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mercredi 21 janvier 2026

Scènes de métro (10): instant blues

Un soir, dans la rame de métro bondée où je patientais est monté un vieil anglo-saxon (américain je pense).

Très maigre, il était habillé avec la vraie panoplie du rocker sixties: tout en jeans et bijoux, avec un foulard sur la tête.

Il a commencé à jouer de la guitare au bottleneck, s'accompagnant en chantant et en jouant de l'harmonica. Son répertoire était du blues rock un peu sudiste.

Sa voix n'était pas toujours très assurée, ni la musique forcément très juste (le métro c'est chaotique), mais c'était sincère et puissant.

Inexplicablement je me suis senti très ému.

J'avais un peu la même sensation que si j'avais revu un vieil ami après une longue période de séparation, ou qu'une passion défunte ressurgissait soudain du passé.

En fait, cette musique m'a ramené quelque chose de mon moi d'avant, du monde de ma jeunesse, quand la musique, cette musique, était centrale, quand les rockeurs étaient de jeunes rebelles et pas des vieux fossiles, et quand la société où j'évoluais était moins variée.

Quand il a eu fini de jouer, le musicien est passé parmi les voyageurs avec un vieux porte-monnaie de cuir.
 
Je voulais absolument lui donner quelque chose et n'ayant pas de pièces je me suis fendu d'un billet de cinq euros.

Je l'ai alors vu faire les yeux ronds et me demander avec une surprise mêlée de gratitude si j'avais aimé sa musique.

Dans mon anglais de cuisine je lui baragouinais que oui, beaucoup, et il a commencé à me parler, mi en français mi dans sa langue.

Un peu gêné, je ne savais pas trop comment réagir (en plus je le comprenais mal) mais il a fini par écourter en me remerciant chaleureusement une nouvelle fois, et en me donnant une petite carte de visite avec un lien vers une vidéo où il chantait.
 
Je suis parti avec un sentiment mitigé, entre l'émerveillement et la tristesse de ne pas être assez sociable pour avoir parlé plus longtemps.

Mais j'emmène en tout cas avec moi le souvenir d'un moment magique, qui me donne pour une fois envie de remercier la RATP.


lundi 4 juillet 2016

Le syndrome Jeanne d'Arc

L'autre jour, scène pénible dans un RER encore plus bondé par la grève illimitée du moment.

Une femme, plutôt forte semble-t-il (difficile à voir à travers la forêt d'usagers) tente en s'excusant de se glisser dans un interstice entre les gens, de façon à gagner un couloir et y être un peu moins comprimée.

Elle se fait alors violemment apostropher par un grand type qui lui balance un "Si tu pousses encore, je t'en colle une !" (ses écouteurs l'ont sans doute empêché de l'entendre s'excuser).

S'ensuit une tentative de justification de la femme, le ton monte et ça finit sur un "Quand on fait 200 kilos, on prend le taxi !" balancé avec une élégance rare par le grand type.

Immédiatement la moitié du wagon prend fait et cause pour la malheureuse et le type se prend une volée de remarques bien méritées (et dont il n'a visiblement rien à foutre).

L'incident, tristement banal, surtout dans ce genre de circonstances merdiques si courantes dans nos transports, aurait pu s'arrêter là.

Mais il y avait ma voisine.

Celle-ci, toute vrillée d'indignation et de haine, a en effet longuement continué à apostropher le malotru, tentant obstinément de lui faire comprendre le dégueulasse de sa remarque et attendant peut-être de le voir s'excuser.

Ce genre d'attitude, qui met toujours mal à l'aise l'allergique aux conflits que je suis, me semble quelque chose de typiquement féminin, plus précisément féminin-occidental-urbain.

Ce n'est en effet pas la première fois que je vois une de ces pasionarias s'insurger publiquement et violemment contre un mufle, un raciste ou un incivique.

Ces Jeanne d'Arc des temps modernes sont également très présentes dans le monde associatif, les ONG, les militants, les gens qui distribuent des tracts contre l'expulsion à la sortie des écoles, ceux qui s'expriment publiquement sur les grands sujets, contre la voiture, etc.

Pourquoi donc les hommes semblent-ils avoir déserté le créneau de la prise de position affirmée en milieu hostile? Cette question, pour laquelle je n'ai pas vraiment de réponse, est intéressante.

Déjà, sans aller jusqu'aux thèses de Zemmour, peut-être qu'il y a quelque chose de vrai dans la féminisation de la société, avec notamment la mise hors la loi du conflit physique. Certains disent que la féminisation du corps enseignant et de la petite enfance y sont pour quelque chose.

En tout cas, l'homme occidental moderne ne se bat plus qu'avec répugnance et réprobation, et on lui fait très tôt intégrer que c'est mal et que c'est une faiblesse.

Et un homme qui intervient dans le contexte que je décris s'expose à prendre des coups. Une fille beaucoup moins, car l'homme qui bat une femme est encore plus stigmatisé sous nos latitudes.

C'est d'autant plus vrai dans le contexte multiculturel actuel où la suspicion de racisme ajoute une couche à l'inhibition.

Le "babtou fragile" semble donc correspondre à une certaine réalité, corroborée par le témoignage naïf ou moqueur de plusieurs Européens de l'Est avec qui j'ai pu échanger et qui étaient surpris de la tendance à s'écraser des indigènes de l'Hexagone en cas de conflit, surtout si l'adversaire était un immigré.

Peut-être y a-t-il aussi un côté religieux dans la passion que ces dames mettent à intervenir ostensiblement? Beaucoup de gens dénoncent le vide spirituel contemporain, mais en fait il n'est pas si flagrant, et si ça se trouve, il y a une génération ou deux, ces engagées auraient été en train de prier assidûment pour leur salut.

Peut-être que ça relève du discours de valorisation des victimes qui a restructuré la parole publique depuis les années 80, et que ce surcroît de militantisme est une sorte de volonté de ne plus subir?

Certains soulignent que les juifs étaient présents de manière disproportionnée parmi les leaders d'extrême gauche des années 70 et que cela pouvait indiquer qu'ils cherchaient à exorciser la passivité supposée de leurs ancêtres qui aboutit à la Shoah. Il se peut qu'il y ait un parallèle.

Les mesquins diront aussi que leur statut de femme leur permettra de toute façon de s'en tirer en invoquant le sexisme ou l'indulgence face à leur féminité.

Je ne sais pas si l'on peut en conclure quelque chose en fait...

Mais en tous les cas, c'est une étrange époque que la nôtre, pleine de doutes et de recompositions, et ces femmes plus combatives que leurs homologues masculins en sont un symptôme.

vendredi 16 janvier 2015

Scènes de métro (9): incident voyageur

Il y a quelques temps j'évoquai les jours de grève du métro, leur ambiance et leurs conséquences. Aujourd'hui je complèterai ce post en parlant de l'autre grande cause de retard: les "incidents".

Ce terme fourre-tout, qui tient souvent lieu de justification facile, peut désigner tout un tas de choses.

Il peut s'agir d'une alarme, d'un malaise voyageur ou d'un suicide, d'une agression du conducteur ou de voyageurs, de gens sur la voie, bref, d'incidents liés à des usagers ou à des gens extérieurs.

Cela peut être également un problème technique: moteur en panne, caténaires inutilisables, voies gelées ou inondées, aiguillage défaillant, etc.

Cela peut être aussi un problème de personnel (panne de réveil, gueule de bois, négligence), même si ceux-là sont généralement tus.

Cela peut enfin être un acte terroriste réel ou supposé (alerte à la bombe) ou une décision politique (récemment la visite d'officiels chinois entrainé la suppression de certains trains).

Quoi qu'il en soit, on se retrouve avec au mieux un retard à gérer, au pire, un train supprimé pour une durée indéterminée.

C'est précisément ce qui m'est arrivé le troisième jour de cette rentrée 2015: en arrivant à ma station de RER, je me suis trouvé pris dans une masse de de voyageurs faisant demi-tour avec l'air anxieux.

L'affichage confirmait la suppression du train pour au moins une heure.

Comme à chaque fois, tout le monde se mit alors frénétiquement à chercher un plan B, une solution de rechange.

Dans mon cas, l'unique choix était de prendre l'un des quelques bus qui remontaient vers Paris, là où le réseau se densifie et permet toujours de rebondir (c'est dans ce genre de moment qu'on voit ce que signifie concrètement s'éloigner en banlieue: on est encore plus dépendant de systèmes de transport plus rares et boiteux).

Sauf que vu que c'était le choix de tout le monde, les deux arrêts de bus se sont vite retrouvés débordant de foules qui s'étalaient jusque sur la route, avec chacun fermement décidé à jouer des coudes pour monter à tout prix.

Bien entendu, les rares bus qui arrivaient étaient déjà complètement saturés et roulaient au pas (les bouchons n'aidant pas) et bien entendu, ça gueulait et ça grognait.

Dans ces circonstances, on retrouve les mêmes attitudes et personnages que ceux que j'ai décrits pour les jours de grève, mais l'éloignement et la pauvreté des alternatives rend le problème différent, plus dramatique en quelque sorte.

Du coup certains ont recours à un moyen que je n'imaginais pas: le stop !

En effet un tas de gens, pouces en l'air, essayaient de mendier une place dans les véhicules qui passaient, certains allant jusqu'à taper aux fenêtres des voitures à l'arrêt, voire à insulter les chauffeurs s'ils n'obtempéraient pas.

Et il ne s'agissait pas forcément de racailles sans gêne: il y avait au contraire pas mal de personnes habillées BCBG, cadres ou fonctionnaires. Le stress, la pression, tout cela met dans un état second où tout devient possible.

Au final, je m'en suis tiré avec trois quart d'heure de marche à pied (j'ai pu constater que j'allais aussi vite que le bus over-bondé auquel j'avais renoncé à et qui avançait en parallèle) + un quart d'heure de Vélib lorsque j'ai eu enfin atteint les communes frontalières de Paris + deux trams une fois que j'ai pu accéder au réseau.

J'ai donc mis plus du double de mon temps de trajet habituel. Et ma banlieue n'est qu'en petite couronne...

Bref, y a encore du boulot avant de me décider à renoncer à la bagnole.

lundi 30 septembre 2013

Scènes de métro (8): bureau, salle de bain, salon et cabine téléphonique

Le métro n'est pas qu'un moyen de transport. Pour certaines personnes, c'est carrément un lieu de vie, et on a l'impression que paradoxalement, le fait d'être entouré d'une foule transforme leur coin de wagon en un espace intime.

Je zapperai sciemment ceux qui travaillent, que ce soit avec papier, ordinateur ou téléphone, prolongeant leur bureau dans leur wagon.En effet, ils agissent bien souvent sous la contrainte.

En revanche, je pense notamment à toutes celles pour qui le métro devient une annexe de salle de bain.

Je suis toujours fasciné par ces femmes qui se maquillent consciencieusement à la vue de tout le monde, alors que je suis convaincu qu'au travail ou dans leur cadre familial ce rituel se fait dans l'intimité.

Ce n'est pas que ce soit indécent bien sur, ça me semble juste curieux.

J'ai même voyagé à côté d'une fille en train de se manucurer. Impeccablement vêtue, elle s'affairait avec ses petits ustensiles, jetant tranquillement bouts d'ongle taillés et peaux mortes dans l'allée centrale...

Plus nombreux encore sont les gens qui subissent "l'effet portable". C'est-à-dire que le fait de téléphoner les projette dans une bulle qui exclue tout leur voisinage, lequel profite pourtant des conversations, de gré ou de force.

J'ai ainsi entendu pèle-mêle des excuses à plat ventre, des négociations sur "ce que tu sais" entre personnages louches, des engueulades de mères courroucées, des compte rendus de visites familiales, une séance de remonte moral sur fond de "Dieu est avec toi" ou encore des debriefings de la rentrée du petit dernier.

