jeudi 16 avril 2026

Vie professionnelle (7): L'importance de la mode

Lorsque j'ai commencé ma vie professionnelle, fort de ce qu'on m'avait raconté à l'école et devant l'exemple de mon père travaillant à son compte, j'étais un peu naïf.

Je croyais qu'un salarié orienterait ses efforts dans le sens de l'intérêt de l'entreprise, qui coïncidait toujours nécessairement avec les siens: l'entreprise va bien, le salarié aussi, les coups durs sont partagés, les résultats aussi, etc.

C'est évidemment une vue de l'esprit.

Les entreprises se soucient bien plus de leurs actionnaires que de leurs salariés, et ces derniers se soucient bien plus de leur carrière que de leur entreprise.

Ce fait peut amener à de sérieuses distorsions où certains choix absurdes finissent par s'imposer au détriment de la logique et du bien commun.

Je me suis aussi rendu compte de l'existence d'un autre paramètre, auquel je ne m'attendais pas, et qui intervient très souvent dans les choix et décisions d'une entreprise: la mode.

Dans le domaine informatique où je sévis, c'est assez flagrant, mais je suppose que c'est la même chose dans d'autres secteurs.

Dans ma carrière, j'ai vu ainsi fleurir -et parfois faner- un certain nombre de modèles, d'outils et d'idées vers lesquels se sont rués commerciaux et managers.

J'ai notamment vu se développer le principe de la modélisation tayloriste de l'ingénierie informatique à l'échelle du monde.

Elle s'inscrivait dans la grande phase de globalisation qui eut le vent en poupe ces trente dernières années, avec cette idée qu'il fallait mettre en place des programmes mondiaux intégrant dans un système unique toute l'informatique des différents pays.

Cela implique bien sûr des projets colossaux, mais cette idée d'homogénéité finale était vendue comme la solution parfaite, et tout le monde suivait.

Il semble qu'on arrive au bout du cycle (politiquement aussi d'ailleurs), et que l'on commence à redécouvrir les vertus de l'autonomie et du local.

Dans ces nouveaux principes on voit la méthode Agile, que l'on met actuellement à toutes les sauces et partout, y compris quand son usage n'est pas justifié, et qu'on voit à son tour comme la panacée à tous les problèmes.

Autre solution miracle du moment, plus technique cette fois-ci, c'est le recours à l'Intelligence Artificielle.

Je vois énormément d'engouement et des achats souvent irréfléchis et sans calcul pour cette technologie. On achète d'abord, et on réfléchit après.

Cela fait penser à l'obsession de la sous-traitance d'à peu près tout, dont là encore on commence à revenir, parfois après des dégâts très lourds.

Suivre la mode part souvent d'un souhait de ne pas se laisser distancer.

Lorsque l'internet est apparu, certaines entreprises ont ainsi créé un site par principe, pour dire qu'elles en avaient un. En l'occurrence ce n'était pas forcément idiot d'anticiper pour ne pas rater le coche.

Plus douteux est l'exemple de cette région de France qui voulait équiper ses écoles de tablettes, dans le souci apparemment louable de former ses enfants à l'informatique.

On leur proposa la tablette BIC, expressément conçue pour l'école, mais elle a été délaissée au profit des produits Apple, suréquipés pour un besoin scolaire, beaucoup plus chers mais sans doute plus glamour et plus à la mode.

On voit cette obsession d'être dans le coup chez un certain modèle de manager, toujours prompt à dégainer le dernier concept comme à exhiber le dernier gadget du moment.

L'exemple le plus banal ce sont les anglicismes, dont l'usage immodéré et quelque fois à contre-emploi peut produire un décalage ridicule, un peu comme les célèbres publicitaires des Inconnus dont le téléphone avait l'international mais pas encore le national.

Les concepts tendance qui se succèdent sont d'ailleurs presque toujours dans la langue de Shakespeare (une preuve de plus de la puissance du sof power made in USA).

Et comme dans toute mode, la roue est réinventée périodiquement, que ce soit en termes d'organisation (je parie sur un retour prochain de l'idée hiérarchique) ou de technos, voire de politique d'entreprise.

