lundi 18 mai 2026

Chanson (38): La taberna do diablo

J'ai découvert la chanson dont je parlerai aujourd'hui dans un documentaire d'Arte sur les guerres de décolonisation du Portugal (que j'ai déjà évoquées dans ce post sur un livre marquant).

Assez méconnues chez nous, elles eurent lieu essentiellement en Angola et au Mozambique jusqu'à la chute de l'Estado Novo de Salazar en 1976.

Les colonies portugaises obtinrent alors leur indépendance, achevant le mouvement de libération du continent.

L'axe du documentaire était la résistance du contingent à ces guerres, ressenties comme absurdes et cruelles par nombre d'entre eux, qui étaient néanmoins contraints au combat par une dictature qui ne rigolait pas.

Cette résistance était étudiée via le biais de chansons clandestines, interprétées sous le manteau et qui ont fait ensuite l'objet d'un recueil.

J'ai trouvé l'une d'entre elles particulièrement touchante et c'est de celle-ci dont je souhaite parler: elle s'intitule La taberna do diablo.

On ne sait pas forcément de qui elle est, mais il en existe de nombreuses versions sur le net. Celle-ci, qui débute à 0'55 après quelques échanges, me semble venir dudit reportage.

La mélodie est triste et mélancolique, avec des phrases répétées comme fréquemment dans les musiques populaires, mais c'est surtout les mots qui sont forts.

Francophone ayant étudié l'espagnol et le roumain, le portugais a pour moi une certaine familiarité, surtout à l'écrit (l'oral est plus compliqué et un peu déconcertant).
 
J'ai donc compris l'essentiel des paroles de La taberna do diablo, qui sont simples et émouvantes.

Elles racontent l'histoire d'un homme qui suite à une rencontre avec Dieu dans la taverne du diable se retrouve soldat.

On lui donne des armes, une panoplie et il est envoyé Outre-mer. Là-bas, il fait la guerre et "tue son frère", ce qui lui vaut de recevoir la croix de guerre et d'être promu capitaine.
 
Pour tout ça il est vu comme un héros, alors qu'il a agi contre son gré, voulant juste être lui-même et n'ayant rien choisi de ce qui lui est arrivé.

Ce titre court et bouleversant illustre parfaitement ce que peut être l'expérience guerrière pour la majorité des gens, qui n'ont rien demandé et possèdent une conscience.

C'est d'autant plus vrai pour ces guerres coloniales absurdes, dans des pays lointains et sans lien avec la vie de tous les jours.
 
L'Afrique portugaise de la chanson en est un bon exemple, mais on peut parler de notre guerre d'Algérie, des Américains au Vietnam, des Soviétiques en Afghanistan, etc.

Et la tristesse et la fatalité de cette horreur ressortent bien de cet excellent titre, qui a une valeur universelle.


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