Un passage de cet article, qui se voulait dresser le portrait d’une génération, m’a marqué.
C’est une référence aux conclusions d’une étude menée par l’université Georgetown de Washington.
Elle portait sur la vision qu'avaient les jeunes de différents pays de ce qu’était une situation risquée : pour un jeune Russe c’était de se faire courser par un type saoul dans la rue, pour un jeune Américain c’était de prendre un Uber ou d'aller seul dans un café.
Russes et Américains sont à peu près du même monde en termes de développement et de culture, mais l’écart de ces résultats est impressionnant.
Il m’a rappelé un constat similaire que je me suis fait plusieurs fois, en me comparant aux immigrés que j’ai pu rencontrer en France.
Je me souviens par exemple d’un Roumain qui n’avait pas de problème à prêter sa voiture à une connaissance pour que celle-ci l'utilise pour aller passer les fêtes à l’étranger.
Je sais que pour rien au monde je n’aurais fait ça avec mon véhicule, ou alors uniquement si j’étais coincé et en me stressant au dernier degré, mais lui ne se préoccupait ni de l’assurance, ni des accidents, ni de ce qui pourrait se passer en cas de souci.
Plutôt parano de nature, je suis peut-être un extrême, mais l’étude souligne que ce n’est pas seulement moi, et que quelque part c’est civilisationnel.
C’est aussi vrai pour le small talk : j’ai souvent noté une plus grande facilité à engager la conversation de la part des immigrés, et une plus grande méfiance de la part des Français, moi inclus.
Ce qui est intéressant c’est que c’est moins vrai avec les personnes âgées, et aussi inversement proportionnel au milieu. Je me rappelle notamment de mes grands-parents s’adressant sans arrière-pensée ni méfiance à n’importe qui.
Une journaliste bien plus jeune que moi qualifiait sa classe d’âge de « génération assureurs », ce qui me semble on ne peut plus vrai.
En fait, tout se passe comme si depuis tout petit, l’éducation donnée par nos parents et notre société nous apprenait à avoir de l’aversion pour le risque, du plus sérieux au plus dérisoire, et qu’à force de prévention on n’ose plus aller que dans ce qui est balisé.
Ce qui est d’ailleurs assez paradoxal puisqu'en même temps on valorise le contraire.
On n'a jamais autant exalté la découverte de l'autre et l'on ne drague que des gens pré sélectionnés par appli.
On n'a jamais autant glorifié le voyage/l’expatriation, mais on part avec Waze, avec Uber, avec ses applis de traduction, avec des CB qui dispensent de changer de l’argent et en consultant TripAdvisor.
Et tout est à l'avenant.
C’est une référence aux conclusions d’une étude menée par l’université Georgetown de Washington.
Elle portait sur la vision qu'avaient les jeunes de différents pays de ce qu’était une situation risquée : pour un jeune Russe c’était de se faire courser par un type saoul dans la rue, pour un jeune Américain c’était de prendre un Uber ou d'aller seul dans un café.
Russes et Américains sont à peu près du même monde en termes de développement et de culture, mais l’écart de ces résultats est impressionnant.
Il m’a rappelé un constat similaire que je me suis fait plusieurs fois, en me comparant aux immigrés que j’ai pu rencontrer en France.
Je me souviens par exemple d’un Roumain qui n’avait pas de problème à prêter sa voiture à une connaissance pour que celle-ci l'utilise pour aller passer les fêtes à l’étranger.
Je sais que pour rien au monde je n’aurais fait ça avec mon véhicule, ou alors uniquement si j’étais coincé et en me stressant au dernier degré, mais lui ne se préoccupait ni de l’assurance, ni des accidents, ni de ce qui pourrait se passer en cas de souci.
Plutôt parano de nature, je suis peut-être un extrême, mais l’étude souligne que ce n’est pas seulement moi, et que quelque part c’est civilisationnel.
C’est aussi vrai pour le small talk : j’ai souvent noté une plus grande facilité à engager la conversation de la part des immigrés, et une plus grande méfiance de la part des Français, moi inclus.
Ce qui est intéressant c’est que c’est moins vrai avec les personnes âgées, et aussi inversement proportionnel au milieu. Je me rappelle notamment de mes grands-parents s’adressant sans arrière-pensée ni méfiance à n’importe qui.
Une journaliste bien plus jeune que moi qualifiait sa classe d’âge de « génération assureurs », ce qui me semble on ne peut plus vrai.
En fait, tout se passe comme si depuis tout petit, l’éducation donnée par nos parents et notre société nous apprenait à avoir de l’aversion pour le risque, du plus sérieux au plus dérisoire, et qu’à force de prévention on n’ose plus aller que dans ce qui est balisé.