Il est facile de constater cet aspect cyclique dans le domaine du CV: chaque période a son modèle, plus ou moins long, accompagné ou non d'une lettre de motivation, avec telle ou telle recommandation, tel look. Alors que le but reste le même: il s'agit toujours de faire coller un profil à un besoin.

Plus le temps passe, plus j'acquiers d'expérience et plus j'ai le sentiment que la mode est quelque chose de beaucoup plus important qu'on ne veut le dire dans le monde du travail, et pas seulement dans celui du consommation.

Ceux pour qui l'économie et le marché priment et sont sacrés de par leur nature pragmatique et logique se plantent, et l'entreprise n'est absolument pas l'espace rationnel que l'on nous vend.

C'est même parfois tout le contraire, qu'on s'en réjouisse ou non.

Et c'est finalement logique, l'homme étant une créature versatile et complexe, incapable de se couler complètement dans un moule pré déterminé, pour qui le changement est un moteur et qui, grégaire, suit la mode dans tous les domaines, y compris celui de l'économie.


Précédent: Vie professionnelle (6): Larbin

mardi 14 avril 2026

Cinéma (32): The walkabout

L'Australie est un monde particulièrement étrange pour le Français que je suis.
 
Bien que relativement proche de l'Asie, cette immense terre a longtemps vécu isolée.
 
Sa position géographique y assura le développement d'une faune et d'une flore uniques.
 
C'est le paradis des marsupiaux en tout genre, et d'animaux locaux semblables à nul autres. 
 
Qu'on pense aux kangourous, aux diables de Tasmanie, aux crocodiles marins, aux koalas, aux 
émeus, aux ornithorynques...
 
D’autres espèces ont rejoint l’île-continent, essentiellement du fait des colons européens, où elles firent souche et déséquilibrèrent l'écosystème.

On pense à la catastrophe des lapins, toujours pas résolue aujourd'hui malgré l'extraordinaire barrière mise en place contre eux, mais il y eut aussi des renards, introduits pour lutter contre lesdits lapins, des buffles asiatiques, des dromadaires, des crapauds buffles, des chevaux, et aussi plus anciennement les dingos, ces chiens sauvages dangereux dont on pense qu'ils furent amenés par les aborigènes.
 
Les humains qui s'y installèrent les premiers étaient semble-t-il au moins partiellement connus des habitants de l'Indonésie, mais ils y vécurent très largement déconnectées du reste du monde, et leur habitat était très clairsemé.

Dans cet environnement unique se développèrent des cultures indigènes de chasseurs cueilleurs très spécifiques, qu'il s'agisse du rapport au temps, à la propriété, à la nature ou de l'organisation de la vie.
 
Ce monde entra en collision directe avec la modernité occidentale lorsque celle-ci débarqua dans la grande île en 1788, sous la forme d'un premier établissement anglais, et les Aborigènes rejoignirent bien vite la longue liste des victimes du colonialisme, refoulés, massacrés directement ou indirectement par le choc microbien, et désorientés par les maux modernes, comme l'alcoolisme, apportés dans les cartons des Européens.
 
Ceux-ci virent d'ailleurs longtemps leurs prédécesseurs comme à peine plus que des kangourous, puisqu'ils ne furent officiellement considérés comme des citoyens du pays et recensés qu'en 1967.
 
Pour les Britanniques aussi, l'Australie était un bout du monde, "down under" comme ils désignent eux-mêmes ce pays loin de tout.
 
Cette position géographique en faisant le pénitencier le plus sûr du monde, le Royaume-Uni assura dans un premier temps le peuplement de l’île-continent par la déportation de ses criminels, parfois envoyés là-bas pour des peccadilles.
 
Cette installation de bagnards et ces contraintes géographiques créèrent une culture originale, dans cette une annexe lointaine de l'Europe, avant qu'elle ne connaisse dans la phase contemporaine une sorte d’intégration au monde, notamment en accueillant des migrants de partout et en devenant plus accessible grâce à l’avion.
 
C'est dans ce pays si particulier que prend place le film dont je vais parler aujourd'hui, The walkabout, tourné en 1971 par l’anglais Nicolas Roeg.
 
L'histoire est celle de deux jeunes Anglais, un petit garçon et une adolescente, qui se retrouvent suite à des circonstances dramatiques livrés à eux-mêmes dans le bush.

L'aînée essaye courageusement de faire face, cherche son chemin et de l'eau, mais ils se perdent inexorablement dans l’immensité hostile.
 
Au moment où l'on pense qu'ils vont mourir apparait un adolescent aborigène, à peu près de l’âge de la fille, qui fait ce qu’on appelle son "walkabout", c’est-à-dire qu’il doit vivre seul dans le bush pendant un certain temps, suivant une sorte de rite d’initiation (ce n’est pas vraiment expliqué dans le film).

Son intervention va les sauver. Il les aidera à se nourrir, à se protéger du soleil, à se repérer.
 
Le courant passe très vite avec le petit garçon, sans préjugé comme c’est souvent le cas à cet âge, un peu plus difficilement avec sa sœur, sans qu’on sache dans quelle mesure c’est dû à la différence raciale ou sexuelle.
 
Au final, le jeune homme ramènera les deux Anglais dans une zone habitée, et connaitra lui-même un destin tragique.
 
Les derniers plans du film montrent la fille dans un appartement moderne d’une zone urbaine, accueillant celui qu’on devine être son mari rentrant du travail.
 
Dans ses yeux passent une ombre de tristesse, et l’on devine une pensée pour cette parenthèse de sa vie et l’étrange garçon qu’elle a rencontré un jour dans le bush.
 
Ce film est très marquant pour plusieurs aspects.
 
Le premier point c’est une sorte de réalisme qui serait inacceptable aujourd’hui.
 
Ainsi, l’acteur aborigène David Gulpilil est filmé sans trucage lorsqu’il chasse et tue brutalement des animaux. Il le fait naturellement, selon les méthodes et avec les outils de son peuple.
 
Pour la plupart d’entre nous, ces images sont très violentes et peuvent choquer. Je pense même qu’aujourd’hui cela ne passerait plus et que le réalisateur risquerait des poursuites.
 
On est en tout cas très loin de la théâtralité écolo aseptisée des Amérindiens type Danse avec les loups ou des nobles sauvages d’Avatar, et à mon avis dans une peinture bien plus proche de la réalité.
 
Gulpilil est aussi souvent nu, et les autres acteurs également, alors qu’ils étaient mineurs au moment du tournage.
 
Dans la scène la plus emblématique du film, ils nagent tous les trois dans un point d’eau, le paysage magnifique et la nudité partagée évoquant un Eden hors du temps, mais là encore ce genre de plan ne serait sans doute plus possible en 2026.
 
Le deuxième point frappant, c’est l’atmosphère d’étrangeté qui émane de ce long métrage.
 
Elle est à la fois liée à la beauté visuelle de l’Australie, avec ses paysages écrasés de chaleur, ses animaux étranges, cette immensité sans fin, mais aussi à la façon de filmer de Roeg.

Celui-ci semble en effet improviser, se laisser porter sans forcément avoir de fil conducteur, un peu comme dans un reportage amateur.
 
Il parle et explique peu, comme s’il attendait de ses spectateurs une réaction plus instinctive, plus animale et plus sensuelle.
 
Je pense que sur grand écran, l’impression doit être magique.

Enfin, il y a le propos lui-même du film, qui parle finalement autant de beauté que d’incommunicabilité.
 
On ressent en effet l’impossibilité de concilier les deux mondes, et Roeg veut peut-être aussi évoquer le destin tragique des premiers habitants de l’île, bien que ceux-ci soient montrés sans fard et sans artifice, aussi loin de la sauvagerie et du mépris des westerns ou des films coloniaux que de la noblesse et la supériorité morale de ceux qui ont suivi.

Les Aborigènes sont les Aborigènes et les Blancs sont les Blancs, et ça se passe de commentaires.

J’ai quitté ce Walkabout avec un sentiment de tristesse, de fatalité.
 