Ça peut être particulièrement insupportable, surtout quand c'est accompagné d'une voix qui porte.

Le téléphone exacerbe ce comportement parce que très souvent les gens montent d'un octave et se concentrent, mais on peut également subir des conversations entre personnes IRL, notamment lorsqu'on se retrouve coincé au milieu d'un groupe.

Pour peu qu'on se laisse aller et qu'on refuse de lutter pour ne pas entendre, ça peut d'ailleurs être agréable et/ou intéressant pour faire passer un trajet trop long.

Voici quelques-unes des conversations qui m'ont marqué.

- Un groupe de filles-à-maman maghrébines tirées à quatre épingles, surlookées et maquillées parlaient de leur vie, du studio donné par Papa suite à la dernière crise de nerf, des frasques d'un(e)tel(le), etc. Et du dernier voyage au bled.

Le portrait qu'elles faisaient d'un village qu'elles avaient visité était marrante. On sentait qu'elles oscillaient entre un mépris citadino-bourgeois, voire français, et un espèce de respect obligé pour le pays d'origine.

Je me souviens qu'elles décrivaient les pieds nus des femmes et les pétards que fumaient les hommes, tellement forts que la simple odeur faisait planer...

- Dans le RER, j'ai également assisté à une revue de famille de la part d'une mère qui, après avoir parlé des uns et des autres, a commencé à s'appesantir sur l'ingratitude et l'égoïsme de sa fille, la démolissant méthodiquement, tout en gardant un sourire confondant.

- Plusieurs fois j'ai aussi eu droit aux plaintes de personnes que les obligations familiales forçaient à héberger qui un neveu, qui une cousine qui finissait par s'incruster et dont il devenait impossible de se débarrasser.

- Plus récemment, enfin, c'est un groupe de lycéennes africaines que j'ai eu comme bande son de mon trajet du soir. Elles parlaient de la mort d'un oncle et leur conversation dériva vite sur les obligations des unes et des autres (garder les plus petits par exemple) avec un intéressant passage sur les croyances.

Elles étaient notamment unanimes sur le fait que réciter la chahada avant de mourir garantissait automatiquement une place au paradis, et l'une d'elle a même conclu en disant que malheureusement on n'y pensait généralement pas quand on était en train de mourir (!).

Bref, quelques fois le métro peut remplacer une émission de télé ou de radio. Il est juste dommage qu'on ne choisisse pas le programme...

mardi 16 juillet 2013

Prendre les transports en commun, moi? Jamais!

Plus jeune, j'étais un grand adepte du train. N'aimant pas la voiture, n'en possédant pas, étant du genre rêveur qui a du temps, un peu écolo, un peu fauché, les transports en commun me semblaient l'idéal.

Ils m'emmenaient d'un point A à un point B sans que je me soucie de devoir conduire, ce qui me laissait du temps pour lire, écouter de la musique ou finir ma nuit, leur coût était modique, pourvu que j'ai un abonnement, il n'y avait pas de frais d'entretien ou d'assurance, etc.

Je me souviens avoir alors pensé qu'il fallait être fou pour aller travailler ou faire les transports quotidiens en voiture, à plus forte raison dans le bouchon permanent de l'Ile-de-France, et m'être étonné du nombre de gens qui le faisaient.

Quelques années de TER quotidien m'ont amené dans un premier temps à nuancer mon idée de transport idéal, un mois de grève par an représentant tout de même une nuisance assez sérieuse.

Et puis surtout, dix ans d'Ile-de-France m'ont dégoûté des transports en commun, et les discours des prétendus écologistes (généralement vivant et travaillant dans Paris intramuros) ont le don de me hérisser le poil. Aujourd'hui je rêve de voiture ou plus encore d'aller travailler à pied.

Les causes de ce rejet sont simples et archi connues.

Premièrement il y a les conditions inconfortables qu'on subit dans des rames surpeuplées, où trouver une place assise est une gageure, surtout si on s'éloigne du centre de Paris.

La vétusté de beaucoup de ces infrastructures, la saleté, la chaleur extrême alliée à des courants d'air glacés, tout cela concourt à faire du voyage un moment "physiquement" désagréable.

Deuxièmement il y a les gens avec qui l'on voyage et qu'on doit subir.

Racailles véhémentes (dont certaines, comme dans le RER D à Grigny, ressuscitent l’époque des attaques de diligence), voyageurs stressés agressifs et prêts à tout pour rentrer dans leur rame, seuls-au-monde bruyants qui font subir musique et téléphone à leur voisinage, étendent leurs jambes ou posent leurs sacs, cinglés, musiciens du dimanche, dégueulasses ou alcooliques posés dans un coin avec leur crasse, mendiants...il faut pouvoir supporter. Et la répétition perpétuelle de ces scènes rend parfois difficile de garder un oeil détaché d'anthropologue.

Enfin, le principal problème, et le plus important, c'est l'irrégularité chronique des transports en commun, l'aléatoire, l'impossibilité de pouvoir compter sur son ou ses moyens de transport de façon régulière et sûre.

Il y a des retards, des arrêts intempestifs, des suppressions, entrainant un décalage qui peut être énorme entre l'horaire prévu et l'horaire effectif, décalage multiplié par le nombre de correspondances et amplifié par les réactions en chaine et par le nombre de personnes impactées, selon l'effet "domino" bien connu.

Une heure de retard peut avoir des conséquences quand on doit par exemple récupérer ses enfants à une heure donnée ou tout simplement faire son quota de sommeil.

Pourquoi ces retards? Les raisons en sont variées.

Certaines sont liées aux deux problèmes précités.