Ce qui est d’ailleurs assez paradoxal puisqu'en même temps on valorise le contraire.
On n'a jamais autant exalté la découverte de l'autre et l'on ne drague que des gens pré sélectionnés par appli.
On n'a jamais autant glorifié le voyage/l’expatriation, mais on part avec Waze, avec Uber, avec ses applis de traduction, avec des CB qui dispensent de changer de l’argent et en consultant TripAdvisor.
Et tout est à l'avenant.
Pourquoi une telle évolution, une telle tendance à l’hyper-contrôle ?
A la base il y a cette idée louable de minimiser les dangers de la vie, à l'échelle de l'état comme de la famille.
Au travail, la surveillance et l’anticipation ont fait diminuer le nombre d’accidents et quand il y en a, la prise en charge des accidentés est bien meilleure qu'avant.
La vaccination et les dépistages précoces, la surveillance et la sécurisation de l’alimentation ont fait diminuer la prévalence de maladies parfois fatales.
Les procès faits aux producteurs de cigarettes et d’alcool ont réduit la mortalité liée aux consommations de ces produits.
Depuis Ralph Nader, l’intégration de la sécurité dans le design automobile a également entraîné la baisse du nombre et la gravité des accidents de la route.
Etc.
Tout ceci est évidemment très bénéfique, et notre civilisation a atteint des niveaux de sécurité inédits et une hausse extraordinaire de l’espérance de vie.
Un petit Occidental qui nait aujourd’hui n’a ainsi jamais eu autant de chances de finir octogénaire.
Il y a évidemment un revers à tout cela.
L’histoire prouve que pour réussir quelque chose, il faut essayer, souvent plusieurs fois.
Les grandes découvertes ont toujours été faites par des gens qui prenaient des risques.
Les premiers plongeurs en scaphandre autonome se sont retrouvés défoncés à l’oxygène avant qu’on ne trouve le bon dosage.
Les avions des frères Wright se sont crashés au sol, mais sans eux nous n’aurions pas Airbus.
Avant eux Jean-François Pilatre de Rozier et après eux Youri Gagarine ont pris le risque de tester les premiers vols en montgolfière et dans l’espace.
Même chose pour la médecine : il y a une phase où il faut essayer, risquer, parfois accepter que des patients meurent avant d’arriver à un résultat.
On peut et on doit réduire au maximum cette phase, mais pas la supprimer.
Il n'empêche qu'on n’accepte plus cette idée, ce que l’essor d’un puissant mouvement antivaccin ces dernières décennies illustre bien : on veut que tout soit sûr à 100% dès le début, oubliant que pour être sûr à 100% il faut avoir testé, et donc pris des risques.
Cette quête de sécurité absolue peut aller jusqu’à l’irrationnel, notamment dans le cas de la guerre.
On constate que désormais nos pays sont horrifiés lorsqu’un soldat meurt, considérant presque qu’il s’agit d’un meurtre scandaleux et évitable, alors que la guerre, qui est une horreur, est par nature indissociable de la mort.
On dirait pourtant que nous avons oublié ça aussi et, plus grave, que nous avons également oublié qu’un pays qui refuse de se battre et de perdre des soldats sera dominé sinon détruit.
Les derniers conflits où des armées occidentales sont impliquées sont à cet égard édifiants.
La guerre du Vietnam a été perdue parce que les Américains n’acceptaient plus que leurs enfants meurent, encore moins qu’ils meurent outre-mer, alors que leur adversaire le Viet Minh n’était pas avare de vies, tout comme les talibans afghans après eux.
Dans cette vidéo un peu longue, le reporter Gérard Chaliand expliquait très bien cette perspective et le fait que l’Occident ne peut plus gagner du fait de cette mentalité.
Sans aller jusqu’à cet extrême qu’est la guerre, on peut tous noter la différence de mentalité à l’œuvre dans les frictions du quotidien de nos pays.
Par exemple lorsqu’un BBR et un Maghrébin/un Africain s’embrouillent, le premier cède le plus souvent, parce que l’aversion au risque et la crainte des conséquences est généralement plus forte pour lui.
C'est un peu comme si les immenses progrès que nous avons effectués nous avaient en quelque sorte inhibés et produit des sociétés plus frileuses, moins inventives et moins prêtes au risque et à l'affrontement.
On pourrait se dire pourquoi pas, si on s'y retrouve ?
Ce serait oublier qu’une société qui n’a plus d’appétit et ne veut plus se battre, créer, oser et innover est une société qui va inévitablement vers le déclin.
Il est intéressant de comparer l’Europe avec d’autres pays de la même aire culturelle.
Commençons par la Russie, pour revenir à notre exemple du début.
La société russe a gardé une habitude de l’arbitraire, des passe-droits, de la nécessité de s’imposer, de ruser et de compter d’abord sur soi-même avant de se plaindre auprès de l’État ou de se poser en victime, donc l'habitude de certains risques (on retrouve ce pattern dans beaucoup d'autres pays de l’Europe ex-communiste).
Mon deuxième exemple est Israël.
La menace existentielle qui pèse sur ce pays oblige ses citoyens à se tenir toujours prêts au conflit, à la mort, à risquer tout.
Leur grande capacité à innover vient aussi de cet état de choses, de cette nécessité de ne jamais s’endormir, d’être toujours sur la brèche, et va fatalement avec une grande tolérance au risque.
Ma dernière illustration c’est les États-Unis.
Même si les Américains étaient le contre-exemple de mon article, ils ont su garder la capacité d’oser, de risquer.
L’héritage culturel de la frontière, l’immigration forte et très peu prise en charge ainsi que la croyance dans l’effort individuel font que génération après génération ce pays se réinvente, et garde toujours son lot de gens qui ont faim, qui créent et innovent.
Ce n'est pas le cas en France ni chez ses voisins d’Europe occidentale.
Un diagnostic aujourd’hui largement partagé est que l'UE s’endort, qu’elle ne fait que suivre mollement le reste du monde, qu'elle légifère à outrance et reste campée dans une posture morale défensive de moins en moins crédible.
Le mépris et l’hostilité qu’elle suscite assez largement à l’extérieur (il n’y a qu’à voir le nombre de bilatérales USA-Chine-Russie & co où nous ne sommes plus conviés) est un signal très net, dont on commence seulement à prendre la mesure.
Pourtant si l’on ne veut pas devenir une sorte d’Amérique latine, une périphérie un peu larguée qui ne décide de rien et dont les éléments moteur sont pillés, il nous faut nous réhabituer au risque.
Espérons que nos ennemis islamistes, russes et chinois et notre faux allié américain servent à ça.
Si je quitte l’échelle géopolitique pour revenir à mon sujet de départ et à mes articles, ceux-ci soulignent que paradoxalement, l’anxiété et le manque de confiance en soi n’ont jamais été aussi forts dans nos pays ultra protégés et balisés, suggérant un lien entre cette angoisse et la perte d’habitude de prendre des risques et de tester des choses.
Il semble en effet que le bonheur et l’accomplissement ne résident pas dans une vie bunkerisée, mais qu’on ait tous besoin de challenges, de conflits et d’imprévus, résolus ou non, faciles ou non, pour grandir et devenir quelqu’un de confiant, équilibré et résilient.
Je ne sais comment évolueront les choses, mais notre société paraît s’être un peu égarée sur ce plan-là, et c’est sûr que nous ne faisons pas un cadeau si parfait à nos enfants en ne leur apprenant pas à se démerder, à prendre des risques.
Les procès faits aux producteurs de cigarettes et d’alcool ont réduit la mortalité liée aux consommations de ces produits.
Depuis Ralph Nader, l’intégration de la sécurité dans le design automobile a également entraîné la baisse du nombre et la gravité des accidents de la route.
Etc.
Tout ceci est évidemment très bénéfique, et notre civilisation a atteint des niveaux de sécurité inédits et une hausse extraordinaire de l’espérance de vie.
Un petit Occidental qui nait aujourd’hui n’a ainsi jamais eu autant de chances de finir octogénaire.
Il y a évidemment un revers à tout cela.
L’histoire prouve que pour réussir quelque chose, il faut essayer, souvent plusieurs fois.
Les grandes découvertes ont toujours été faites par des gens qui prenaient des risques.
Les premiers plongeurs en scaphandre autonome se sont retrouvés défoncés à l’oxygène avant qu’on ne trouve le bon dosage.
Les avions des frères Wright se sont crashés au sol, mais sans eux nous n’aurions pas Airbus.
Avant eux Jean-François Pilatre de Rozier et après eux Youri Gagarine ont pris le risque de tester les premiers vols en montgolfière et dans l’espace.
Même chose pour la médecine : il y a une phase où il faut essayer, risquer, parfois accepter que des patients meurent avant d’arriver à un résultat.
On peut et on doit réduire au maximum cette phase, mais pas la supprimer.
Il n'empêche qu'on n’accepte plus cette idée, ce que l’essor d’un puissant mouvement antivaccin ces dernières décennies illustre bien : on veut que tout soit sûr à 100% dès le début, oubliant que pour être sûr à 100% il faut avoir testé, et donc pris des risques.
Cette quête de sécurité absolue peut aller jusqu’à l’irrationnel, notamment dans le cas de la guerre.