Et aussi celui d’avoir vu quelque chose de très juste et très beau.

Précédent: Cinéma(31): Quand Harry rencontre Sally


vendredi 20 mars 2026

Jeune

Comme le dit Geluck par l'intermédiaire de son célèbre chat, "la vie est un voyage, un aller simple", et vieillir est notre lot à tous, du jour où les cellules de nos parents se sont mêlées jusqu'à celui où notre cœur s'arrêtera de battre.

Et si tout le monde ne devient pas vieux (la vie est très courte pour certains), tout le monde commence par être jeune, et c'est de cet état, de plus en plus lointain pour moi, que je vais parler aujourd'hui.

La première grande différence que je vois entre être jeune et être vieux c'est qu'on ne sait pas qu'on est jeune.

En effet, dans cette période de l’existence on n’a aucune expérience et tout à apprendre, y compris le fait même qu'on ait tout à apprendre.

La jeunesse est ainsi une longue suite de premières fois, plus ou moins nombreuses et riches, plus ou moins accompagnées par des proches, plus ou moins agréables ou désagréables, mais une suite de premières fois.

La première dent de lait, la première punition, le premier jour à la crèche/l’école/le lycée, la première sortie seul, le premier voyage, le premier baiser, la première bagarre, la première cuite, la première cigarette, la première relation sexuelle, le premier concert, le premier appartement, le premier salaire, la première voiture, le premier deuil, le premier enfant, etc…

Tous ces événements et bien d’autres se répèteront ou non au cours de la vie (d'ailleurs certains ne se produisent pas forcément quand on est jeune), mais ils ne seront plus jamais nouveaux, et le vieillissement c'est aussi ce cumul de premières fois qui ne reviennent plus.

En ayant des enfants et en les voyant grandir, j’ai pris conscience du sens profond du proverbe "Ah si jeunesse savait, ah si vieillesse pouvait".
 
Mon expérience m’est propre, tout comme les enseignements que j’en ai tiré.

Je ne peux pas les transmettre dans leur entièreté, et mes fils devront vivre eux-mêmes toutes ces étapes, les bonnes comme les mauvaises, et c’est ça qui les fera grandir. Et vieillir.

C'est encore plus vrai à l'adolescence, quand nos enfants se sentent incompris et différents de nous, tout comme nous pensions l'être de nos parents lorsque nous avions le même âge, et qu'on ne peut pas le leur expliquer.

La deuxième caractéristique de la jeunesse est pour moi liée à cette absence d’expérience: les jeunes sont généralement plus ouverts à la nouveauté.

En effet, c'est un peu comme si le monde naissait avec eux : tout y est nouveau et à découvrir puisqu'ils ne connaissent encore rien.

Moi qui suis aujourd’hui plutôt timide et réservé, j’ai souvent admiré la façon quasi magique avec lesquelles les enfants, puis les adolescents et les jeunes adultes se rencontrent et échangent.

Cette plus grande disponibilité tient aussi à la situation économique et familiale.

La plupart du temps en effet on possède peu quand on est jeunes, et l’on est responsables que de soi-même.

Je me souviens de mes premiers déménagements, quand tous mes biens tenaient dans deux sacs et que je pouvais partir à tout moment.

Sans femme, enfants ni parents vieillissants la marge était incomparablement plus grande qu'aujourd'hui.

L'accumulation liée à l’âge a en effet pour corollaire la diminution du temps disponible.

Une maison, un travail à responsabilités, une famille, autant de choses à maintenir et dans lesquelles investir des jours et des heures, au détriment du temps que l’on peut consacrer à ses amis et activités comme le font plus les jeunes.

Ils le font d'autant plus qu'ils récupèrent mieux, car la troisième caractéristique de la jeunesse c'est qu'à l'époque le corps répond merveilleusement bien aux sollicitations et aux excès, qu’il s’agisse de nuits blanches, d’alcool ou autre.

Un moment charnière de la fin de ma jeunesse a été mon hernie discale. A ce moment-là j’ai en effet pris conscience de la finitude et de la fragilité de mon corps, dont je tenais jusque-là la solidité et la capacité à s'améliorer comme acquises, éternelles.

Le long combat pour m’en remettre m’a fait cruellement réaliser que ce n’était pas le cas, que la vie ne serait plus la même et a sonné le début de ma dégradation, phénomène naturel et inévitable mais auquel on n’est jamais prêt.

Au-delà d'être en meilleur état, le corps a aussi plus d'appétit quand on est jeunes.

Que ce soit pour la nourriture, la défonce en tout genre, le sport, la bagarre, le sexe, il nous sollicite de manière plus impérieuse, plus immédiate et moins réfléchie à cette période de la vie.

Je pense que ce sont tous ces points qui distinguent le jeune du vieux, et qu'on en prend conscience au fur et à mesure qu'ils s'en vont, progressivement et insidieusement.

Pour la plupart d'entre nous, à plus ou moins longue échéance la vie d’adulte devient répétitive dans le sens où l’on refait plus ou moins toujours la même chose, où l'on s'enferre dans une routine rassurante et protectrice.

Outre les problèmes physiques, j'ai pris un coup de vieux lorsque j'ai atteint une sorte de plafond social: marié, père, CDI et enfin propriétaire immobilier.

Une fois passées ces grandes échéances classiques, que j'ai eu la chance d'atteindre, est venu un moment de flottement désagréable, la crise de la quarantaine/cinquantaine/midlife crisis.

Qu'importe le nom qu'on lui donne d'ailleurs, c'est une forme de prise de conscience du temps passé et une angoisse au sujet de celui qui reste.

On ne peut rien contre la biologie et le vieillissement.
 
Mais en revanche, une fois celui-ci accepté (car on n'a pas d'autre choix), il faut savoir continuer à regarder ce qui est bon dans le monde, rester ouvert aux rencontres et à la nouveauté, s'enthousiasmer, profiter de l'autre versant de la vie.

C'est la différence qu'exprime la citation "Vieillir oui, devenir vieux non", que je cite de nouveau.

Cette métaphore est un peu "âgiste", d'autant qu'on connaît tous des jeunes fermés à tout et des vieux qui sont le contraire, mais l'idée est qu'on n'a qu'une vie, et qu'il faut la savourer de la jeunesse jusqu'à la vieillesse.

lundi 16 mars 2026

Chanson (36) : Politiquement correct

Après des années de domination médiatique par le politiquement correct, on voit s’amorcer un retour de bâton.

De plus en plus de gens critiquent les excès de cette espèce de bien-pensance marquée à gauche et revendiquent une liberté de ton et d’expression trop longtemps étouffée

On peut considérer que c’était nécessaire, et que la fin du long monopole des révolutionnaires de salon encensant le banditisme vu comme une rébellion, mai 68, les régimes cubain ou iranien, et annulant leurs opposants en leur clouant l’étiquette fasciste est une bonne nouvelle.

Malheureusement, les contestataires font aussi remonter des opinions puantes auxquelles on n’était plus habitués, des délires fanatiques en tout genre à la réaction la plus basique.

Le morceau de Bénabar dont je vais parler aujourd’hui s’intitule justement Politiquement correct

J’ai découvert cet artiste, dont la musique et la voix comptent moins que les textes, en tombant à la radio sur son excellente chanson au sujet des émissions de variété des Carpentier qui ont marqué les années 70.

Bénabar est un grand conteur, qui joue habilement avec les mots pour raconter, toujours en douceur et avec beaucoup d’humour, des petites histoires et parfois transmettre des messages.

C’est le cas dans Politiquement correct, qui est au final une profession de foi de ses opinions, qui sont en gros celles de la gauche dans sa version pré Terra Nova et pas trop bobo.

Les couplets sont en effet une liste successive d’affirmations de ce en quoi croit Bénabar.

Cela va de la protection des animaux à l’égalité des sexes en passant par le respect des minorités religieuses ou sexuelles, le combat contre la drogue, etc.

Et chaque point énuméré est ponctué d’un ferme "Tu trouves ça peut-être politiquement correct, mais moi j’t’emmerde".