La vétusté des infrastructures entraine en effet un certain nombre de pannes, de problèmes techniques à résoudre. Cette vétusté est due à la fois à l'âge du matériel et au sous-investissement chronique des trente dernières années

En effet, l’Etat a longtemps consacré l’essentiel de son effort au développement des TGV, et n'a pas accompagné l'extension permanente de l'Ile-de-France (plus de 11.000.000 de Franciliens aujourd'hui contre environ 8.000.000 en 1961, année du début de la construction des RER). Bien évidemment, cette sur utilisation augmente d'autant l’usure des infrastructures existantes.

Le comportement des usagers est aussi une cause de retard.

Statistique macabre: on dénombre 450 suicides ferroviaires sur le réseau francilien chaque année, avec pour chaque désespéré se jetant sous un train ou un métro des retards liés aux interventions des pompiers, de la police, etc.

Corollaire de la surpopulation, il y a les malaises, lesquels entrainent des retards, qui entrainent l’entassement d’encore plus de gens dans chaque wagon, et donc d'autres malaises, etc.

Enfin il y a tous ceux qui fraudent, qui vandalisent le métro, cassent les tourniquets, dégradent les gares, bombent les trains, actionnent gratuitement les alarmes, etc, pour aller jusqu'aux poseurs de bombes, à ceux qui jouent à faire des alertes, voire aux effets collatéraux de l’installation des camps de Rroms (les usagers d’un RER desservant le 93 ont dû passer la nuit dans une gare suite à un feu fait sous un pont par des Tziganes !).

Une intervention de la police, des pompiers ou du déminage coûte quelques heures, et tout l'argent perdu à nettoyer, réparer, arrêter est de l'argent qui n’est pas investi ailleurs.

Le troisième ensemble de raisons, et le dernier, relève plutôt du politique.

Comme je le disais, l’État a longtemps négligé d'accompagner l'augmentation régulière du nombre d'usagers et la densification de la région. Le lancement du "Grand Paris" enfin validé vise à corriger le tir mais sera très long à mettre en œuvre, surtout étant donné son coût faramineux et le contexte de réduction des dépenses.

Et puis il y la gestion de l'exploitation proprement dite.

La SNCF, champion national des jours de grève par salarié, bloque le réseau avec une régularité qu'on aimerait voir appliquée aux horaires de ses trains, et c’est vrai sur toutes les lignes, pas seulement les franciliennes.

Un autre cauchemar des usagers d’Ile-de-France est celui des lignes dont l’exploitation est faite en commun par la RATP et la SNCF, comme le RER B.

Un changement de conducteur est systématiquement opéré au milieu du trajet, et chaque fois que pour rationaliser l’exploitation il a été question de prendre un seul chauffeur d'un bout à l'autre du trajet, il y a eu levée générale de boucliers, grèves et compagnie.

Entendons-nous bien, la SNCF, deuxième entreprise ferroviaire mondiale, doit gérer au quotidien un parc consistant et pallier à des manques politiques, ce n'est pas forcément facile et elle ne peut pas faire de miracles.

Mais elle est bel et bien une partie du problème par le comportement scandaleux de ses syndicats qui agissent comme un lobby des cheminots au détriment de la mission de service public qui lui est confiée.

Une fois tous ces problèmes posés, que pourrait-on, que devrait-on faire ?

La solution est évidemment en premier lieu politique.

L’augmentation de la capacité aux endroits où c’est nécessaire, une politique rigoureuse de sanction envers la fraude, l’incivisme ou les dégradations, la fin des grèves de complaisance, sauvages et/ou injustifiées, tout cela relève de l’État. État qui renâcle à agir essentiellement pour une raison précise.

Le coût social (et électoral !) d’un conflit ouvert avec les syndicats du train joue bien évidemment, surtout pour un gouvernement de gauche qui ne doit pas perdre sa clientèle fonctionnaire, mais le vrai souci porte là encore sur le nerf de la guerre, à savoir le budget.

Un vrai projet de refonte des transports en commun coûterait en effet cher, très cher. Il obligerait à trouver de l’argent, et également à des coupes douloureuses sur certaines lignes secondaires non rentables (contrecoup électoral assuré) ainsi qu’à une inévitable hausse du coût du billet.

Peut-être faudra-t-il un électrochoc, comme l’explosion du prix du baril de pétrole pour lancer le chantier ? C’est ce qu’imagine Dalibor Frioux dans son excellent livre "Brut".

En attendant ce moment hypothétique, je fais partie des 11.000.000 de personnes qui subissent un système poussif et épuisant et qui maudissent les transports en commun plusieurs fois par semaine…

dimanche 24 avril 2011

Scènes de métro (7): Rencontres

Dans le métro, où l’on croise une quantité industrielle de gens qu’on ne revoit souvent jamais, il arrive parfois que l’on fasse des rencontres, que les gens s’abordent pour une raison x ou y.

Cela m’est arrivé quelques fois, et je vais citer ici quelques-unes de ces rencontres, sympathiques, insolites ou étranges. Singulièrement, elles tournaient toutes autour d’un livre ou un magazine.

1. J’étais en train de lire « Le fils du pauvre », une autobiographie de l’écrivain algérien d’expression française Mouloud Ferraoun, dont la carrière s’était tristement achevée sous les balles de l’OAS.

Absorbé, je n’ai pas vu un homme s’approcher de moi et m’interpeller en me disant « comment ça se fait que vous lisez Mouloud Ferraoun ? ». Interloqué, je levais les yeux et tombais sur un maghrébin d'une quarantaine d'années au visage sincèrement ravi.

Un peu désarçonné, je bredouillais en guise de réponse quelques mots sur mon intérêt pour l’Algérie. Il commença alors à me dire « vous savez, c’est un grand, un très grand » avec passion.

Ma correspondance arrivant, j’ai hélas dû le laisser partir sans avoir pu continuer une conversation qui s'annonçait prometteuse. En nous séparant, il m’a chaleureusement dit au revoir avec un sourire triomphant qui faisait plaisir à voir.

2. Un autre matin, j’étais tranquillement en train de lire un livre présentant la Roumanie d’aujourd’hui quand un monsieur de la cinquantaine s’est adressé à moi.