On constate que désormais nos pays sont horrifiés lorsqu’un soldat meurt, considérant presque qu’il s’agit d’un meurtre scandaleux et évitable, alors que la guerre, qui est une horreur, est par nature indissociable de la mort.
On dirait pourtant que nous avons oublié ça aussi et, plus grave, que nous avons également oublié qu’un pays qui refuse de se battre et de perdre des soldats sera dominé sinon détruit.
Les derniers conflits où des armées occidentales sont impliquées sont à cet égard édifiants.
La guerre du Vietnam a été perdue parce que les Américains n’acceptaient plus que leurs enfants meurent, encore moins qu’ils meurent outre-mer, alors que leur adversaire le Viet Minh n’était pas avare de vies, tout comme les talibans afghans après eux.
Dans cette vidéo un peu longue, le reporter Gérard Chaliand expliquait très bien cette perspective et le fait que l’Occident ne peut plus gagner du fait de cette mentalité.
Sans aller jusqu’à cet extrême qu’est la guerre, on peut tous noter la différence de mentalité à l’œuvre dans les frictions du quotidien de nos pays.
Par exemple lorsqu’un BBR et un Maghrébin/un Africain s’embrouillent, le premier cède le plus souvent, parce que l’aversion au risque et la crainte des conséquences est généralement plus forte pour lui.
C'est un peu comme si les immenses progrès que nous avons effectués nous avaient en quelque sorte inhibés et produit des sociétés plus frileuses, moins inventives et moins prêtes au risque et à l'affrontement.
On pourrait se dire pourquoi pas, si on s'y retrouve ?
Ce serait oublier qu’une société qui n’a plus d’appétit et ne veut plus se battre, créer, oser et innover est une société qui va inévitablement vers le déclin.
Il est intéressant de comparer l’Europe avec d’autres pays de la même aire culturelle.
Commençons par la Russie, pour revenir à notre exemple du début.
La société russe a gardé une habitude de l’arbitraire, des passe-droits, de la nécessité de s’imposer, de ruser et de compter d’abord sur soi-même avant de se plaindre auprès de l’État ou de se poser en victime, donc l'habitude de certains risques (on retrouve ce pattern dans beaucoup d'autres pays de l’Europe ex-communiste).
Mon deuxième exemple est Israël.
La menace existentielle qui pèse sur ce pays oblige ses citoyens à se tenir toujours prêts au conflit, à la mort, à risquer tout.
Leur grande capacité à innover vient aussi de cet état de choses, de cette nécessité de ne jamais s’endormir, d’être toujours sur la brèche, et va fatalement avec une grande tolérance au risque.
Ma dernière illustration c’est les États-Unis.
Même si les Américains étaient le contre-exemple de mon article, ils ont su garder la capacité d’oser, de risquer.
L’héritage culturel de la frontière, l’immigration forte et très peu prise en charge ainsi que la croyance dans l’effort individuel font que génération après génération ce pays se réinvente, et garde toujours son lot de gens qui ont faim, qui créent et innovent.
Ce n'est pas le cas en France ni chez ses voisins d’Europe occidentale.
Un diagnostic aujourd’hui largement partagé est que l'UE s’endort, qu’elle ne fait que suivre mollement le reste du monde, qu'elle légifère à outrance et reste campée dans une posture morale défensive de moins en moins crédible.
Le mépris et l’hostilité qu’elle suscite assez largement à l’extérieur (il n’y a qu’à voir le nombre de bilatérales USA-Chine-Russie & co où nous ne sommes plus conviés) est un signal très net, dont on commence seulement à prendre la mesure.
Pourtant si l’on ne veut pas devenir une sorte d’Amérique latine, une périphérie un peu larguée qui ne décide de rien et dont les éléments moteur sont pillés, il nous faut nous réhabituer au risque.
Espérons que nos ennemis islamistes, russes et chinois et notre faux allié américain servent à ça.
Si je quitte l’échelle géopolitique pour revenir à mon sujet de départ et à mes articles, ceux-ci soulignent que paradoxalement, l’anxiété et le manque de confiance en soi n’ont jamais été aussi forts dans nos pays ultra protégés et balisés, suggérant un lien entre cette angoisse et la perte d’habitude de prendre des risques et de tester des choses.
Il semble en effet que le bonheur et l’accomplissement ne résident pas dans une vie bunkerisée, mais qu’on ait tous besoin de challenges, de conflits et d’imprévus, résolus ou non, faciles ou non, pour grandir et devenir quelqu’un de confiant, équilibré et résilient.
Je ne sais comment évolueront les choses, mais notre société paraît s’être un peu égarée sur ce plan-là, et c’est sûr que nous ne faisons pas un cadeau si parfait à nos enfants en ne leur apprenant pas à se démerder, à prendre des risques.
Parole de Français pantouflard et inhibé.