Un jour je suis tombé sur le pitch intriguant du film Les Chinois à Paris, de Jean Yanne, à savoir l’invasion puis l’occupation de la France par l’armée de Mao Tse Toung.
J'aimais bien le personnage truculent à l’humour vachard et froid qu’était Jean Yanne, et j'ai vu qu'il était accompagné par pas mal de grands acteurs, comme Nicolas Calfan, Michel Serrault ou Jacques François, donc ça m'a tenté.
Bon le fait qu'il y ait aussi Daniel Prévost et Paul Préboist, deux piliers du navet franchouillard (ah, la série des "mon curé" !) m'a un peu refroidi, mais j'ai quand même ajouté ce film improbable dans la liste des à voir, et hier je me suis lancé.
Après un début qui m’a fait un peu peur, je peux dire que j’ai bien aimé cette satire.
Yanne s'y moque du marxisme-léninisme fanatique de la Chine populaire, mais ce ne sont pas les Chinois qui sont sa cible: il vise plutôt ses compatriotes.
Dans le film on trouve en effet une double caricature des Français.
La première c'est celle de leur comportement pendant l’Occupation allemande.
Cela commence par un président incompétent (le toujours parfait Bernard Blier) qui s’empresse de décamper aux États-Unis et par une armée dépassée et incapable d’organiser la défense et ça continue par cinquante nuances de collaboration.
On voit des prêtres convertis en commissaires du peuple, voire même naturalisés (entendre Préboist dire "Je suis Chinois" est particulier) qui encouragent la délation et propagent avec zèle le nouveau catéchisme marxiste, avec l'approbation d'une hiérarchie vaticane toute en courbettes.
On voit un commerçant cynique faire fortune en trafiquant avec les nouveaux maîtres, en les flattant et en s’adaptant à leurs besoins.
On voit un industriel converti en militant zélé qui n’oublie pas néanmoins d’aller s’empiffrer chez le trafiquant dès qu’il en a l’occasion.
On voit un gouverneur parfaitement servile se couper en quatre pour être aux petits soins avec les occupants.
J'aimais bien le personnage truculent à l’humour vachard et froid qu’était Jean Yanne, et j'ai vu qu'il était accompagné par pas mal de grands acteurs, comme Nicolas Calfan, Michel Serrault ou Jacques François, donc ça m'a tenté.
Bon le fait qu'il y ait aussi Daniel Prévost et Paul Préboist, deux piliers du navet franchouillard (ah, la série des "mon curé" !) m'a un peu refroidi, mais j'ai quand même ajouté ce film improbable dans la liste des à voir, et hier je me suis lancé.
Après un début qui m’a fait un peu peur, je peux dire que j’ai bien aimé cette satire.
Yanne s'y moque du marxisme-léninisme fanatique de la Chine populaire, mais ce ne sont pas les Chinois qui sont sa cible: il vise plutôt ses compatriotes.
Dans le film on trouve en effet une double caricature des Français.
La première c'est celle de leur comportement pendant l’Occupation allemande.
Cela commence par un président incompétent (le toujours parfait Bernard Blier) qui s’empresse de décamper aux États-Unis et par une armée dépassée et incapable d’organiser la défense et ça continue par cinquante nuances de collaboration.
On voit des prêtres convertis en commissaires du peuple, voire même naturalisés (entendre Préboist dire "Je suis Chinois" est particulier) qui encouragent la délation et propagent avec zèle le nouveau catéchisme marxiste, avec l'approbation d'une hiérarchie vaticane toute en courbettes.
On voit un commerçant cynique faire fortune en trafiquant avec les nouveaux maîtres, en les flattant et en s’adaptant à leurs besoins.
On voit un industriel converti en militant zélé qui n’oublie pas néanmoins d’aller s’empiffrer chez le trafiquant dès qu’il en a l’occasion.
On voit un gouverneur parfaitement servile se couper en quatre pour être aux petits soins avec les occupants.
On voit les résistants de la 25e heure tondre les collaboratrices horizontales.
Etc.
La deuxième caricature est plus contemporaine et du coup plus grinçante.
Ce film est en effet sorti alors que la France était en pleine fièvre maoïste et que nombre d’étudiants et d’intellectuels se prosternaient devant le boucher de Pékin qui n’avait guère à envier à Hitler ou Staline.
Sous son aspect parodique, Yanne montre bien ce qu'est la société qu'ils promeuvent.
La France est en effet écrasée sous les slogans placardés partout, les gens y ânonnent le petit livre rouge à la moindre occasion et sans crainte du ridicule, comme le faisaient alors les Sartre et autres Badiou.
Une émission de télé rappelle la Révolution Culturelle: le concept en est de mettre au pilori -au sens propre- une personnalité désignée comme ennemie du peuple et d'inviter les téléspectateurs à cracher sur leur poste.
C'est évidemment une version plus farce des lynchages bien réels orchestrés par Mao, mais le message est clair.
Un parallèle qui n'a pas dû plaire est même fait avec le nazisme, la personne exposée à la télé ayant un nom juif et l'animateur détaillant avec délectation et tel le premier Darquier venu, le nez crochu et le regard fuyant de sa victime.
Un personnage grotesque de résistant transformé en communiste parfait par trois mois de lavage de cerveau montre aussi ce que sont réellement les dictatures communistes.
