Il y a désormais pas mal d'années, j'ai lu un petit livre passionnant, intitulé "L'Europe, avec ou sans Dieu? Héritages et nouveaux défis".
Écrit en 2010 par les journalistes Bérengère Massignon et Virginie Riva, cet ouvrage passionnant et dépassionné dresse un état des lieux de la question religieuse dans l'aire culturelle européenne.
Pays par pays, toutes les facettes de ce fait social sont abordées: l'histoire, les confessions, les positions et le rapport légal de chaque pays avec ses croyants.
Les différences sur notre continent sont marquantes, avec quelques constantes qui semblent plus liées à l’histoire qu'au dogme religieux lui-même.
Ainsi, le monde orthodoxe reste très marqué par les siècles de domination turque.
C’est un peu un miroir de nos ex-colonies musulmanes, dans le sens où la religion y est très étroitement liée à l’identité nationale et très présente politiquement.
Dans l’aire catholique, la religion historique garde généralement un poids majeur et une distinction particulière.
C'est encore plus vrai là où, comme pour les orthodoxes, elle a représenté une résistance vis-à-vis d’un oppresseur, par exemple la domination anglaise en Irlande ou les conquêtes russes, orthodoxe puis communiste, en Pologne.
Parmi les pays catholiques, la France se singularise par son concept de laïcité, qui n’existe à peu près nulle part ailleurs, héritage de la concurrence révolutionnaire et peut-être du gallicanisme.
Au Royaume-Uni, la même concurrence pouvoir royal / pouvoir papal a donné naissance à la religion anglicane, qui s’est confondue avec la monarchie.
Il est d'ailleurs intéressant de voir comment se sont organisés les pays que j’appellerai "post-catholiques", que la réforme protestante a divisé, dominé ou obligés à un partage inédit.
Ces états sont généralement décentralisés, et le sont également sur le plan de Dieu. Ils ont mis en place des modus vivendi pour gérer la diversité religieuse et la cohabitation avec les fidèles du Vatican.
Ainsi les Pays-Bas et la Belgique se sont organisés selon la foi de ses habitants depuis longtemps: que ce soit l’école, les fêtes ou les loisirs, protestants divers et catholiques se gèrent en autonomie, avec la bénédiction de leurs dirigeants, vivant côte à côte de manière parfois étanche.
Organisation surprenante, voire choquante pour un Français, elle leur a néanmoins permis de cohabiter sans heurts majeurs et a convenu aux autres minorités religieuses, que ce soient jadis les juifs (beaucoup d’ibériques se sont installés en Hollande) ou plus récemment les immigrés musulmans.
Écrit en 2010 par les journalistes Bérengère Massignon et Virginie Riva, cet ouvrage passionnant et dépassionné dresse un état des lieux de la question religieuse dans l'aire culturelle européenne.
Pays par pays, toutes les facettes de ce fait social sont abordées: l'histoire, les confessions, les positions et le rapport légal de chaque pays avec ses croyants.
Les différences sur notre continent sont marquantes, avec quelques constantes qui semblent plus liées à l’histoire qu'au dogme religieux lui-même.
Ainsi, le monde orthodoxe reste très marqué par les siècles de domination turque.
C’est un peu un miroir de nos ex-colonies musulmanes, dans le sens où la religion y est très étroitement liée à l’identité nationale et très présente politiquement.
Dans l’aire catholique, la religion historique garde généralement un poids majeur et une distinction particulière.
C'est encore plus vrai là où, comme pour les orthodoxes, elle a représenté une résistance vis-à-vis d’un oppresseur, par exemple la domination anglaise en Irlande ou les conquêtes russes, orthodoxe puis communiste, en Pologne.
Parmi les pays catholiques, la France se singularise par son concept de laïcité, qui n’existe à peu près nulle part ailleurs, héritage de la concurrence révolutionnaire et peut-être du gallicanisme.
Au Royaume-Uni, la même concurrence pouvoir royal / pouvoir papal a donné naissance à la religion anglicane, qui s’est confondue avec la monarchie.
Il est d'ailleurs intéressant de voir comment se sont organisés les pays que j’appellerai "post-catholiques", que la réforme protestante a divisé, dominé ou obligés à un partage inédit.
Ces états sont généralement décentralisés, et le sont également sur le plan de Dieu. Ils ont mis en place des modus vivendi pour gérer la diversité religieuse et la cohabitation avec les fidèles du Vatican.
Ainsi les Pays-Bas et la Belgique se sont organisés selon la foi de ses habitants depuis longtemps: que ce soit l’école, les fêtes ou les loisirs, protestants divers et catholiques se gèrent en autonomie, avec la bénédiction de leurs dirigeants, vivant côte à côte de manière parfois étanche.
