vendredi 20 mai 2016

Apartheid, hijra et mixité sociale

La vague d'attentats islamistes que connait l'Europe est la confirmation d'un sérieux problème social et d'une importante fracture entre les populations.

La cause identifiée par tous et répétée jusqu'à plus soif, y compris jusqu'au plus haut niveau puisque notre premier ministre n'a pas craint de parler d'apartheid social, c'est qu'il n'y aurait pas assez de mixité sociale, un mot qui veut en réalité dire mixité ethnique.

Ainsi, on dénonce inlassablement le fait que les immigrés de culture musulmane seraient sciemment maintenus dans des ghettos à l'écart du reste de la population et de sa prospérité supposée.

Et donc en conséquence, pour corriger le problème et rendre la société solidaire et apaisée, il suffirait de disséminer les populations immigrées, et en premier lieu les musulmanes, au milieu de la population autochtone: l'intégration se ferait alors naturellement et harmonieusement.

Pour mettre cela en œuvre, rien de plus simple: on force les Européens à laisser racisme et préjugés au vestiaire, et on met en place cette diversité tant vantée à grands coups de HLM savamment implantés au cœur des quartiers dits bourgeois.

Soit.

Mais à mon avis, ça ne peut que foirer.

En effet, on oublie la moitié de l'équation, parce que pour qu'une rencontre ait lieu, il faut en effet être deux.

Que les autochtones n'aient pas forcément envie de se mélanger, c'est généralement assez vrai. La peur de l'étranger et le rêve d'entre-soi sont aussi vieux que les villages (rappelons-nous Brassens).

Mais qu'en est-il des fameux "ghettoïsés"? S'est-on demandé s'ils ont envie de ce mélange et s'ils considèrent ladite mixité comme bénéfique et souhaitable?

La réponse n'est rien moins qu'évidente.

L'obsession croissante du halal dans tous les domaines de la vie (vêtements, nourriture, enseignement, mixité sexuelle) ou la persistance du choix du conjoint au bled (rappelons que le mariage est la première cause d'immigration en France) semblent bien indiquer qu'un pourcentage non négligeable ne tient pas tant que ça au fameux brassage refondateur.

La part prépondérante du vote Ennahda chez les franco-Tunisiens pour les premières élections post-Ben Ali va également dans ce sens.

Rappelons que leur programme ressemble plus à une version maghrébine de celui de Philippe de Villiers -pas franchement pro-mélange donc- qu'à un tract de Touche pas à mon pote.

Dans le livre Passions françaises que l'islamologue Gilles Kepel a consacré à l'irruption de la jeunesse musulmane sur la place publique hexagonale, on trouve d'autres exemples significatifs.

Le premier est à Marseille, la ville maghrébine par excellence, dont une part notable des musulmans boycotte le 14 juillet et ses feux d'artifices, car cette fête gratuite est haram, ou du moins pas fréquentable.

Le second est à Roubaix, ville ouvrière qui a digéré des millions de migrants au cours du temps, mais dont la majorité des musulmans, pourtant extrêmement nombreux, ne met jamais les pieds dans l'un de ces estaminets où se sont retrouvées, et mélangées, toutes les vagues précédentes.

On peut être également frappé par la surreprésentation des musulmans dans les parents faisant la grève de l'école contre la théorie du genre, plus suivie dans les ZEP que dans le reste des établissements. D'ailleurs un des leaders du mouvement était la militante Farida Belghoul.

Enfin, à mon modeste niveau, j'ai constaté dans les cours d'école de mes enfants que le voile était un séparateur bien plus fort que la couleur ou l'origine entre les groupes de parents.

Donc les musulmans ghettoïsés souhaitent-ils unanimement le mélange tellement prôné? J'en doute.

Si bien sûr ils veulent tous légitimement la même aisance matérielle que les autres Français, beaucoup ne semblent pas pour autant vouloir s'assimiler ou même simplement vivre avec nous, préférant plutôt un environnement respectant leurs traditions, voire leurs lois.

Qu'on le veuille ou non, il y a donc bel et bien parmi les immigrés musulmans un souhait de préserver une identité, qui peut dériver vers le suivi de la version sclérosée de l'islam en vogue dans tant de pays.

Encore une fois il ne s'agit évidemment pas d'imaginer un bloc uni derrière une position ferme et définitive. C'est plus compliqué, plus gradué et plus confus, avec d'importantes contradictions.

Par exemple, les femmes qui portent le voile et le burqini par pudeur et discrétion sont en réalité bien plus voyantes sous nos cieux que celles qui s'habillent sobrement mais à l'européenne.

On a encore le cas de ces mères marocaines voilées qui réclament des "petits blancs" dans leur école de Montpellier pour que leurs enfants aient toutes leurs chances.

Cette histoire-là a un côté tragique, car ces dames ne voient pas le lien entre leur mode de vie et leurs valeurs religieuses et la fuite des blancs en question.

Car les blancs fuient. Depuis longtemps, ils développent des stratégies pour garder des enclaves où ils restent la majorité et la norme. Michèle Tribalat et Christophe Guilluy, pour ne citer qu'eux, ont analysé ce white flight à la française.

Bien plus que le racisme ou les préjugés, sa motivation majeure est l'envie de préserver un mode de vie, essentiellement de ne pas devoir composer ou redéfinir la place de la femme et de la religion.

Ce n'est en fait que le miroir de ceux qui veulent importer les règles qui ont cours dans leurs sociétés d'origine. Ni les uns ni les autres ne veulent de cette mixité, qu'on tente néanmoins d'imposer par le haut et qui dans ce contexte aura bien du mal à fonctionner.

D'ailleurs on voit que dans tous les pays et tous les contextes, les communautés ont tendance à se (re)constituer des espaces à elles et que la cohabitation autoritaire, outre qu'elle n'est guère démocratique, génère toujours des conflits ou des replis.

Un autre phénomène souligne bien l'idée que le rejet est partagé: la vogue de la hijra.

Ce terme désigne le départ pour un pays musulman, plus proche de la société halal parfaite que fantasment les musulmans les plus engagés, qu'il s'agisse d'un état du Golfe (l'immigration là-bas aboutit rarement car ceux-ci filtrent énormément) ou plus fréquemment du pays d'origine des parents. Il semble que cette émigration devienne le but de plusieurs fidèles.

Que faire dans ce cas, quand le ghetto et la séparation semblent souhaités?

Dans tous les pays d'Europe occidentale, les gens qui ne sont pas aveuglés par l'idéologie (qu'elle soit essentialiste ou béate) se posent tous la question. Je ne crois pas que quelqu'un ait trouvé une réponse satisfaisante.

jeudi 19 mai 2016

Frontières (3): Les pays qui n'existent pas (2) - La Transnistrie

Le premier exemple de "pays qui n'existe pas" se situe en Europe de l'est, plus précisément dans le petit état de Moldavie, dont il constitue la région la plus orientale: il s'agit de la Transnistrie, qui est en état de sécession depuis 1991.

Histoire

A l'origine, on appelait Moldavie l'une des trois régions historiques roumaines, avant que l'Histoire ne la divise en deux entités.

La première, située en-deçà de la rivière Prut, connut le destin de la Roumanie dont elle est partie intégrante sous le nom de Moldavie.

La seconde, comprise entre les rivières Prut et Dniestr, et qu'on appelle également Bessarabie, est devenue l'une de ces régions européennes interminablement disputées entre voisins (comme l'Alsace, la Savoie ou la Carélie par exemple).

En effet, s'y affrontèrent et y dominèrent les Turcs, les Tatars, et surtout les Russes et les Roumains, qui l'ont conjointement peuplée.

Avant la Première guerre mondiale la Bessarabie avait été annexée par la Russie dans le cadre de son expansionnisme vers les mers chaudes, et elle avait subi une politique intense de russification et de colonisation, à l'instar d'autres régions comme la Pologne ou l'Ukraine.

