en attendant qu’on l’en déloge, spectatrice impuissante et inutile des changements.

samedi 22 novembre 2025

Racines chrétiennes

La France fut longtemps qualifiée de fille aînée de l’Église.

En effet, à partir du baptême de Clovis selon l'historiographie officielle, notre état se construisit sur et par le christianisme, progressivement instrumentalisé, confisqué ou contrôlé par le pouvoir politique.

Selon les périodes, plusieurs confessions cohabitèrent, mais c'est le catholicisme qui finit par avoir la primauté.

Il s'imposa de manière inflexible et combattit toutes les alternatives, les détruisant définitivement comme dans le cas des ariens, des cathares ou des jansénistes, ou de manière incomplète comme dans celui des protestants.

En parallèle, la religion mère du christianisme, le judaïsme, exista toujours sur le territoire français, ses fidèles, très minoritaires, étant plus ou moins tolérés et régulièrement persécutés, mais ne disparaissant jamais.

Notons aussi la persistance de superstitions et d'autres traditions issues d'anciens cultes, souvent en milieu rural, qui furent combattues ou intégrées par la religion majoritaire.

Notons enfin une parenthèse musulmane lorsque les armées arabes eurent conquis une partie du sud du territoire, avant d'en être chassés.

Malgré ces petites exceptions, on peut cependant dire que jusqu'à la révolution française, l'église catholique constitua l'ossature administrative et spirituelle de la France.

Son calendrier rythmait la vie communautaire, villes et villages étaient construits autour de ses églises, elle avait en charge l’ancêtre de l'état civil, sous la forme de registres paroissiaux, s'occupait des hôpitaux et de l'éducation, etc.

Lorsque l'Ancien Régime fut renversé, la république eut pour projet d'arracher le peuple à l'église catholique.

Au début le combat fut frontal et très violent: mise en place d'un culte de l'Etre suprême, d'un calendrier révolutionnaire, d'un baptême civil, et dans un sursaut du gallicanisme, obligation pour les prêtres de prêter serment à l'état.

Devant les résistances, une impitoyable répression fut menée contre les récalcitrants, dont certains comme les chouans, avaient pris les armes, les catholiques se retrouvant ironiquement dans la position des cathares et des camisards qu'ils avaient combattus les siècles précédents.

La dictature de Bonaparte mit fin à cet épisode sanglant en instaurant un nouvel équilibre religieux.

L'empereur confirma que l'Etat passait avant tout, mais aussi que le catholicisme était la religion de la majorité des Français, lui donnant une primauté implicite.

En parallèle il obligea Juifs et Protestants à s'organiser de façon à lui fournir des interlocuteurs.

Cet équilibre dura un petit siècle, avant que la fin du Second Empire et l'avènement de la troisième république ne relancent les hostilités avec l'église catholique, hostilités qui aboutirent à la mise en place du régime laïc, cette incongruité sur notre planète souvent mal comprise et caricaturée.

En gros, l'Eglise perdit tous ses pouvoirs temporels en France, son bâti d'avant la loi de séparation devint propriété de l'Etat, qui leur en laissa le droit de jouissance, ses curés ne furent plus fonctionnaires, à l'exception de ceux qui avaient été ordonnés avant la loi, et plus rien de régalien ne leur fut laissé (même s’ils purent conserver une partie de l’éducation).

Le changement fut difficile et les résistances nombreuses, mais l'équilibre se rétablit avec la Première Guerre Mondiale, quand tout le monde se retrouva d'abord français face à l'ennemi.

Depuis lors s'est installé le modus vivendi que nous connaissons encore.

A côté de ces aspects légaux, on constate que la France vit une déchristianisation progressive mais massive, le nombre de gens se déclarant sans religion augmentant sans cesse avec les années.

Il semble même que sous le double effet de cette désaffiliation et d’une immigration majoritairement non chrétienne, la part catholique du pays soit récemment passée pour la première fois sous les 50%.

Quelques autres pays d'Europe, comme le Royaume-Uni, sont dans le même cas (cf. cette enquête) et d'une manière générale le retrait de la religion progresse sur notre continent.

Ce constat n'efface cependant pas la trace profonde du christianisme sur l'Europe et de sa version catholique sur la France.

C'est pourquoi l'opposition à la mention des racines chrétiennes de l'Europe dans le préambule à la constitution de l'UE m'avait semblée absurde.

Jacques Chirac, le président français de l'époque, avait même poussé la malhonnêteté jusqu'à revendiquer des racines musulmanes à la France (!).

Si la France et le monde musulman ont des liens très anciens, la religion de Mahomet y a été anecdotique et sans influence jusqu'au moins le milieu du vingtième siècle.

Ce n'est ni stigmatisant ni discriminant de le rappeler, ça ne présage pas de la suite, ça ne veut pas dire que l'islam n'a pas sa place, c’est juste un rappel de la réalité.

Cette position de la France d’alors va dans le sens de cette tendance étrange de l'Occident au reniement de son héritage, comme si le futur ne valait que si l'on faisait table rase du passé et que ce dernier était uniformément noir, condamnable, honteux et à jeter. 

L’élan présidentiel chiraquien n'est d'ailleurs pas unique, les préconisations de Bruxelles de débaptiser les fêtes chrétiennes ou de promouvoir le voile vont dans le même sens. 

Cette espèce d'iconoclasme et de xénophilie dévoyée me semblent profondément malsains. Avec ses bons et ses mauvais côtés, le christianisme fait partie de notre héritage. Pourquoi faudrait-il le renier, le cacher ou faire comme si ce n'était pas le cas?

Et pourquoi faudrait-il moins s'indigner quand on s'y attaque? Parce qu'on constate aussi que les violences anti chrétiennes font rarement la une des medias et sont systématiquement minimisées, qu'elles aient lieu à l'étranger, comme si ces minorités-là ne comptaient pas, ou sur notre sol.

Cette vidéo souligne l'ampleur du phénomène en France, et le quasi silence qui l'entoure inexplicablement, comme si l'on considérait que ces étaient fatals, sinon "normaux".

Quand il s'agit de meurtres, comme ceux du père Hamel et du père Panon (encore que pour ce dernier le mobile religieux est plus flou), on a quelques petites news, mais on ne s'étend guère, comme généralement lorsque c'est motivé par l'islam ou le fait de musulmans, qu'il s'agisse du Pakistanais s'exhibant sur un autel, du vandalisme criminel d'églises (à Rilleux-la-pape, à Paris ou à Marseille), des cimetières tagués en Dordogne ou à Castres, ou encore des provocateurs priant Allah dans des églises comme cet influenceur de Strasbourg.

Tout comme nous sommes majoritairement blancs de peau, nous sommes majoritairement d'ascendance catholique, et cette religion a imprégné nos lois, nos habitudes, notre urbanisme, nos constructions et jusqu'à notre langue.

Pour la plupart des gens il n'est plus question de considérer que pour être Français il faut être blanc et catholique, et c'est heureux, mais cet héritage est une réalité, pour quelle raison ne pas l'admettre, pourquoi le rejeter et ne pas le défendre quand c'est le cas?

Cette attitude est d'autant plus stupide à notre époque de revendications identitaires, et nous ferions bien de prendre garde à ce que le christianisme abandonné ne soit, comme avant lui le patriotisme, récupéré que par les extrémistes.