Il s'est présenté comme un professeur qui allait faire sa prochaine rentrée en Roumanie, et ne connaissant pas ce pays et voyant ce que je lisais, il m'a bombardé de questions sur le sujet.

Je me suis fait un plaisir de lui transmettre tout ce que j’en savais (j'étais un peu envieux) puis nous nous sommes quittés.

3. Plus désagréable fut la rencontre suivante. Je lisais le Lonely Planet sur Israël et la Palestine quand un quadragénaire noir (je devinais rapidement qu’il était africain) engagea la conversation avec moi à ce sujet, conversation qui allait bien vite tourner au monologue.

Se présentant comme musulman, il me demanda pourquoi je lisais, puis sans me laisser répondre (heureusement, car j’étais bien embêté !) il commença à soliloquer sur la malédiction lancée par Allah sur les arabes de la région, justifiant presque les actes des israéliens (j’avais déjà entendu cette étrange histoire de malédiction dans la bouche d’un marocain).

Je ne savais pas trop quoi répondre pour m’en sortir, et fus fort heureusement sauvé par le gong quand arriva ma station.

4. La rencontre suivante fut de mon fait. J’étais en train de lire l’émouvant livre « Mon bel oranger » quand je m’aperçus qu’une femme cherchait sans discrétion à voir mon livre par dessus mon épaule.

Je me tournai alors vers elle et le lui montrai franchement, lui demandant cordialement si cela l’intéressait.

Très gênée, elle me dit rapidement qu’elle avait lu ce livre il y avait longtemps et qu’il l’avait elle aussi beaucoup touchée.

Toutefois, elle rentra bien vite dans sa coquille et la conversation tourna court.

5. La rencontre suivante fut provoquée par ma curiosité.

J’étais debout dans l’allée quand mon regard tomba sur un article qui avait l’air passionnant. Malgré tous mes efforts, je n’arrivai pas à déterminer quel était le magazine dans lequel il était écrit.

A la fin, je pris mon courage à deux mains et le demandais à la lectrice, une jeune maghrébine. Visiblement très surprise de ma requête elle me dit qu’il s’agissait de Tel Quel. Tout aussi gênée qu’elle, je la remerciais et nous en restâmes là.

6. La dernière rencontre n’est par contre liée à aucun livre.

Je me trouvais avec ma famille dans un RER quand j’avisais un homme au visage un peu triste qui me regardait. J’essayais de ne pas en faire de cas, mais je m’aperçus qu’il insistait vraiment. Embêté, je pris le parti de l’ignorer tout en le surveillant du coin de l’œil.

Au bout de quelques stations, il se leva pour descendre, mais avant s’approcha de moi. Je me demandais ce qu’il voulait quand il me dit qu’il avait rarement vu un fils ressembler autant à son père que le mien (!). Je m’attendais à tout sauf à ça…

Ces quelques exemples personnels illustrent le fait qu'il est finalement assez facile d'entrer en conversation, vu le panel de possibilités qu'offre la RATP.

vendredi 18 février 2011

Scènes de métro (6): Les Belles du métro

Mon post d'aujourd'hui sera très court. Je voudrais y introduire un "spectacle" qui rend parfois le trajet en métro moins long. C'est celui des femmes que l'on y croise.

Le métro étant l'un des rares endroits de ce monde où se croisent des gens de tout horizon, on y tombe en effet régulièrement sur des beautés de tout style, couleur, milieu...

Quelque fois le regard est arrêté par l'une d'entre elles, et l'on reste accroché le temps du trajet par une silhouette, un regard, une façon de bouger, de parler, bref par une des innombrables expressions de cette chose fascinante qu'on appelle la féminité.

Parfois, il arrive même qu'il y ait échange de regards, ce qui entraine généralement (c'est vrai pour tout le monde, d'ailleurs, homme ou femme) une fuite des yeux vers un autre point.

Qu'on me comprenne bien, je ne parle pas de voyeurisme ou de désir, mais simplement de beauté, de grâce, de l'émotion que peuvent susciter la vision de certaines personnes.

Pour terminer, je vais citer le joli poème d'Antoine Pol "Les passantes", que j'ai connu grâce à sa version chantée par Brassens.

Ce n'est pas tout à fait ce que je veux exprimer ici, mais c'est un texte émouvant qui parle des millions de rencontres avortées que l'on fait dans une vie.

"Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connait à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulut rester inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir"

Début: Scènes de métro (1): Introduction
Précédent: Scènes de métro (5): Mendiants, Religieux et Fous
Suivant: Scènes de métro (7): Rencontres

mardi 14 décembre 2010

Scènes de métro (5): Mendiants, Religieux et Fous

Dans le métro et peut-être encore plus dans les stations elles-mêmes, on croise une quantité impressionnante de marginaux, de fous, de mendiants et de paumés.

On ne fait que passer à proximité de la plupart d’entre eux, mais certains vous interpellent, vous agressent, directement ou non, vous demandent de l’argent, et au minimum vous offrent le spectacle souvent trop triste de leur vie…

Voici une typologie sommaire des quelques-uns qui m’ont marqué ou que j’ai notés pour une raison x ou y.


Tout d'abord il y a les religieux.


La plupart du temps, ils sont discrets, et se contentent de lire avec une grande concentration des bibles ou ce que je suppose être des corans (je ne lis pas l’arabe mais ils ont l’air dévots en lisant).

Ces derniers sont plus nombreux pendant le Ramadan, et j'ai noté que pour les deux livres saints la majorité des lecteurs sont des noirs.


Parmi les religieux que j'ai rencontrés, je me souviens d’un couple de musulmans, tous deux habillés de façon traditionnelle, et qui m’ont jeté un regard noir parce que j’en avais touché un dans la cohue, le souillant sans doute…


Je me souviens aussi d'être tombé, une fois dans le métro, une fois dans le tram, sur un prêcheur noir (était-ce le même ?) haranguant la foule inerte à grands coups d’appels au Seigneur et de « repentez-vous ! » incongrus et fatigants dans le tram et le métro.


Ensuite il y a les « artistes ».


Certains, musiciens et/ou chanteurs, souvent des tsiganes mais pas forcément, sont plutôt bons et font leur job. Ca peut même être agréable de les écouter. Mais on tombe aussi sur d'autres qui sont épouvantablement mauvais, pathétiques, ridicules, et même quelques fois agressifs.


J’ai ainsi croisé plusieurs fois un marionnettiste qui tendait une tenture entre deux barres de métro avant de faire son show sur fond de la version originale de « Petit Gonzalez » braillée par un poste bruyant.


J’ai aussi vu un clown si mauvais qu’on avait envie de le payer pour qu’il se taise. Egalement un jeune homme dansant pitoyablement sur un fond de manele et de rap roumain inécoutable et un quadra usé à l'air aviné qui chantait atrocement et a capella « Sur la route de Memphis » (déjà que j'aime pas l'original...).


Mais il y aussi les chanteurs hélas « engagés », jamais à court de clichés, et qui s’en prennent obligatoirement et avec beaucoup d’originalité (sic!) à la France et à ses dirigeants.
 

Ainsi un musicien autoproclamé a-t-il récemment commis devant moi « Le blues de la révolution », le degré zéro de la création, en s’accompagnant d’un harmonica aussi poussif que les clichés qu’il sortait et que son assommant discours pseudo révolutionnaire anti-Sarkozy et anti-bourgeois.

Ma voisine, pimpante bourgeoise quadragénaire, se mordait les lèvres pour ne pas sourire. Ma station d’arrivée m’a fort heureusement préservée de la quête qui allait suivre.
 

Un autre soir, c'est un rigolo, d’origine maghrébine, qui nous a fait son show, critiquant avec ce qu’il croyait être de l’humour la France et les Français, insistant sur l’importance des origines, apostrophant les gens guitare à la main, etc. Là encore j’ai été sauvé par le gong, m’épargnant un bien pénible moment.

Après les musiciens « volontaires », il faut encore supporter les fêlés du walkman (ou plutôt de l'ipod) qui écoutent leur engin tellement fort qu'on en profite d'un bout à l'autre du wagon. J'ai ainsi pu étudier les paroles de diverses tendances du rap actuel, mais aussi celles de Lara Fabian et quantité d'autres choses plus ou moins digestes...


Et enfin il y a les fous, les obsessionnels, ceux qui sont définitivement dans leur planète.


Je me souviens d’un chevelu entre deux âges qui gueulait sa rage en s'adressant à quelqu'un qui « se branlait les couilles à Pearl Harbour ». J’avais du coup l’impression que sa vindicte allait vers des Japonais, et qu’il rejouait une scène d’engueulade qu’il avait du voir ou vivre. Très lourd et agaçant.


Je me souviens également d'un noir vêtu en plein hiver d'un tee-shirt, de grosses chaussettes sur des pieds enflés et d'un pantalon au sourire de plombier entrant hébété dans le wagon et poussant tout le monde jusqu'à ce qu'il soit assis.

Après ce petit tour d’horizon des spécimens étranges qu’on doit apprendre à côtoyer avec philosophie pour survivre, je vais poursuivre ma série en parlant des rencontres intéressantes ou étonnantes que j’ai faites et des gens qui m’ont accosté.


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jeudi 9 décembre 2010

Scènes de métro (4): Jours de grève

Un des rituels bien rodés de notre pays, ce sont les grèves des transports en commun.

Elles se produisent régulièrement, quasiment tous les ans et généralement vers l’automne, se terminant lorsque arrivent les vacances.

Elles prennent en otage les milliers de gens qui sont tributaires des transports, elles rallongent leurs journées, les obligent à d’ingénieux aménagements du temps, à prendre la voiture, etc.

Elles sont connues sur la planète entière, du Japon à la Roumanie en passant par les États-Unis et pour la plupart des pays la France est aussi le pays de la grève.

Les touristes et expatriés bloqués qui propagent cette réputation seraient en fait bien étonnés de savoir qu’avec moins de 10% de salariés syndiqués, la France est l'un des pays du monde développé qui est le moins syndiqué, mais là n’est pas le propos de ce post (bien qu’il y ait tant à dire de ce côté-là !).

Je voulais en fait parler de l’ambiance qui règne dans nos transports pendant ce genre d’épisode, que tout le monde vit au moins une fois et redoute toujours un peu.

Çà commence quand l’annonce est faite via la presse. Une grande partie des gens, anticipant les ennuis, prend une journée de congé, on discute, on spécule, on consulte la « météo des transports » sur les sites RATP et SNCF (quand ils sont disponibles).

Puis arrive le jour J.

Selon les fréquences annoncées, les gens essayent souvent de partir plus tôt (bien qu’ils soient souvent coincés par les enfants).

Les quais sont noirs de monde, tout le monde est au coude à coude, tendu vers le but ultime : entrer dans un wagon, même si c’est au prix d’un écrasement brutal. La tension est forte, l’adrénaline coule à flots.

En ce genre d’instant pénible, on voit se manifester plusieurs types de personne.

Il y a les plaisantins qui rigolent par défi, en faisant souvent trop, et les politisés, ceux qui voient la faute du gouvernement derrière tout ça.

J’ai justement assisté à une scène cocasse d’affrontement entre deux de ces stéréotypes vivants.

D’un côté un type gueulait sur Sarko comme quoi la grève était de sa faute et de l’autre un type se moquait de lui en lui rappelant qu’il était vrai qu’avant Sarko il n’y avait jamais de grève.

Chacun étant à un bout du wagon, les échanges ont duré un bon moment, l’anti-Sarko énervé finissant par perdre la face et faire rire tout le monde.

Il y a les anxieux, qui font part à tous leurs voisins des problèmes que cette grève leur cause, les prenant à témoin de leur malheur. Ne jamais leur répondre sous peine de rester bloqué en face de leur monologue stérile et épuisant !!