Mais en 1918, suite à la guerre civile engendrée par la révolution bolchevique, la Bessarabie fut de nouveau rattachée à la Roumanie, qui reçut en outre pour prix de son entrée en guerre aux côtés des alliés, la Transylvanie et la Bucovine, précédemment austro-hongroises, ainsi qu'un morceau de la Bulgarie, atteignant alors son expansion territoriale maximale (cette période est encore évoquée avec regret par certains nostalgiques).

Pendant tout l'entre-deux-guerres, Bucarest y lança une politique de roumanisation, exact pendant de la russification précédente, et tenta de pérenniser son rattachement.

Lorsque éclata la Seconde guerre mondiale, la Roumanie, comme tous les pays coincés entre mondes russe et allemand, fut ballottée entre nazis et soviétiques, avec qui elle s'allia successivement, avant de finir dominée par l'armée rouge.

Celle-ci, comme dans toutes les zones qu'elle "libéra", installa un régime client, et détacha à nouveau la Bessarabie, cette région devenant une RSS, partie intégrante de la fédération soviétique.

Comme ailleurs, les frontières furent remaniées et des populations échangées (il y eut notamment beaucoup de déportations).

C'est ainsi qu'une large bande de terre située au-delà du Dniestr et à peuplement majoritairement roumain fut rattachée à la RSS de Moldavie.

C'est cette zone, qui était devenue avant la guerre une région autonome de la RSS d'Ukraine nommée République socialiste soviétique autonome moldave, qui nous intéresse.

La guerre civile de 1991 et la naissance de la RMN

Lorsque l'empire soviétique s'effondra en 1991 se posa la question du sort de la RSS de Moldavie. Allait-elle, comme le souhaitait une majorité de roumanophones, rejoindre la Roumanie? Allait-elle rester dans le giron russe? Allait-elle, comme les RSS baltes, devenir indépendante?

Ce fut la troisième option qui prima, et la république moldave naquit ainsi, avec Chisinau comme capitale et le roumain comme langue officielle.

Mais ce choix ne plaisait pas aux slaves, inquiets de leur déclassement et craignant un destin similaire aux russophones des nouveaux pays baltes.

Aussi l'ex-République socialiste soviétique autonome moldave fit sécession sous le nom de République moldave du Dniestr, ou RMN, exprimant le désir de rester dans le giron russo-soviétique.

Chisnau refusant cette sécession, la situation dégénéra jusqu'à la guerre civile. La Russie intervint alors et arrêta la reconquête, installant des troupes dans l'état dissident, sans pour autant le reconnaître.

Depuis lors, la situation est bloquée.

Portrait de la RMN

La Transnistrie est un territoire tout en longueur qui regroupe un demi-million d'habitants d'origines slave et roumaine. La capitale en est Tiraspol, les langues officielles y sont le russe, l'ukrainien et le moldave, c'est-à-dire une forme de roumain qu'on écrit en cyrillique à l'instar des deux autres langues, elle possède un drapeau et ses habitants y vivent comme ils peuvent.

Très pauvre, elle est aux mains de quelques oligarques, une économie industrielle y persiste, les bas salaires pouvant la rendre attractive, mais surtout elle est devenue une plaque tournante pour toutes sortes de trafics (prostitution, armes, drogues, médicaments...).

Région cliente de la Russie dont seule la présence militaire forte garantit l'indépendance (des "volontaires" cosaques ont été déterminants pendant la guerre de 1991) et qui sans la reconnaître, délivre apparemment des passeports à ses habitants, cette enclave est une épine dans le pied de l'état moldave.

Son existence bloque en effet les négociations avec l'UE ou l'OTAN et toute évolution, ce qui semble précisément être le but de la Russie.

De fait, la création et le maintien d'entités clientes et dépendantes semble être au coeur du projet russe, l'ancien espace communiste en étant largement pourvu (Abkhazie, Ossétie du sud, Nova Rossiya d'Ukraine, etc...).

