vendredi 10 juillet 2026

Cinéma (34) : Georges Franju

Aujourd'hui quand on pense au cinéma français évoque on évoque soit des comédies plus ou moins lourdes, soit du cinéma intello parisiano-centré tendance nombriliste et plutôt à gauche.

Et a contrario quand on pense au cinéma de divertissement, aux films d'action, aux polars, c'est inévitablement Hollywood qui vient à l'esprit, que ce soit via NetFlix ou au cinéma.

 Je connais nombre de gens qui assument parfaitement de ne consommer que ces deux derniers, considérant la production hexagonale comme nulle et/ou prise de tête.

Ce constat assez partagé est un peu triste, même s'il y a hélas un fond de vrai, sans doute lié à la façon dont le financement du cinéma fonctionne depuis les années 80. Même si l'on dit que c'est lui qui a permis sa survie comparativement aux pays voisins, ça l'a aussi orienté dans un certain sens

Ce désamour est d'autant plus triste que la France est le pays qui a inventé le cinéma et qu'il a longtemps été au top de la création dans toutes sortes de genres.

Ce préambule pour introduire le réalisateur français Georges Franju, qui a marqué et inspiré beaucoup de gens y compris dans le monde non francophone en faisant des films un peu à part.

Je l'ai découvert en regardant le film Judex, une sorte d'ersatz de Fantomas, avec un héros maléfique roi du déguisement et possédant une base et des sbires dévoués.

Je ne peux pas dire que j'ai particulièrement aimé ce film, mais il y avait indéniablement un style dans cet hommage aux romans feuilletons, justement co écrit par le petit-fils d'un des grands maîtres de ce genre littéraire, Louis Feuillade.

J'ai ensuite vu un extraordinaire documentaire (Franju est très connu dans cette discipline). Il s'agit de Le sang des bêtes, reportage de 1949 filmé dans les abattoirs parisiens, où rien ne nous est épargné de la réalité de ces endroits.

La mort des animaux, le sang qui coule, les gestes des bouchers et la longue hécatombe que constitue une journée dans ces lieux, tout est filmé avec talent et une certaine poésie de l'horreur.

Il est dit qu'à sa sortie, dans un monde pourtant plus rude, il entraîna plusieurs évanouissements de spectateurs, et moi-même qui ai connu ce milieu-là je n'ai pas pu ne pas être un peu remué.

Il semble qu'il ait fait d'autres documentaires de ce niveau, notamment un Poussières qui parle de l'intoxication des ouvriers exposés aux poussières industrielles et que je dois voir un jour.

Et puis enfin j'ai loué ce qui est considéré comme son chef d'oeuvre, le long métrage Les yeux sans visage.

L'histoire est celle d'un chirurgien obsédé par le désir de réussir une greffe de visage sur sa fille, horriblement défigurée dans un accident de voiture dont il est responsable.

Pour cela il a besoin de filles qui lui donnent leurs visages, et il se les procure par la violence.

Le film n'a rien de gore, mais il est extrêmement bien rendu, plein d'une implacable tension et visuellement très beau.

Il a marqué des générations de cinéastes, dont Georges Romero ou John Carpenter, qui dit s'en être inspiré pour le masque du héros de sa franchise Halloween.

Je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler, mais la fin surprenante est à la hauteur du début, et dans cet univers j'ai retrouvé les ambiances un peu gothiques que j'aime, mais en VF.

Il semble que Franju ait tourné d'autres longs métrages, comme La faute de l'abbé Mouret, d'après Zola, mais qu'il ait aussi été obligé de se cantonner aux courts, pour des raisons essentiellement financières.

Une belle découverte en tout cas, et un autre de nos héritages méconnus.


Précédent: Cinéma (33) : Trash

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire