jeudi 29 janvier 2026

Chanson (35): Les matins d'hiver

Dans les années 70-80, Gérard Lenorman était une star de la variété française. On l'entendait beaucoup à la radio, on le voyait à la télé, il remplissait les salles de concert.

Comme C. Jérôme ou d'autres artistes de cette époque et de ce courant musical un peu méprisé, je ne peux pas dire si je l'aimais ou pas.

Mais c'était une personnalité familière et ses chansons positives et simples comme la gentillesse qui émanait de lui inspiraient spontanément la sympathie.

Cette sympathie s'est accrue quand plus âgé je l'ai entendu parler de sa vision du monde et de sa triste jeunesse "d'enfant de boche".

Il semblait avoir beaucoup souffert et être quelqu'un de gentil, au sens premier et noble du terme.

Sa chanson Les matins d'hiver, dont je vais parler aujourd'hui, date d'avant ma naissance.

Il y raconte les souvenirs d'enfance d'un petit garçon allant à l'école avec son frère et y rêvant d'ailleurs paradisiaques en opposition avec le froid de l'hiver.

Sur le titre proprement dit je n'ai pas grand-chose à dire.

La musique est simple et le texte bien écrit, dans un langage accessible bien qu'utilisant parfois des mots surprenants (la douce chaleur que nous "prodiguait" le vieux poêle), et les images sont joliment rendues.

Mais ce morceau est spécial pour moi car c'est précisément à l'école primaire que je l'ai découvert, ma maîtresse nous l'ayant fait étudier je ne sais plus dans quel but.

De ce fait, en une sorte de mise en abyme il me rappelle ma propre enfance, ma propre école et les frères avec qui je m'y rendais moi aussi.

Cet écheveau de souvenirs fait que cette chanson me touche à chaque fois que je l'entends.

Quand Lenorman parle du froid sur le chemin, je me revois marchant sur la petite route qui me séparait de l'école.

Le poêle qu'il évoque prend la forme de celui qui réchauffait notre petite salle (et où un camarade s'était brûlé la main).

Je revois également mes frères m'accompagnant, le plus grand qui a quitté ce monde trop vite, et les deux petits, qui ont autant vieilli que moi.

Avec le temps ces souvenirs s'éloignent et deviennent de plus en plus flous.

Faute d'enfants l'école, déjà une classe unique quand j'y étais, est fermée pour de bon depuis des décennies, et la neige aussi se fait rare.

Mais ce monde disparu et le petit moi de l'époque me sont précieux, et Les matins d'hiver les ressuscitent à chaque fois que j'entends ce morceau.


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mercredi 21 janvier 2026

Scènes de métro (10): instant blues

Un soir, dans la rame de métro bondée où je patientais est monté un vieil anglo-saxon (américain je pense).

Très maigre, il était habillé avec la vraie panoplie du rocker sixties: tout en jeans et bijoux, avec un foulard sur la tête.

Il a commencé à jouer de la guitare au bottleneck, s'accompagnant en chantant et en jouant de l'harmonica. Son répertoire était du blues rock un peu sudiste.

Sa voix n'était pas toujours très assurée, ni la musique forcément très juste (le métro c'est chaotique), mais c'était sincère et puissant.

Inexplicablement je me suis senti très ému.

J'avais un peu la même sensation que si j'avais revu un vieil ami après une longue période de séparation, ou qu'une passion défunte ressurgissait soudain du passé.

En fait, cette musique m'a ramené quelque chose de mon moi d'avant, du monde de ma jeunesse, quand la musique, cette musique, était centrale, quand les rockeurs étaient de jeunes rebelles et pas des vieux fossiles, et quand la société où j'évoluais était moins variée.

Quand il a eu fini de jouer, le musicien est passé parmi les voyageurs avec un vieux porte-monnaie de cuir.
 
Je voulais absolument lui donner quelque chose et n'ayant pas de pièces je me suis fendu d'un billet de cinq euros.

Je l'ai alors vu faire les yeux ronds et me demander avec une surprise mêlée de gratitude si j'avais aimé sa musique.

Dans mon anglais de cuisine je lui baragouinais que oui, beaucoup, et il a commencé à me parler, mi en français mi dans sa langue.

Un peu gêné, je ne savais pas trop comment réagir (en plus je le comprenais mal) mais il a fini par écourter en me remerciant chaleureusement une nouvelle fois, et en me donnant une petite carte de visite avec un lien vers une vidéo où il chantait.
 
Je suis parti avec un sentiment mitigé, entre l'émerveillement et la tristesse de ne pas être assez sociable pour avoir parlé plus longtemps.

Mais j'emmène en tout cas avec moi le souvenir d'un moment magique, qui me donne pour une fois envie de remercier la RATP.