Cela permet à Moscou de verrouiller son étranger proche, qui risquerait sinon d'être tenté par la prospérité occidentale et de ne pas résister aux appels du pied de l'UE ou des USA (ce lien intéressant donne quelques exemples de zones de ce genre issues de la dissolution de l'URSS).

Depuis maintenant 25 ans, la Transnistrie est donc gelée dans cet état, et poursuit tant bien que mal son existence sans être reconnue par le reste du monde.

Livres (17): Millenium, et le moralisme soixante-huitard

A une certaine époque, il était impossible de prendre le métro sans tomber sur une ou plusieurs personnes le regard plongé dans un livre dont la couverture noire et rouge s'ornait d'un dessin plutôt laid.

Il s'agissait de l'un des trois tomes de la saga Millenium, du Suédois Stieg Larsson, désormais culte.

Moi-même amateur de polars et intéressés par ces fameux pays scandinaves où chacun en France semble voir l'eldorado (notamment les politiques de tout bord), je me suis à mon tour lancé dans ces trois pavés.

Je les ai dévorés très rapidement, saisi par le suspense et des histoires suffisamment compliquées et haletantes pour me scotcher.

Je peux donc dire que je fais partie de ceux qui ont aimé Millenium. Mais curieusement ces histoires m'ont tout de même laissé comme une gêne bizarre, un petit arrière-goût étrange sur lequel je n'arrivais pas à mettre le doigt.

C'est en lisant la bio de l'auteur que j'ai compris.

En fait, ce livre est rempli d'idéologie, plus précisément l'idéologie d'une certaine gauche tiers-mondiste, libertaire et convaincue de sa supériorité morale.

Prenons les héros par exemple.

D'un côté il y a Lisbeth Salander, une fille d'immigré, hacker aux problèmes de communication particuliers et à la sexualité ouverte.

De l'autre, Mickael Blomkvist, un journaliste soixante-huitard, qui partage sa maitresse avec un mari consentant et représente la presse indépendante dans ce qu'elle peut avoir de pur.

Autour d'eux, d'autres héros apparaissent, généralement représentants des minorités, qu'il s'agisse de l'homosexuelle vietnamienne ou du réfugié irakien.

On peut y ajouter l'ancien boxeur, sorte de rappel de l'ancien monde dans lequel c'était le prolétariat qui devait guider la révolution avant que le multiculturalisme ne le remplace.

A l'inverse, les méchants sont des Suédois de souche, souvent bien à droite et machiavéliques, comme les membres de la cellule policière informelle du tome 2.

Il y a aussi le riche industriel au fils psychopathe, le médecin pédophile, le biker ou le tuteur pervers.

Une mention spéciale pour le taré yougoslave et son fils, mais ils sont d'Europe de l'Est, terre connue pour ses nombreux adeptes des thèses d'extrême-droite.

Bien évidemment, un auteur de fiction n'a pas à être neutre. Il a le droit d'avoir des opinions, de les exprimer ou non si tel est son choix.

Beaucoup d'auteurs de polars français ont d'ailleurs un arrière-plan d'extrême gauche, comme les excellents Manchette ou Daeninckx, par exemple.

Mais pour Larsson, il s'agit presque d'une caricature.

En fait il flottait curieusement sur tout ça ce qu'on pourrait appeler une espèce de "puritanisme soixante-huitard".

On est dans le sens d'une sorte de manichéisme, avec le Bien et le Mal qui s'affrontent, les deux camps étant clairement définis et bien loin des zones grises qui font mon bonheur dans les polars.

Au final, je dirai que dans Millenium il y a un ordre moral, inversé mais bien présent, un prêt-à-penser libertaire corseté, politiquement correct et sectaire, et que c'est certainement ce qui m'a gêné.

Je pense même que ce côté moralisateur et supérieur est souvent un trait de caractère des Scandinaves (peut-être à mettre en lien avec leur culture luthérienne?).

(L'écrivain Dalibor Frioux croque d'ailleurs plutôt bien cet aspect dans son excellent roman Brut).

Cela ne m'a pas empêché de lire la trilogie de Larsson en deux temps trois mouvements, mais quand même, cet aspect a un peu gâché mon plaisir.

mardi 3 mai 2016

Le SS du Mossad

Dans cet article et dans celui-ci j'ai découvert l'histoire stupéfiante d'Otto Skorzeny.

Cet homme était un soldat d'élite de l'armée nazie, un SS impliqué dans nombre de coups audacieux, tels que l'enlèvement du Duce de sa prison italienne avant la création de la république de Salo, ou encore une mission d'infiltration derrière les lignes alliées pour y semer le trouble.

Brillant, intelligent, bagarreur (il était marqué d'une balafre obtenue pendant un combat d'escrime) il parlait plusieurs langues, était proche d'Hitler et suffisamment pourvu de lucidité pour préparer l'après-nazisme, aidant à fonder les célèbres réseaux d'exfiltration nazis qui permirent à beaucoup de ses pairs de refaire leur vie à l'étranger.

Jusque-là rien qui le singularise particulièrement, sauf que cet homme a ensuite travaillé...pour le Mossad!

Les célèbres services secrets israéliens cherchaient à l'époque quelqu'un pour infiltrer un groupe d'anciens nazis qui, réfugiés en Égypte, aidaient ce pays à se doter d'un programme de missiles susceptibles de détruire l'état hébreu. Quoi de mieux qu'un ex-nazi pour cela?

Ils contactèrent donc Skorzeny, et le SS, qui avait sinon participé du moins vu la mise en place de la solution finale, qui restait convaincu de la justesse de la cause qu'il avait servie et toujours impliqué dans l'extrême droite, accepta.

Travaillant efficacement, il parvint vite à éliminer ses anciens acolytes et rempila pour plusieurs autres missions avec les services secrets israéliens. Il semble qu'il n'y ait pas vraiment été contraint, ni qu'il ait ressenti de remord par rapport à sa carrière dans le Troisième Reich.

La contradiction flagrante entre l'aide - cruciale, réelle et répétée - qu'il fournit au Mossad et son profil interroge.

Au final, il se peut que sa motivation ait tout simplement été le goût de l'action et de l'adrénaline, denrées que les hommes d'Israël, ce pays dont la création et la lutte pour la survie étaient une extraordinaire aventure, lui procuraient en abondance.

Et peu importait au fond que l'état hébreu fut le réceptacle de ceux qu'avaient décidé d'éliminer ses anciens maîtres et qu'ils veuillent se venger.

Il existe en fait une race d'hommes qui se shootent à l'action, pour qui une vie "normale" est inconcevable, qui ont besoin d'émotions fortes comme d'autres de faire de la musique ou de peindre, et pour lesquels ce besoin n'est pas forcément lié à la conviction ou à la révolte.

Lorsque leurs routes croisent celles d'idéologues ou de personnes qui elles ont une vision, ils en deviennent la main.

Leurs commanditaires peuvent être des armées, des organisations de mercenaires, des groupes terroristes, des bandits...

Au fond ce n'est pas forcément si important, pourvu qu'ils leur fournissent de l'action, des défis, une adversité à briser, un combat, la possibilité d'en découdre, d'être loin du compromis.

C'est en quelque sorte une version du "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse", et cela explique certains revirements étonnants.

Skorzeny semble avoir appartenu à ce groupe de personnes.

Ce goût de l'action peut aussi se coupler ou être remplacé par celui de la radicalité. Certaines personnes ont besoin d'action, d'autres d'être dans l'extrême, quel qu'il soit, dans l'opposition violente et frontale.

On sait que les transfuges sont relativement fréquents entre les groupuscules extrémistes (nazis, trotskistes, islamistes, etc.), comme si leurs membres cherchaient un engagement radical, quel qu'il soit pourvu qu'il soit farouchement "contre".

Le parcours d'Alain Soral, communiste passé au FN puis créateur d'un groupuscule antisémite, en est un exemple significatif.

Concernant les islamistes, le controversé Olivier Roy a donné une formule choc qui va dans le sens de cette idée.