Il y a les énervés, au bord de l’explosion pour s’être faits avoir une fois de plus, et à deux doigts de lyncher les employés RATP qui passent à leur portée (alors même que ceux-là sont justement les non grévistes !).

Il y a les paniqués, que toute cette foule compacte rend fous. De ce modèle j’ai vu un malheureux prendre à parti les voyageurs assis sur les sièges fixes de la rame, leur sommant de se lever par décence et respect pour les autres, alors que c’était non seulement quasiment impossible, mais de plus parfaitement inutile, vu que ces sièges ne se rabattaient pas !

La personne avait l’air si excédée et épuisée (vu ses vêtements, il devait être balayeur dans une lointaine banlieue) que les gens l’ont gentiment raisonné et que ça s'est terminé dans les rires.

Il y a les seuls au monde, qui considèrent avoir de droit une place et ne supportent pas qu’on les pousse, allant au conflit avec leurs voisins les plus proches. On assiste ainsi à beaucoup d’échanges plus ou moins durs.

A chaque fois il y a au moins une personne qui en invective une autre parce qu’elle l’a poussée, alors même que cette personne ne fait généralement que répercuter un mouvement de masse qui vient parfois de très loin, voire des escaliers en-dehors du quai.

Çà peut aller jusqu’à l’insulte, voire aux coups. Très souvent également, si la personne qui s’estime bousculée est noire et l’autre non, le noir va y aller d’un « raciste » sonore et sans réplique.

Enfin, les conditions de transport extrêmes, l’entassement, les attentes interminables « pour régulation » peuvent enclencher un cercle vicieux : des personnes se sentant mal font un malaise, bloquant un peu plus le train, entraînant encore plus de retard, donc plus d’entassement, donc de nouveaux malaises, etc.

C’est dans ce genre de moment qu’on se met à penser à l’émigration ou aux régimes autoritaires...

Pour en terminer avec le désagréable, mon prochain post aura trait aux fous et aux mendiants que l’on croise forcément dans nos chers transports.

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mercredi 24 novembre 2010

Scènes de métro (3): Altercations

Lieu de brassage par excellence, puisque habitants des zones pauvres et riches et gens de différentes origines s’y rencontrent, le métro est un endroit idéal pour les conflits, la probabilité étant augmentée par la promiscuité et la surpopulation qui font qu’on ne peut que rarement y choisir son voisin.

En cinq ans de pratique, j’ai ainsi eu la joie d’assister à quelques scènes pénibles, se limitant fort heureusement à des échanges verbaux.

Néanmoins, elles m’ont à chaque fois plongé dans un profond malaise, car je me demande toujours à partir de quel moment je devrais me poser la question d’intervenir ou non (je n’ai heureusement jamais eu à le faire) et parce que ce spectacle me navre toujours beaucoup. Ces scènes m’ont également permis de voir que le racisme n’est pas mort, loin de là.

En voici quelques exemples.

Première scène :

Je suis monté un soir dans mon deuxième métro (ligne 7). Un noir m'a suivi, silencieux, modestement vêtu et portant un sac de nourriture, il s’est installé sur un strapontin.

Un autre bonhomme, de type maghrébin, vêtu d’un costume sans cravate est arrivé juste après lui et a commencé à l’agonir d’injures.

Il le traitait de « sorcier », se revendiquait comme israélien, et finit par lui promettre de lui baisser le pantalon et même par lui cracher dessus…mais après être descendu sur le quai et juste avant que la rame ne reparte !


Pour toute réponse du noir, je n’ai vu qu’un doigt dressé. Je n’ai pas compris le pourquoi du comment, mais ce racisme assumé (le « sorcier » est un « sale nègre » à peine déguisé) et cet esclandre m’ont pourri le voyage.

Deuxième scène :

Ça se passait dans une ligne moins populaire et plus cossue, la ligne 1. Il y avait là une bande de jeunes « dorés », petits blancs chicos avec des fringues de prix, des coiffures de minet, etc.

L’un d’entre eux était visiblement au bord du coma éthylique et les autres se disputaient pour appeler ou non un médecin.

Le plus branleur de tous jouait au chef et engueulait les partisans du médecin tout en tenant fermement la tête du gamin bourré et lui ordonnant de tenir. Le malheureux semblait à deux doigts de vomir ou de s'évanouir.


Moment pénible, où là encore je me suis demandé s’il fallait intervenir ou non (peut-être que le gamin était en danger?). En tout cas, je suis descendu avant eux.

Troisième scène :

L’alcool était également à l’origine de cette scène. Dans le train bondé du soir (ligne 1), un Noir entre deux âges, visiblement très aviné, emmerdait un adolescent blanc sans que j’en sache la raison ni que celui-ci ne sache quoi faire.

Il lui donnait des leçons, l’appelait « mon grand garçon », en rajoutait des tonnes dans le style « tu ne connais rien de la vie », « je suis ouvert et tu refuses le dialogue », etc. Çà a duré au moins dix stations...


Quatrième scène :

Cette dernière scène était plus comique que pénible.

J'étais assis sur un strapontin en face d’une jeune Asiatique très élégante perdue dans ses pensées quand est monté un vieux Tsigane armé d’un violon.

Il a commencé à jouer, tirant de son crin-crin d’épouvantables sons, ce qui amena l’Asiatique à discrètement se boucher les oreilles…


Ce mouvement n'avait pas échappé pas au Tsigane! Vexé, il se mit en effet à l’engueuler dans un mélange de roumain et de français, prenant à témoin le wagon qu’à cause d’elle il n’y aurait pas de musique et insistant sur le fait que le violon était « made in China » !!

La fille s’est alors énervée à son tour, disant qu’elle était violoniste et que le type la saoulait. Ce dernier finit par descendre au soulagement général…(j'ai oublié sur quelle ligne c'était).


