vendredi 10 janvier 2014

Enfant de la télé

Je fais partie de la dernière génération des « Enfants de la télé ».

En disant cela, je ne fais évidemment pas référence à l’émission du même nom. Celle-ci était intéressante du temps où elle était en deuxième partie de soirée sur la 2, avant de devenir un grand Barnum en arrivant sur la 1.

Non, je veux en fait parler de la place qu’a eue ce média dans notre société entre le milieu des années 60 et la fin des années 80.

C'est en effet pendant cette période que la télévision a connu son apogée et qu'elle est devenue le média numéro 1, prenant une place prépondérante dans notre mode de vie et marquant ceux qui comme moi, ont grandi à cette époque.

Aujourd’hui encore, la télé continue de dominer l'audiovisuel. Son contenu s'est enrichi, elle offre une très grande variété de chaines et d’abonnements possibles, mais la façon de la regarder s'est radicalement modifiée par rapport à mon enfance.

La situation a commencé à changer à partir de l'apparition du magnétoscope, quand il fut désormais possible de regarder une VHS au moment où on le désirait, qu'on l'ait enregistrée soi-même, achetée ou louée.

Cette évolution a continué avec le DVD et le Blue-Ray, avant que ce mode de visionnage soit lui-même dépassé par le développement d'internet.

Tout cela est très éloigné du contexte dont je parle.

A l'époque, la première caractéristique de la télévision était une offre limitée. Il n’y avait en effet alors que trois chaines, qui ne diffusaient pas toute la journée, la célèbre
« mire » indiquant que les programmes étaient terminés (et aussi les grèves et les pannes techniques).

Ces trois chaines étaient toutes issues de l'ORTF (Office de Radiodiffusion Télévision Française), l'organisme étatique qui gérait l’infrastructure comme le contenu de ce qui était diffusé.

Ce côté Service Public donnait une couleur particulière aux programmes.

Il y avait peu de publicité, pas vraiment de concurrence, un côté très amateur et des émissions qui n’auraient sans doute pas vu le jour dans un contexte plus concurrentiel.

De plus, chaque alternance entrainait des changements de personnel et le poids de la politique, notamment de la censure, se faisait souvent sentir.

Plus tard apparurent les chaînes privées sur les canaux 4, 5 et 6.

Le 4 fut occupé par Canal+, dont la particularité était d'être payante et accessible grâce à un décodeur, à part quelques plages en clair.

Le 5 fut tout d'abord occupé par La Cinq, chaine codirigée par Silvio Berlusconi qui finit par faire faillite et être remplacée par alternativement par Arte et la Cinquième.

Le 6 fut occupé par M6, qui sut se créer une identité décalée et plus orientée jeunes et ainsi trouver sa place. Elle est aujourd'hui un poids lourd de notre audiovisuel.

Enfin, la première chaine fut privatisée en 1987, cette opération s'accompagnant de violentes polémiques.

Tout ça pour dire qu'avant l'apparition du câble et du satellite, les Français avaient à leur disposition seulement six chaînes, qui se réduisaient à cinq pour la majorité qui n'avait pas le décodeur de Canal+, voire à trois pour les zones où la Cinq et la M6 n'étaient pas reçues pour des raisons techniques (zones rurales essentiellement).

La deuxième caractéristique de la télé de ma jeunesse était qu’il n’y avait aucun moyen d’enregistrer un film ou une émission pour la rejouer a posteriori.

Ceci impliquait que si l’on ratait un programme pour une raison x ou y, on n’avait aucune possibilité de le revoir tant qu'une des trois chaînes ne le rediffusait pas.

Et pour peu que l'émission, le film ou la série ne soit jamais rediffusée, le programme raté tombait dans l'oubli aussi surement qu'une représentation d'un artiste à laquelle on n'aurait pas pu se rendre.

Ce mélange de choix limité et du côté diffusion instantanée faisait que les programmes télé étaient une espèce de rendez-vous collectif, avec des millions de gens regardant la même chose au même moment.

Comme la météo, le programme vu la veille était un sujet de conversation, un point de ralliement, un rituel suivi par la masse des téléspectateurs de tout le pays. On avait aimé, on n'avait pas aimé, mais on avait vu et on en parlait.

Ce côté événement était valable pour les émissions et les films du soir, mais aussi pour les séries, les émissions de variété ou les jeux.

La premier passage à la télé d'un film attendu était un rendez-vous qu'on anticipait, presque aussi important que sa sortie au cinéma. Je me rappelle de la première diffusion des Dents de la mer ou de la série humoristique Palace par exemple, dont tout le collège parlait le lendemain.

De même, le mercredi, le soir après l’école, le dimanche matin ou pendant les vacances, des millions de têtes blondes se ruaient devant leur poste pour suivre L’île aux enfants, Croque-vacances ou Récré A2 et communier devant les aventures de Goldorak ou Candy.


Beaucoup d'ex-enfants qui ont connu cette époque où les images étaient plus volatiles et incontrôlées en ont gardé une forme de nostalgie. Ils sont attachés à ces programmes que l'impossibilité de revoir a rendu magiques dans leur souvenir.

C'est ce qui explique le succès des « 
Gloubi boulga nights » qui furent organisées quand ils atteignirent la trentaine, ainsi que la ruée sur les coffrets de séries qui firent (avant internet) les beaux jours de l'édition.

 
Enfin, en ce temps-là et contrairement à notre époque où chacun ou presque dispose d'un ou plusieurs écrans avec ses propres programmes, regarder la télé était un moment collectif.

On se réunissait à l'heure imposée autour du poste, et parfois il fallait arbitrer entre les désirs des uns des autres.


Pour les jeunes d’aujourd’hui qui grandissent à l’ère de la vision à la demande, tout cela semble bizarre, d’un autre monde. Je me souviens qu'un soir où nous regardions exceptionnellement un truc en direct, un de mes fils n'a pas compris que je ne puisse pas mettre en pause (!)

En ce qui me concerne, internet me permet de fouiller dans les méandres de mes souvenirs télévisuels et de retrouver avec émotion des programmes entrevus et/ou suivis avec plus ou moins de bonheur.


J'ai notamment remis la main sur toutes les séries dont je n’ai que de vagues images mais un souvenir très fort, comme l’Homme de l’Atlantide, l’Homme qui valait trois milliards, Galactica, V ou Silas.

Liens :

- sur les séries
- Le journal télévisé de votre naissance