Il dit que nos djihadistes ne sont "pas le produit de la radicalisation de l'islam mais de l'islamisation de la radicalité", indiquant par là que ces jeunes auraient pris l'idéologie de rupture la plus importante sur le marché, en l’occurrence l'islamisme, alors qu'ils seraient probablement devenus communistes ou fascistes les générations précédentes.

Le raccourci est certes facile mais il contient une part de vérité.

L'âme humaine est complexe, et ce qui relève de la décision et de l'impulsion, comme ce qui est inné ou acquis n'est pas toujours facile à démêler. Et c'est ainsi qu'un ex-SS a pu se retrouver en train de tuer pour le compte du Mossad.

Frontières (3): Les pays qui n'existent pas (1): Introduction

Dans les précédents posts de cette série, j'ai évoqué les frontières et l'impact qu'elles peuvent avoir sur la vie des gens selon le côté de celles-ci où ils habitent.

Une frontière peut en effet générer des situations absurdes, des rentes de situation, des privilèges ou des handicaps: c'est un élément clairement structurant.

Dans cet article, je vais poursuivre cette idée en parlant de pays "qui n'existent pas".

Par cette expression-là je désignerai des territoires bien particuliers.

Ceux-ci existent de fait et rassemblent toutes les caractéristiques d'un pays: langue, administration, frontières justement. Mais pour diverses raisons, ils ne sont pas reconnus comme des états par la communauté internationale.

Cette non reconnaissance peut être partielle, deux exemples emblématiques de ce cas sont Taïwan ou Israël, ou carrément totale.

Et bien évidemment une telle situation a des incidences sur l'existence de leurs habitants, plus ou moins importantes selon les cas.

Certains des territoires que je vais citer sont très connus, d'autres moins.

Je commencerai par un petit morceau d'Europe de l'est: la Transnistrie.

vendredi 25 mars 2016

Cinéma (13) / Musique (12) : Control et Joy Division - Rock, idoles et martyres

Je viens de voir le film Control, qui raconte l'histoire de Ian Curtis, chanteur de l'éphémère mais marquant groupe britannique Joy Division.

Le film, adapté du livre écrit par sa propre veuve, montre le lent cheminement de cet homme torturé vers son suicide final.

L'action commence dans l'une des nombreuses cités ouvrières du nord de l'Angleterre, qui à l'époque étaient comme les nôtres peuplées d'autochtones.

C'est dans ce milieu populaire et traditionnel en train de basculer dans une crise profonde que Curtis grandit.

Dans ce coin d'Angleterre, il zone, écrit, rencontre une fille qu'il épouse très jeune (encore aujourd'hui les Britanniques restent les champions européens de la nuptialité et de la maternité précoces) et avec qui il s'installe, tout en travaillant dans l'équivalent local de l'ANPE.

Au même moment, il entre dans un groupe, nommé Warsaw puis Joy Division (du nom des bordels dans les camps de concentration nazis).

Il en devient le chanteur, apportant ses textes complexes, sensibles et torturés (un ami anglais à qui je l'avais fait découvrir me disait que c'était particulièrement déprimant) et sa voix étrange, grave et râpeuse, un peu robotique.

Bien vite, le succès est au rendez-vous, et alors qu'il vient juste d'avoir un enfant et que les finances ont du mal à suivre, il se retrouve à donner de plus en plus de concerts loin de chez lui.

Au cours de ses déplacements, qui le font culpabiliser, il rencontre une jeune journaliste belge, avec qui il entame une idylle, son cœur oscillant entre cette femme et son foyer anglais.

Incapable de choisir, happé par un succès qui le met sous pression, déprimé par la découverte de son épilepsie et ravagé par les médicaments que cette maladie l'oblige à prendre, il s'enfonce peu à peu dans une grave dépression.

C'est par la pendaison qu'il parviendra à y échapper, interrompant une carrière prometteuse à l'âge de vingt-trois ans seulement.

Les survivants fondèrent le groupe New Order et connurent un honnête succès, mais c'est par Joy Division et sa carrière météorique qu'ils rentrèrent dans la légende.