Organisation surprenante, voire choquante pour un Français, elle leur a néanmoins permis de cohabiter sans heurts majeurs et a convenu aux autres minorités religieuses, que ce soient jadis les juifs (beaucoup d’ibériques se sont installés en Hollande) ou plus récemment les immigrés musulmans.
Mais tous ces modèles ont aujourd'hui en commun d'être mis à l’épreuve par deux tendances fortes sur notre continent: l’expansion de l’athéisme et celle de l’islam, qui s’appuie sur une immigration de masse.
Bref, ce livre est très intéressant pour qui veut comprendre ce fait majeur de nos sociétés que ni la modernité ni la mondialisation n'ont réellement détruit.
Je vais terminer ce post avec une liste à la Prévert de points que j'avais notés pendant ma lecture (en 2010 donc, les choses ayant eu le temps de bouger en 16 ans).
Albanie
L'Albanie est le seul pays balkanique à ne pas se définir par une religion mais par une langue, et cela depuis longtemps.
Pendant la période communiste Hoxha avait d'ailleurs interdit la religion et fait fermer églises et mosquées.
Allemagne
En Allemagne, les églises constituent le deuxième employeur du pays (le premier étant l'État).
Il y a pas mal de créationnistes dans ce pays.
Autriche
L'Autriche a une législation religieuse avancée: ils ont ouvert le premier cimetière bouddhiste d'Europe, ont centralisé la certification halal et ont une infraction pénalisant le dénigrement d'une doctrine religieuse.
École
En Belgique et en Irlande, la quasi-totalité du système éducatif est privé confessionnel.
En Autriche, la loi oblige à avoir un crucifix dans chaque classe à majorité chrétienne.
Europe
Le projet européen a été immédiatement soutenu par le Vatican et été porté par des catholiques, alors que réserves et rejets venaient plutôt de l'Europe protestante, qui craignait une "Europe vaticane".
Jean-Paul II insistait sur le premier millénaire de la chrétienté (avant Réforme et Lumières), et une pétition de 1.000.000 de personnes a été faite pour inscrire les racines chrétiennes de l'UE dans la constitution.
Elle fut soutenue par la Pologne, l'Italie, l'Irlande, Malte, Portugal, la République tchèque et la Slovaquie, et combattue par la France, la Belgique, l'Espagne et la Suède.
Guy Mollet parlant de l'Europe disait "L’Église a fait la triple alliance, Adenauer, Schuman, Gasperi, trois tonsures sous la même calotte". Robert Lacoste quant à lui affirmait: "L'Europe rhénane sentant à la fois le goupillon et le haut-fourneau".
France
La France est le seul pays d'Europe dont l'école ne dispense pas de cours spécifique de religion. C’est aussi celui qui a les lois anti sectes les plus virulentes.
Les débats et lois françaises sur le voile ont été accueilli avec incompréhension voire railleries et scandale en Europe. Aujourd'hui la France fait figure de pionnier et le débat s'est répandu.
Il y a des rencontres régulières de l'église catholique et du ministère de l'intérieur.
Les évêques de Strasbourg et de Metz sont nommés pas le chef de l'État, et jusqu’en 2016, le blasphème était puni par la loi en Alsace et Moselle.
Guerres de Yougoslavie
Pendant les guerres yougoslaves, l'Iran a fourni armes et instructeurs à la Bosnie.
La division de volontaires musulmans balkaniques qui a fait la guerre en Bosnie a pris le nom de "Division poignard". C'est une référence à la section de volontaires musulmans de la SS parrainée en 1943 par le grand mufti de Jérusalem.
A la fin de la guerre de Bosnie, le gouvernement a naturalisé des moudjahidines internationaux et leur a donné des villages abandonnés.
Irlande
En 1798 catholiques et presbytériens irlandais ont fait cause commune dans une révolte anti-anglaise.
Un protestant irlandais a proposé le "home rule" (autonomie interne de l'Irlande). La plupart des vrais croyants des deux bords jouent l'œcuménisme plutôt que l'affrontement.
Islam
En 2009, un sondage auprès des professeurs de cours de religion musulmane en Autriche a révélé que 20% d'entre eux voyaient une incompatibilité entre l'islam et la démocratie.
Au Royaume-Uni, 5% des musulmanes porteraient la burqa.
Un Italien converti à l'islam est devenu un porte-parole des musulmans de ce pays et a demandé le retrait du crucifix des écoles publiques. La CEDH lui a donné raison et l'Italie, scandalisée, a fait appel.