Au cours de mes voyages, je suis également tombé :

- sur un Maghrébin agressif au nez pansé qui engueulait tout le monde parce qu’on ne lui donnait rien, en insistant bien lourdement sur le fait que c’est parce qu’il s’appelait Samir (ligne 7),

- sur un noir bourré qui a voulu jouer avec mon fils juste pour pouvoir se friter avec moi. J’ai pu désamorcer le truc en descendant avant lui (mais c’était moins une) (ligne 7),


- sur un Maghrébin vindicatif menaçant de viol une employée de la RATP parce qu’elle refusait de lui donner un papier (station Kremlin-Bicêtre),

- sur un jeune noir lisant avec ostentation un torchon raciste intitulé « La férocité blanche » et jetant des regards de défi appuyés aux blancs qui croisaient son regard (bus 323),

- sur un clochard venu emmerder cigare à la bouche les clients d’une agence RATP (place d'Italie),

- sur deux clochards avinés suppliant leur voisin coincé par la foule de leur donner une cannette du pack qu’il avait eu la malheureuse idée d’emmener avec lui (ligne 1),

- sur un noir se jetant sur un arabe à coups de poings avant que les deux ne soient heureusement séparés par d'autres musclés (ligne 9),

- sur un homme typé méditerranéen qui s'en est pris à un type en costume pour une raison indéterminée (ligne 7) en le traitant de « juif »,

- sur un « héros » engueulant comme plâtre un quinquagénaire parce qu’il avait demandé à une noire d’enlever ses paquets qui encombraient un fauteuil (ligne 7). Réaction d'autant plus incompréhensible que la dame s'était exécutée et n’avait rien dit !

- sur un musulman défoncé ou bourré qui a passé tout son trajet (RER B) à insulter un type qui lui avait demandé de quitter son strapontin vu que c'était l'heure de pointe. Je précise musulman parce que ce type disait qu'il avait fait le ramadan et traitait sa victime de sale gwère (orthographe à vérifier mais ça veut dire mécréant). Au moment où il allait en venir aux mains, plusieurs types se sont interposés et il est descendu.

- sur un quinqua chevelu bourré qui cherchait la merde à tous ses  voisins jusqu'à ce qu'un d'entre eux se rebiffe et lui propose de descendre (RER B),

Bref, beaucoup de moments de bonheur qui font que ça reste une joie sans égale de prendre les transports...dans le prochain post, je parlerais d’une autre de ces joies, puisque j’aborderais la question des grèves

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vendredi 3 septembre 2010

Scènes de métro (2): Réflexions sur le "look"

L’autre jour, j’entrais dans une station de métro où je n’ai pas l’habitude d’aller.

En descendant les escaliers qui m’amenaient au quai, j’entendis les premiers accords d’une guitare et une voix chantant (plutôt bien) du reggae d’un ton énergique.

Je ne connaissais pas le titre, mais la mélodie et les « Zion » qui revenaient en boucle dans les paroles ne laissaient aucun doute.


Je m’attendais donc à tomber sur un noir plus ou moins famélique, avec de longues dreadlocks, des vêtements flashy (avec sur l’un d’eux au minimum les couleurs de la Jamaïque et/ou le dessin de cannabis), voire un bonnet…

J’avais tout faux ! En effet, le type qui nous faisait ce concert improvisé était un jeune homme blanc d’à peu près vingt ans, avec les cheveux courts de celui qui ne s’embête pas avec sa coiffure, des vêtements ordinaires, des chaussures vernies…bref, le genre de personne qu’on ne remarque absolument pas en temps ordinaire.

Ma méprise m’a amené à réfléchir à l’importance qu’a pris le « look » aujourd’hui, tout particulièrement chez les jeunes. Tribu musicale, religion, orientation sexuelle, origines ethniques, nationales ou sociales, idées politiques, rapport au monde, estime de soi...on fait tout dire à son look.

S’habiller et tout ce qui va avec (le maquillage, le choix de la voiture, de l’endroit où l’on habite, etc.) est une forme de vitrine que l’on se donne, avec souvent l’idée qu’on est unique, personnalisé, etc., et surtout original. Mais cette originalité suit généralement une mode précise, elle n’en est donc pas une.

Au fond, le vrai anticonformiste était plutôt ce jeune homme dont l’aspect neutre ne collait pas avec ces actes…ou encore les gens « mal habillés » !


Blague à part, on croise souvent des looks incroyables dans le métro. En voici quelques exemples:

- un Pikachu géant qui se rendait probablement à une fête et ne savait que faire de sa queue,

- un Asiatique qui crânait en grattant sa guitare, avec une coiffure à la Elvis, d'énormes lunettes de soleil jaunes...et des sabots en plastique,

- un trentenaire velu habillé en tout et pour tout d’un slip doré et de bretelles (j’ai réalisé après coup que c’était la Gay Pride !),

- une brune à couper le souffle qui semblait sortir d’un album de Marini. Vêtue d’un costume de cuir rouge très décolleté et de bottes à talons aiguille, maquillée de façon agressive, le silence se faisait autour d’elle…

Et il y a tous ceux dont je ne me souviens pas !

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lundi 16 août 2010

Scènes de métro (1): Introduction

Vivant en banlieue parisienne, j'ai cette "chance" insolente d'être un usager régulier de la RATP.

Les guillemets s'imposent parce que bien souvent la chose me pèse, les wagons sont bondés, on ne choisit pas ses voisins...et je ne parle même pas des incidents (malveillants ou non) et des grèves qui viennent rallonger le trajet et obliger à des trésors d'inventivité ou des plans B catastrophiques.

Cependant, le métro reste l'un de ces endroits où toute sorte de gens se croisent, qui ne se verraient sans doute jamais autrement.

Cela donne lieu à des spectacles cocasses, à des remarques étonnantes, à des situations parfois pénibles, voire dangereuses, bref, c'est un théâtre où il se passe toujours quelque chose.


La série de posts que j'entame ici (une de plus, me direz-vous) va décrire quelques scènes et/ou rencontres marquantes.
 

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