Anne Sylvestre fait partie de mes découvertes tardives.
Celle qu'on surnommait parfois le Brassens en jupons est en effet beaucoup moins médiatisée que ledit Brassens (qui admirait son talent) et c'est bien dommage.
Cette dame était une auteure/compositrice/interprète à une époque où c'était extrêmement rare en France, comme tant d'autres choses plutôt réservé aux hommes, et percer dans ce contexte impliquait un sacré caractère et beaucoup de persévérance.
On peut imaginer que son ascendance ne l'a pas aidée non plus, voire même qu'elle lui a nui. Anne Sylvestre était en effet la fille du collaborateur Albert Beugras, un membre important du PPF qui avait échappé de justesse à la peine de mort.
Dans un contexte artistique dominé par l'extrême gauche, ça lui a certainement fermé des portes.
Elle réussit néanmoins à se faire connaitre sans faire de compromis, et aujourd'hui son talent d'écriture fait l'unanimité.
Ses chansons sont en effet de merveilleuses petites histoires, finement ciselées et racontées dans un français riche et subtil.
Très poétiques, elle sont souvent porteuses de messages et teintées de beaucoup d'humour.
Comme beaucoup de musiciens à l'époque, elle s'accompagnait de sa guitare, et les titres que j'ai écoutés sont plutôt simples et épurés, donnant toute leur place au texte.
Mon mari est parti est semble-t-il un de ses premiers succès. Sorti en 1961, il fait parler une femme dont on comprend que le mari a été mobilisé.
Parlant à la première personne, Sylvestre décrit son état d'esprit et la façon dont sa vie est transformée par le départ de son homme.
Elle souligne des choses simples et quotidiennes, parle du manque, de la difficulté à comprendre et à s'organiser. On comprend qu'en plus son personnage est enceinte.
On voit aussi ses compagnes de misère se mettre l'une après l'autre à porter des robes noires, à pleurer la perte de leurs propres conjoints.
Avec mille petits détails (la vendange réussie, les fleurs et les champignons qu'elle cueille, les enfants à l'école) elle dessine un monde normal, attachant et humain, le seul qui compte au fond.
Et souffrant de plus en plus de ce qui vient de briser ce monde, elle se demande pourquoi, avec insistance et désespoir.
Pour finir il y a l'étang, qui rassure, qui aide à attendre et qui constitue une option définitive si la douleur est trop forte.
Le contraste entre la douceur de la voix d'Anne Sylvestre et la mélodie simple et tranquille d'une part, et ce texte puissant d'autre part installe une tension douloureuse et très réaliste qui court dans toute la chanson.
Le contexte du conflit qui a séparé le couple est laissé volontairement flou, ce qui rend le morceau universel.
La narratrice peut être l'épouse de n'importe quel soldat dans n'importe quelle armée de n'importe quelle guerre. En l'écoutant, chacun s'identifie et vit son angoisse et son désespoir.
Mon mari est parti est sorti en 1961, alors que les jeunes appelés français étaient massivement engagés en Algérie, et il semble que beaucoup se soient accrochés à ce titre et qu'on ait cru qu'il parlait précisément de ce conflit.
Anne Sylvestre confia cependant que ce n'était pas le cas, et qu'elle l'avait bien écrit comme un message universel contre la guerre.
Un message très beau et toujours actuel.
Précédent: Chanson (38): La taberna do diablo
Cette dame était une auteure/compositrice/interprète à une époque où c'était extrêmement rare en France, comme tant d'autres choses plutôt réservé aux hommes, et percer dans ce contexte impliquait un sacré caractère et beaucoup de persévérance.
On peut imaginer que son ascendance ne l'a pas aidée non plus, voire même qu'elle lui a nui. Anne Sylvestre était en effet la fille du collaborateur Albert Beugras, un membre important du PPF qui avait échappé de justesse à la peine de mort.
Dans un contexte artistique dominé par l'extrême gauche, ça lui a certainement fermé des portes.
Elle réussit néanmoins à se faire connaitre sans faire de compromis, et aujourd'hui son talent d'écriture fait l'unanimité.
Ses chansons sont en effet de merveilleuses petites histoires, finement ciselées et racontées dans un français riche et subtil.
Très poétiques, elle sont souvent porteuses de messages et teintées de beaucoup d'humour.
Comme beaucoup de musiciens à l'époque, elle s'accompagnait de sa guitare, et les titres que j'ai écoutés sont plutôt simples et épurés, donnant toute leur place au texte.
Mon mari est parti est semble-t-il un de ses premiers succès. Sorti en 1961, il fait parler une femme dont on comprend que le mari a été mobilisé.
Parlant à la première personne, Sylvestre décrit son état d'esprit et la façon dont sa vie est transformée par le départ de son homme.
Elle souligne des choses simples et quotidiennes, parle du manque, de la difficulté à comprendre et à s'organiser. On comprend qu'en plus son personnage est enceinte.
On voit aussi ses compagnes de misère se mettre l'une après l'autre à porter des robes noires, à pleurer la perte de leurs propres conjoints.
Avec mille petits détails (la vendange réussie, les fleurs et les champignons qu'elle cueille, les enfants à l'école) elle dessine un monde normal, attachant et humain, le seul qui compte au fond.
Et souffrant de plus en plus de ce qui vient de briser ce monde, elle se demande pourquoi, avec insistance et désespoir.
Pour finir il y a l'étang, qui rassure, qui aide à attendre et qui constitue une option définitive si la douleur est trop forte.
Le contraste entre la douceur de la voix d'Anne Sylvestre et la mélodie simple et tranquille d'une part, et ce texte puissant d'autre part installe une tension douloureuse et très réaliste qui court dans toute la chanson.
Le contexte du conflit qui a séparé le couple est laissé volontairement flou, ce qui rend le morceau universel.
La narratrice peut être l'épouse de n'importe quel soldat dans n'importe quelle armée de n'importe quelle guerre. En l'écoutant, chacun s'identifie et vit son angoisse et son désespoir.
Mon mari est parti est sorti en 1961, alors que les jeunes appelés français étaient massivement engagés en Algérie, et il semble que beaucoup se soient accrochés à ce titre et qu'on ait cru qu'il parlait précisément de ce conflit.
Anne Sylvestre confia cependant que ce n'était pas le cas, et qu'elle l'avait bien écrit comme un message universel contre la guerre.
Un message très beau et toujours actuel.
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