Le film brocarde en outre le puritanisme communiste, les Chinois interdisant la fornication comme du temps perdu pour la productivité et la reconstruction du pays (!).
Enfin, je ne sais pas comment ils ont réussi mais dans le film a été tournée une version marxiste de l’opéra Carmen (Car Meng) qui est un morceau de bravoure en soi.
En résumé, ce film, qui fut un échec commercial malgré son budget, était parfois drôle et réjouissant, souvent très bien vu, mais au final moyen.
C’était en tout cas gonflé et courageux de le faire à cette époque, d’autant que tout le monde en prend pour son grade (l’église, la présidence et l’armée prennent cher) même si la réaction la plus violente est venue de la gauche.
En effet, le marxisme était alors son référent suprême et bon nombre de ses membres encensaient Mao et Pol Pot (les articles de l’époque sont extraordinaires avec le recul: on dirait Je suis partout).
La gauche s’est donc partagée entre mépris et indignation, les maoïstes allant jusqu’à manifester, attaquer les cinémas et interrompre la diffusion du film.
Cette histoire m’a d’ailleurs fait réfléchir sur cette famille politique et son avidité à avaler les couleuvres pourvu qu’elles aient la bonne étiquette.
L’hommage de Ségolène Royal à la mort de Castro, le refus de Sophia Chikirou de qualifier la Chine de dictature, ou encore la nostalgie complaisante des Fatal Picards ou de Renaud pour la culture communiste, bien qu'elle ait considérablement aidé des régimes épouvantables à se maintenir, prouvent bien que ce n’est pas fini.
Force est de constater également le silence assourdissant de ce camp politique quand il s’agit d’évoquer les atrocités des dictatures du Tiers Monde et/ou des régimes islamistes, sans doute parce qu’en sont issus les membres de la nouvelle classe qui sauvera le monde...
C'est sur ce constat un peu déprimant que je finirai cette chronique d'un film plutôt marrant.
Précédent:Cinéma (34) : Georges Franju
Etc.
La deuxième caricature est plus contemporaine et du coup plus grinçante.
Ce film est en effet sorti alors que la France était en pleine fièvre maoïste et que nombre d’étudiants et d’intellectuels se prosternaient devant le boucher de Pékin qui n’avait guère à envier à Hitler ou Staline.
Sous son aspect parodique, Yanne montre bien ce qu'est la société qu'ils promeuvent.
La France est en effet écrasée sous les slogans placardés partout, les gens y ânonnent le petit livre rouge à la moindre occasion et sans crainte du ridicule, comme le faisaient alors les Sartre et autres Badiou.
Une émission de télé rappelle la Révolution Culturelle: le concept en est de mettre au pilori -au sens propre- une personnalité désignée comme ennemie du peuple et d'inviter les téléspectateurs à cracher sur leur poste.
C'est évidemment une version plus farce des lynchages bien réels orchestrés par Mao, mais le message est clair.
Un parallèle qui n'a pas dû plaire est même fait avec le nazisme, la personne exposée à la télé ayant un nom juif et l'animateur détaillant avec délectation et tel le premier Darquier venu, le nez crochu et le regard fuyant de sa victime.
Un personnage grotesque de résistant transformé en communiste parfait par trois mois de lavage de cerveau montre aussi ce que sont réellement les dictatures communistes.
Le film brocarde en outre le puritanisme communiste, les Chinois interdisant la fornication comme du temps perdu pour la productivité et la reconstruction du pays (!).
Enfin, je ne sais pas comment ils ont réussi mais dans le film a été tournée une version marxiste de l’opéra Carmen (Car Meng) qui est un morceau de bravoure en soi.
En résumé, ce film, qui fut un échec commercial malgré son budget, était parfois drôle et réjouissant, souvent très bien vu, mais au final moyen.
C’était en tout cas gonflé et courageux de le faire à cette époque, d’autant que tout le monde en prend pour son grade (l’église, la présidence et l’armée prennent cher) même si la réaction la plus violente est venue de la gauche.
En effet, le marxisme était alors son référent suprême et bon nombre de ses membres encensaient Mao et Pol Pot (les articles de l’époque sont extraordinaires avec le recul: on dirait Je suis partout).
La gauche s’est donc partagée entre mépris et indignation, les maoïstes allant jusqu’à manifester, attaquer les cinémas et interrompre la diffusion du film.
Cette histoire m’a d’ailleurs fait réfléchir sur cette famille politique et son avidité à avaler les couleuvres pourvu qu’elles aient la bonne étiquette.
L’hommage de Ségolène Royal à la mort de Castro, le refus de Sophia Chikirou de qualifier la Chine de dictature, ou encore la nostalgie complaisante des Fatal Picards ou de Renaud pour la culture communiste, bien qu'elle ait considérablement aidé des régimes épouvantables à se maintenir, prouvent bien que ce n’est pas fini.
Force est de constater également le silence assourdissant de ce camp politique quand il s’agit d’évoquer les atrocités des dictatures du Tiers Monde et/ou des régimes islamistes, sans doute parce qu’en sont issus les membres de la nouvelle classe qui sauvera le monde...
C'est sur ce constat un peu déprimant que je finirai cette chronique d'un film plutôt marrant.
Précédent:Cinéma (34) : Georges Franju
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