L’effet est assez drôle, dédramatisant tout en affirmant les choses, et cette réhabilitation un peu ironique de certaines actions individuelles qu’il est si facile et fréquent de moquer cyniquement sans rien faire d'autre est bienvenue.

Cela me semble beaucoup plus percutant que les insupportables discours de tant de militants, souvent hypocrites, culpabilisants, réducteurs et moralisateurs.

En ce sens, Politiquement correct est une chanson particulièrement réussie.

Je trouve qu’elle remet quelques pendules à l’heure, donne envie de s’y remettre et elle m’aide aussi à ne pas complètement désespérer de notre gauche dangereusement LFIsée.

 

Précédent: Chanson (35): Les matins d'hiver

dimanche 15 mars 2026

Minutes de silence

Récemment l'extrémiste de droite Quentin Deranque a été assassiné par une bande d'antifas (dont on se dit que l'anti est bien superflu) connus pour leur activisme violent.

En 2023, c'est Nahel Merzouk qui fut abattu par un policier alors qu'il conduisait à grande vitesse et sans permis et refusait d'obtempérer.

Enfin, en 2013, c'est le jeune Clément Méric, extrémiste de gauche, qui trouva la mort dans une baston avec un groupe d'extrême droite.

Nahel était un délinquant déscolarisé, Méric et Deranque des étudiants ultra politisés, mais tous les trois étaient jeunes et leurs comportements à risque et en dehors des clous, voire carrément hors-la-loi pour Nahel, ont entraîné leur mort tragique et stupide.

L'autre point qui les réunit est que tous trois ont eu droit à une minute de silence à l'assemblée nationale, et c'est ce a inspiré ce post.

L'émotion suscitée par ces morts est compréhensible, même si évidemment elles ont toutes été récupérées de manière aussi prévisible que dégueulasse par des camps politiques et/ou par la délinquance plus ou moins organisée.

Mais je m'interroge sur le sens de cette minute de silence.

Ce cérémonial me semblait dédié aux hommages aux gens morts pour la France, dans l'exercice de leurs fonctions ou pour défendre certaines valeurs sur lesquelles nous nous sommes construits.

Qu'une minute soit consacrée à Samuel Paty ou Arnaud Beltrame, a ainsi tout son sens.

Mais dans ces trois cas?

Ces garçons étaient au contraire des représentants de ce qui détruit notre pays et notre société: délinquance, fascisme et gauchisme, qui sont des poisons pour la démocratie et des facteurs de division.

Même s'ils ne méritaient sans doute pas que ça se finisse de manière aussi tragique, ne sont-ils pas morts à cause de leurs choix de vie, des choix dont ils étaient quand même responsables et qui allaient délibérément à contre sens?

Du coup je trouve ces minutes absurdes et déplacées, voire même insultantes pour les vrais héros.

Elles sont insultantes aussi pour les victimes de gens qui ont croisé le chemin de ces trois garçons, de l'infirmier de Roubaix écrasé par un autre Nahel fuyant la police en passant par les victimes de la jeune garde ou des skinheads.

Nous vivons décidément une époque singulière, confuse, où tout est brouillé, où être victime est suffisant pour être absous et où l'émotion à chaud est survalorisée.

Arrêtons ces minutes si on ne veut pas qu'elles soient vides de sens.

jeudi 29 janvier 2026

Chanson (35): Les matins d'hiver

Dans les années 70-80, Gérard Lenorman était une star de la variété française. On l'entendait beaucoup à la radio, on le voyait à la télé, il remplissait les salles de concert.

Comme C. Jérôme ou d'autres artistes de cette époque et de ce courant musical un peu méprisé, je ne peux pas dire si je l'aimais ou pas.

Mais c'était une personnalité familière et ses chansons positives et simples comme la gentillesse qui émanait de lui inspiraient spontanément la sympathie.

Cette sympathie s'est accrue quand plus âgé je l'ai entendu parler de sa vision du monde et de sa triste jeunesse "d'enfant de boche".

Il semblait avoir beaucoup souffert et être quelqu'un de gentil, au sens premier et noble du terme.

