vendredi 29 octobre 2010

L'étrange mode de l'adoption

L'autre jour je feuilletais la rubrique musique d'un magazine quelconque qui faisait un portrait de la chanteuse Sheryl Crow. Par curiosité (je ne connais à peu près rien d'elle, hormis un hit pendant mon adolescence) je l'ai lu et j'ai ainsi découvert qu'elle avait adopté deux enfants.

Peu de temps avant, j'avais appris dans une interview que Katherine Heigl avait elle aussi adopté, et précédemment, de façon bien plus médiatique, Angelina Jolie, Madonna, etc., etc.

Je me suis alors posé la question de cet étrange engouement pour l'adoption de la part de nos stars et people. Qu'est-ce qui peut bien les pousser sur ce chemin a priori si difficile?

Pour avoir connu des adoptés ou des familles d’adoptés, j’ai en effet pu constater que des problèmes spécifiques se posaient à ces familles, tout particulièrement quand enfants et parents n’étaient pas de même origine (le plus courant étant des parents blancs avec des enfants qui ne le sont pas).

Donc je me suis demandé ce qui pouvait expliquer une telle inclinaison pour l'adoption.

Je distingue trois groupes de personnes ayant traditionnellement recours à l’adoption.

Le premier groupe comprend les enfants adoptés par des parents éloignés, de manière formelle ou tacite, enfants pris en charge par leurs grands-parents, recueillis par une tante, etc.

Moins fréquents en occident maintenant que l’état civil est plus strict et tatillon, ces adoptés sont encore nombreux dans les générations plus anciennes et dans d’autres pays.

Le deuxième groupe est constitué des gens qui ne peuvent pas avoir d’enfant, que ce soit pour des raisons biologiques (stérilité, âge trop avancé pour les femmes), de circonstance (célibat) ou légales (homosexuels). Ce groupe représente de plus en plus de gens en occident.

Le troisième groupe, enfin, ce sont les gens qui adoptent par conviction religieuse, par générosité, par idéal. Ils pensent qu’ils doivent tenter de corriger les injustices de ce monde en faisant profiter de leur bonheur des enfants qui n’ont pas eu la chance de naître dans les mêmes conditions. Ils sont d'ailleurs parfois déjà parents biologiques.

Mais revenons à nos peoples, pour essayer de voir si l’on peut les classer dans une de ces catégories ou si c’est un nouveau cas.

Les adoptions familiales existent peut-être mais si c’est le cas elles sont peu médiatisées. La question de la stérilité est également à écarter. L’adoption pour homosexualité peut être un cas, mais la plupart de nos peoples sont hétéros.

Reste l’humanisme…et sur ce point j’ai quelques doutes.

On sait depuis le concert de Georges Harrison pour le Bangladesh que le charity business fait partie de la panoplie du vrai artiste.

Des 45 Tours pour l’Ethiopie ou l’Arménie au Band Aid en passant par les Enfoirés (sur ce sujet-là voir l'excellent titre des Fatals Picards) et la croisade de Bono, c’est devenu une évidence, et le chanteur ou l’actrice qui n’a pas « son » association, « sa » cause à défendre dans les médias, et surtout qui ne le fait pas savoir, manque de crédibilité au royaume des peoples. C’est sa popularité (et donc accessoirement ses ventes...), qui est en jeu.

Spontanément, j’inscrirai donc dans cette optique-là l’adoption médiatisée de petits africains ou asiatiques venus de pays dont la situation tragique est à la une.

La star qui descend de son hélicoptère pour chercher « son » enfant arraché à une vie supposée horrible (le tout sous les flashs de la presse) fait recette, le petit être différent soulignant son grand cœur et son absence de préjugés, etc.

Bien entendu, la démarche peut être vraiment généreuse, mais je doute que tout le monde soit aussi sincère que Joséphine Baker (mère adoptive et discrète d’une douzaine d’enfants venus des quatre coins du globe, elle les avait élevés en lien avec leurs cultures d’origine et dans l’optique d’un monde égalitaire et plus juste).

Je crois qu'il faut aussi se méfier de l’effet de mode, et l’adoption, malgré l’aspect monstrueux qu’il y a à dire ça, est également devenue une mode …

Enfin, le dernier point que je voudrais souligner, c’est que cette pratique permet d’avoir des enfants de façon aseptisée, un peu désincarnée, sans connaître la grossesse, la douleur, le sang, la déformation du corps, bref, tout ce qui est organique, animal.

Dans une société obsédée par l’hygiène, le stérilisé, le « sous contrôle » et l’apparence, être enceinte et accoucher sont des moments qui en dégoûtent plus d’une.

Sans oublier qu’une « vraie » grossesse, c’est quasiment un an de « perdu », ce qui peut représenter une éternité dans le plan de carrière d’une star.

Bref, quelles que soient les motivations profondes ou moins profondes de ces gens, il est patent que l'adoption connait un vrai succès chez nos stars. Ce qui après tout, n'est peut-être pas plus mal étant donné le nombre d'enfants en situation tragique sur cette planète...