En Suède la burqa est surtout portée par les Somaliennes.
Pour justifier leur statut de musulmans minoritaires en terre mécréante, les musulmans bosniaques ont recours au "daru-l-suh" (maison du contrat), espace intermédiaire brisant la division traditionnelle du monde entre "daru-l-islam" (maison de l'islam) et "daru-l-harb" (maison de la guerre).
La Turquie reconnait trois minorités religieuses historiques, bien diminuées par le temps et les persécutions: les Arméniens (65.000 personnes), les Juifs (23.000 personnes) et les Grecs orthodoxes (2.500 personnes). Les alévis, pourtant extrêmement nombreux, n'en font pas partie.
Monde orthodoxe
En Roumanie, sous le communisme, les uniates ont été intégrés de force à l'église orthodoxe, y compris leur patrimoine immobilier. Les réclamations d'aujourd'hui n'ont pas eu de suite.
La Grèce ressemble beaucoup à une version orthodoxe de la Turquie: nationalisme ombrageux (question de la Macédoine du Nord) à base religieuse, négation des minorités ethniques (notamment slaves), intervention de l'état dans les affaires religieuses (désignation du mufti), poids de l'armée, etc.
C’est le seul pays de l'UE qui ait des institutions islamiques pourvues de responsabilités éducatives et judiciaires, celles de la minorité musulmane de Thrace occidentale (Bulgares et Turcs musulmans restées après le traité de Lausanne).
Le prosélytisme y est passible de prison, l'armée grecque est officiellement consacrée à la Vierge Marie, et la constitution de 1975 est proclamée au nom de la Sainte Trinité.
A Chypre du sud, il existe des lois anti-blasphème et anti-prosélytisme.
Monde protestant
Au Danemark, pasteurs et évêques luthériens sont des fonctionnaires.
En Norvège, les juifs étaient interdits de territoire jusqu'en 1857. La loi oblige la famille royale à être luthérienne et le parlement à être composé d'au moins 50% de luthériens.
En Suède, jusqu'en 1951, quitter l'église luthérienne entrainait une restriction des droits civiques.
Royaume Uni
Au Royaume-Uni, 26 évêques anglicans siègent de plein droit à la chambre des Lords.
La reine, chef de l'église anglicane, est aussi membre de l'église presbytérienne, les femmes catholiques peuvent y devenir prêtres.
L'incitation à la haine religieuse n'est pas un crime mais il existe une loi anti-discrimination en faveur des juifs et des sikhs exclusivement.
Vaudois
L'église vaudoise existe encore et fait partie des confessions reconnues par l'Italie.
Bref, ce livre est très intéressant pour qui veut comprendre ce fait majeur de nos sociétés que ni la modernité ni la mondialisation n'ont réellement détruit.
Je vais terminer ce post avec une liste à la Prévert de points que j'avais notés pendant ma lecture (en 2010 donc, les choses ayant eu le temps de bouger en 16 ans).
Albanie
L'Albanie est le seul pays balkanique à ne pas se définir par une religion mais par une langue, et cela depuis longtemps.
Pendant la période communiste Hoxha avait d'ailleurs interdit la religion et fait fermer églises et mosquées.
Allemagne
En Allemagne, les églises constituent le deuxième employeur du pays (le premier étant l'État).
Il y a pas mal de créationnistes dans ce pays.
Autriche
L'Autriche a une législation religieuse avancée: ils ont ouvert le premier cimetière bouddhiste d'Europe, ont centralisé la certification halal et ont une infraction pénalisant le dénigrement d'une doctrine religieuse.
École
En Belgique et en Irlande, la quasi-totalité du système éducatif est privé confessionnel.
En Autriche, la loi oblige à avoir un crucifix dans chaque classe à majorité chrétienne.
Europe
Le projet européen a été immédiatement soutenu par le Vatican et été porté par des catholiques, alors que réserves et rejets venaient plutôt de l'Europe protestante, qui craignait une "Europe vaticane".
Jean-Paul II insistait sur le premier millénaire de la chrétienté (avant Réforme et Lumières), et une pétition de 1.000.000 de personnes a été faite pour inscrire les racines chrétiennes de l'UE dans la constitution.
Elle fut soutenue par la Pologne, l'Italie, l'Irlande, Malte, Portugal, la République tchèque et la Slovaquie, et combattue par la France, la Belgique, l'Espagne et la Suède.
Guy Mollet parlant de l'Europe disait "L’Église a fait la triple alliance, Adenauer, Schuman, Gasperi, trois tonsures sous la même calotte". Robert Lacoste quant à lui affirmait: "L'Europe rhénane sentant à la fois le goupillon et le haut-fourneau".
France
La France est le seul pays d'Europe dont l'école ne dispense pas de cours spécifique de religion. C’est aussi celui qui a les lois anti sectes les plus virulentes.
Les débats et lois françaises sur le voile ont été accueilli avec incompréhension voire railleries et scandale en Europe. Aujourd'hui la France fait figure de pionnier et le débat s'est répandu.
Il y a des rencontres régulières de l'église catholique et du ministère de l'intérieur.
Les évêques de Strasbourg et de Metz sont nommés pas le chef de l'État, et jusqu’en 2016, le blasphème était puni par la loi en Alsace et Moselle.
Guerres de Yougoslavie
Pendant les guerres yougoslaves, l'Iran a fourni armes et instructeurs à la Bosnie.
La division de volontaires musulmans balkaniques qui a fait la guerre en Bosnie a pris le nom de "Division poignard". C'est une référence à la section de volontaires musulmans de la SS parrainée en 1943 par le grand mufti de Jérusalem.
A la fin de la guerre de Bosnie, le gouvernement a naturalisé des moudjahidines internationaux et leur a donné des villages abandonnés.
Irlande
En 1798 catholiques et presbytériens irlandais ont fait cause commune dans une révolte anti-anglaise.
Un protestant irlandais a proposé le "home rule" (autonomie interne de l'Irlande). La plupart des vrais croyants des deux bords jouent l'œcuménisme plutôt que l'affrontement.
Islam
En 2009, un sondage auprès des professeurs de cours de religion musulmane en Autriche a révélé que 20% d'entre eux voyaient une incompatibilité entre l'islam et la démocratie.
Au Royaume-Uni, 5% des musulmanes porteraient la burqa.
Un Italien converti à l'islam est devenu un porte-parole des musulmans de ce pays et a demandé le retrait du crucifix des écoles publiques. La CEDH lui a donné raison et l'Italie, scandalisée, a fait appel.
En Suède la burqa est surtout portée par les Somaliennes.
Pour justifier leur statut de musulmans minoritaires en terre mécréante, les musulmans bosniaques ont recours au "daru-l-suh" (maison du contrat), espace intermédiaire brisant la division traditionnelle du monde entre "daru-l-islam" (maison de l'islam) et "daru-l-harb" (maison de la guerre).
La Turquie reconnait trois minorités religieuses historiques, bien diminuées par le temps et les persécutions: les Arméniens (65.000 personnes), les Juifs (23.000 personnes) et les Grecs orthodoxes (2.500 personnes). Les alévis, pourtant extrêmement nombreux, n'en font pas partie.
Monde orthodoxe
En Roumanie, sous le communisme, les uniates ont été intégrés de force à l'église orthodoxe, y compris leur patrimoine immobilier. Les réclamations d'aujourd'hui n'ont pas eu de suite.
La Grèce ressemble beaucoup à une version orthodoxe de la Turquie: nationalisme ombrageux (question de la Macédoine du Nord) à base religieuse, négation des minorités ethniques (notamment slaves), intervention de l'état dans les affaires religieuses (désignation du mufti), poids de l'armée, etc.
C’est le seul pays de l'UE qui ait des institutions islamiques pourvues de responsabilités éducatives et judiciaires, celles de la minorité musulmane de Thrace occidentale (Bulgares et Turcs musulmans restées après le traité de Lausanne).
Le prosélytisme y est passible de prison, l'armée grecque est officiellement consacrée à la Vierge Marie, et la constitution de 1975 est proclamée au nom de la Sainte Trinité.
A Chypre du sud, il existe des lois anti-blasphème et anti-prosélytisme.
Monde protestant
Au Danemark, pasteurs et évêques luthériens sont des fonctionnaires.
En Norvège, les juifs étaient interdits de territoire jusqu'en 1857. La loi oblige la famille royale à être luthérienne et le parlement à être composé d'au moins 50% de luthériens.
En Suède, jusqu'en 1951, quitter l'église luthérienne entrainait une restriction des droits civiques.
Royaume Uni
Au Royaume-Uni, 26 évêques anglicans siègent de plein droit à la chambre des Lords.
La reine, chef de l'église anglicane, est aussi membre de l'église presbytérienne, les femmes catholiques peuvent y devenir prêtres.
L'incitation à la haine religieuse n'est pas un crime mais il existe une loi anti-discrimination en faveur des juifs et des sikhs exclusivement.
Vaudois
L'église vaudoise existe encore et fait partie des confessions reconnues par l'Italie.
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