Leur musique, au son dur et froid, parfois difficile, l'ambiance qu'elle irradie et son côté novateur en firent en effet rapidement une référence pour nombre de groupes, dont certains reprirent leurs hits.

Toutefois, s'il est vrai que leurs titres possèdent une étrange magie (et une parenté avec les premières œuvres de Cure), je me demande si le mythe associé à ce groupe n'est pas une fois de plus lié au tragique et prématuré décès de son leader.

La musique, et le rock en particulier, aiment en effet les martyres.

C'est sans doute dû au fait que le public est surtout adolescent, et qu'à cette période si spéciale on est particulièrement réceptif à l'absolu, à la pureté, on se cherche des modèles hors de son cercle d'origine.

A notre époque moderne et connectée, ce sont les stars qui remplissent souvent ce rôle.

Les jeunes aiment à se projeter sur elles, à fantasmer leur perfection, à s'en sentir proches, à penser qu'elles et elles seules expriment ce qu'ils ressentent, à se trouver une parenté avec elles.

Je ne suis pas sûr que cela ait existé avant, quand la vie était plus dure et collective, qu'on se contentait de Dieu comme absolu lorsqu'on en avait besoin.

Mais aujourd'hui c'est tel ou tel artiste qu'on va suivre avec fascination et empathie, quand cela ne tourne pas à l'obsession, au fanatisme (le mot "fan" vient de la même racine) ou à l’idolâtrie.

Et l'idole devient plus séduisante encore si elle meurt au sommet, la tragédie la propulsant directement sur l'Olympe.

Cette mort permet en effet à l'artiste d'échapper aux inévitables mesquineries et compromissions que l'âge entraîne, car tous on se fane et on se répète.

Elle constitue une mise en application de ce désir de ne pas vieillir, car vieillir c'est se corrompre et être déçu, comme le chante chaque nouvelle génération (pensons au "Hope I die before I get old" des Who ou au "No future" des Sex Pistols, aujourd'hui vieux, primés et repus).

Les décès de tous ces artistes, souhaités ou accidentels, en font donc des martyres du rock, des saints, des icônes qu'on peut admirer sans arrière-pensée. Ils partent encore purs, et l'on peut continuer à projeter sur eux tous nos rêves d'absolu.

Ian Curtis a donc fait partie de ces icônes, aux côtés de Jim Morrison, Jimi Hendrix ou encore plus de Kurt Cobain, dont l'histoire ressemble beaucoup à la sienne, et dont le coup de fusil mit fin à la contradiction insupportable entre son statut de star et ses idées.

Du coup est-ce que finalement on aime ces gens pour leur oeuvre ou pour leur histoire personnelle? Ne les aime-t-on pas parfois juste parce qu'on veut les aimer, parce que le mythe est plus fort que les chansons?

Pour en revenir à Control, c'est un film très touchant, même si la fin aurait gagné à être raccourcie, et c'est aussi un intéressant flashback sur l'Angleterre avant qu'elle ne bascule dans l'ère Thatcher.

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jeudi 24 mars 2016

Réflexions sur la démographie (5): La bombe D (1) - Introduction

Sur un territoire donné, la situation de minorité ou de majorité (relative ou absolue) d'un groupe va impacter la façon dont il se perçoit, dont il envisage le présent et l'avenir.

La compétition entre communautés est en effet une règle qui s'applique et s'est appliquée tout au long de l'Histoire, notamment parce qu'il y a généralement des questions de pouvoir derrière, quelle que soit la forme de celui-ci.

C'est ainsi que la démographie est souvent considérée comme une arme, instrumentalisée et utilisée en tant que telle par les leaders de tel ou tel groupe.

On utilise parfois l'expression "Bombe D" pour parler de la puissance réelle ou supposée de cette arme démographique, c'est donc sous ce nom que je vais regrouper une sous-série de mes posts sur la démographie.

Dans chacun d'entre eux je décrirai un exemple de ces guerres du nombre, dont certaines ont lieu de nos jours.