Sa chanson Les matins d'hiver, dont je vais parler aujourd'hui, date d'avant ma naissance.

Il y raconte les souvenirs d'enfance d'un petit garçon allant à l'école avec son frère et y rêvant d'ailleurs paradisiaques en opposition avec le froid de l'hiver.

Sur le titre proprement dit je n'ai pas grand-chose à dire.

La musique est simple et le texte bien écrit, dans un langage accessible bien qu'utilisant parfois des mots surprenants (la douce chaleur que nous "prodiguait" le vieux poêle), et les images sont joliment rendues.

Mais ce morceau est spécial pour moi car c'est précisément à l'école primaire que je l'ai découvert, ma maîtresse nous l'ayant fait étudier je ne sais plus dans quel but.

De ce fait, en une sorte de mise en abyme il me rappelle ma propre enfance, ma propre école et les frères avec qui je m'y rendais moi aussi.

Cet écheveau de souvenirs fait que cette chanson me touche à chaque fois que je l'entends.

Quand Lenorman parle du froid sur le chemin, je me revois marchant sur la petite route qui me séparait de l'école.

Le poêle qu'il évoque prend la forme de celui qui réchauffait notre petite salle (et où un camarade s'était brûlé la main).

Je revois également mes frères m'accompagnant, le plus grand qui a quitté ce monde trop vite, et les deux petits, qui ont autant vieilli que moi.

Avec le temps ces souvenirs s'éloignent et deviennent de plus en plus flous.

Faute d'enfants l'école, déjà une classe unique quand j'y étais, est fermée pour de bon depuis des décennies, et la neige aussi se fait rare.

Mais ce monde disparu et le petit moi de l'époque me sont précieux, et Les matins d'hiver les ressuscitent à chaque fois que j'entends ce morceau.


Précédent: Chanson (34): Frappe avec ta tête

Suivant: Chanson (36): Politiquement correct

mercredi 21 janvier 2026

Scènes de métro (10): instant blues

Un soir, dans la rame de métro bondée où je patientais est monté un vieil anglo-saxon (américain je pense).

Très maigre, il était habillé avec la vraie panoplie du rocker sixties: tout en jeans et bijoux, avec un foulard sur la tête.

Il a commencé à jouer de la guitare au bottleneck, s'accompagnant en chantant et en jouant de l'harmonica. Son répertoire était du blues rock un peu sudiste.

Sa voix n'était pas toujours très assurée, ni la musique forcément très juste (le métro c'est chaotique), mais c'était sincère et puissant.

Inexplicablement je me suis senti très ému.

J'avais un peu la même sensation que si j'avais revu un vieil ami après une longue période de séparation, ou qu'une passion défunte ressurgissait soudain du passé.

En fait, cette musique m'a ramené quelque chose de mon moi d'avant, du monde de ma jeunesse, quand la musique, cette musique, était centrale, quand les rockeurs étaient de jeunes rebelles et pas des vieux fossiles, et quand la société où j'évoluais était moins variée.

Quand il a eu fini de jouer, le musicien est passé parmi les voyageurs avec un vieux porte-monnaie de cuir.
 
Je voulais absolument lui donner quelque chose et n'ayant pas de pièces je me suis fendu d'un billet de cinq euros.

Je l'ai alors vu faire les yeux ronds et me demander avec une surprise mêlée de gratitude si j'avais aimé sa musique.

Dans mon anglais de cuisine je lui baragouinais que oui, beaucoup, et il a commencé à me parler, mi en français mi dans sa langue.

Un peu gêné, je ne savais pas trop comment réagir (en plus je le comprenais mal) mais il a fini par écourter en me remerciant chaleureusement une nouvelle fois, et en me donnant une petite carte de visite avec un lien vers une vidéo où il chantait.
 
Je suis parti avec un sentiment mitigé, entre l'émerveillement et la tristesse de ne pas être assez sociable pour avoir parlé plus longtemps.

Mais j'emmène en tout cas avec moi le souvenir d'un moment magique, qui me donne pour une fois envie de remercier la RATP.