vendredi 8 septembre 2017

Cinéma (18): Mélodie en sous-sol

Le film Mélodie en sous-sol d'Henri Verneuil, sorti en 1963, réunit deux monstres sacrés du cinéma hexagonal: Jean Gabin et Alain Delon.

Il s'agit d'un film policier classique et d'honnête facture, très "qualité française", et qui raconte l'exécution d'un casse par un truand fraichement libéré qui veut prendre sa retraite sur un dernier gros coup.

Celui-ci, le braquage de la recette d'un casino sur la Côte d'azur, est lentement détaillé. Les actions se mettent en place progressivement et avec le bon tempo. Les bons mots se succèdent et font mouche. Et le jeu des acteurs, bien qu'il ait un peu vieilli, est un plaisir à voir.

Mais pour moi, ce qui distingue cet espèce d'ancêtre des Ocean's Eleven, Twelve et compagnie de ses nombreux cousins, ce sont deux scènes extraordinaires.

[ATTENTION: SPOILER]

La première est anthologique parce qu'elle constitue une illustration parfait des fantastiques bouleversements que connaissait la France d'alors, au milieu des Trente Glorieuses.

Elle débute en nous montrant Gabin qui sort du métro pour rentrer chez lui après avoir purgé sa peine de prison, et se retrouve complètement paumé: en effet, il atterrit dans les chantiers de l'emblématique grand ensemble de Sarcelles.

Verneuil nous fait découvrir ce lieu en faisant se succéder des vues de tours, de chantiers, de grues, et en donnant l'impression d'une architecture sortie brusquement de terre pour tout recouvrir sur son passage.

Le vieux truand y est complètement paumé et erre dans cette zone en devenir, cherchant péniblement la maison qu'il possédait dans une rue dont personne ne se souvient parce qu'elle a changé de nom.

Quand il y arrive enfin, le pavillon isolé au milieu des tours donne une impression très forte. Philosophe, il se rappelle alors qu'il avait acheté cette maison pour être au vert...

Aujourd'hui ce passage a presque une valeur documentaire, donnant une image saisissante de cette expansion majeure des grands ensembles, dont j'ai déjà parlée dans un vieux post et qu'on voit aujourd'hui d'un très mauvais œil.

La deuxième scène qui m'a marqué termine le film.

A ce moment, le casse est terminé. Il s'est bien déroulé, l'argent est dissimulé dans une cabine de piscine et nos voleurs ont prévu de rester dans la ville le temps que l'affaire se tasse et que la Police se calme.

Mais malheureusement, suite à une erreur du personnage joué par Delon qui s'est rendu trop visible, les plans sont chamboulés et ils doivent s'enfuir plus tôt que prévu.

Notre homme va donc sortir les sacs d'argent de leur cache puis repartir, mais sur le chemin du retour il croise des policiers en grande discussion avec le comptable braqué. Et il entend celui-ci dire qu'il ne pourrait pas reconnaitre les voleurs mais qu'en revanche il se souvient très bien...de leurs sacs!

Un peu paniqué et à court d'idées, il décide alors de laisser glisser son butin dans la piscine pour le récupérer une fois les flics partis.

Mais il a commis une erreur: les fameux sacs ont été mal ou pas fermés.

Et c'est alors que lentement, un à un, les billets vont remonter à la surface de la piscine, finissant par la recouvrir entièrement en attendant d'être repérés par des employés, sous le regard impuissant et plein de rage rentrée des deux truands (le visage de Gabin vaut le détour). Cette fin ironique vaut son pesant de cacahouètes.

J'ai passé un excellent moment avec ce film, oeuvre d'un réalisateur au parcours étonnant.

Verneuil était en effet un survivant du génocide arménien arrivé en France à l'âge de quatre ans et qui obtint ensuite le titre de réalisateur hexagonal ayant réuni le plus grand nombre de spectateurs pendant toute sa carrière, faisant un joli pied-de-nez à l'Histoire.

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mercredi 19 juillet 2017

Livres (28): Révolution sous le voile - Une expatriation dans l'Empire du mal

La journaliste française Clarence Rodriguez vit à Riyad depuis une quinzaine d’années. Elle s’y est installée avec ses enfants dans le cadre des activités professionnelles de son mari.

De nature curieuse et désireuse de continuer à travailler, elle s’est employée à y devenir une sorte de correspondante locale, enquêtrice sur cette société où les étrangers permanents ne sont pas légion, et les femmes encore moins.

Elle semble être parvenue à ses fins, jouant finement le jeu des règles écrites et non écrites du royaume, et a sorti de ses expériences un livre très intéressant, intitulé Révolution sous le voile.

Ce recueil d’interviews de Saoudiennes qu’elle a rencontrées, et parfois suivies de près, lui permet de brosser un portrait de l’intérieur de la condition féminine dans ce pays si particulier.

Elle a su le faire en restant humble, sans tomber dans le travers si commun de la généralisation et également sans faire dans la thésarde donneuse de leçons, ce qui rend son témoignage d'autant plus agréable à lire.

Le monde qu'elle y dépeint est fascinant d’absurdité par son mélange d’archaïsmes délirants et de niveau de vie moderne, et sa conviction est qu’il est travaillé en profondeur par des pressions tant extérieures qu’intérieures.

Elle confirme au passage ce que dit Gilles Kepel de ce pays, à savoir que les gens y sont souvent cultivés et bien plus au fait du reste du monde que leur idéologie extrémiste officielle ne pourrait le laisser supposer.

Celle-ci, le wahhabisme, est une version fermée, mortifère, fanatique, exclusive et hostile de l’islam.

Elle imprègne toute la société et l'Arabie Saoudite tente de l'imposer au monde comme la seule véritable version de l'islam.

A cette fin, forte de la légitimité que lui donne la présence des lieux les plus saints de l'islam sur son territoire et grâce à des moyens financiers colossaux liée à la manne pétrolière, elle finance un prosélytisme international qui connait un succès certain et a donné à ce pays périphérique un rôle semblable à celui qu’a pu connaitre Moscou du temps du communisme roi.

Au fond, comme le disent certains, s’il y a un autre modèle sur le globe aujourd’hui, c’est eux. Et le nouvel « empire du mal », l’actuel négatif de notre Occident ouvert, relativiste et capitaliste, c’est le monde vu par Ryad.

Pour souligner cette idée il suffit de rappeler que les lois qui ont cours dans le royaume recoupent à plus de 90% celles promues par Daesh (ICI et ICI) et que le deuxième budget du pays est consacré à la formation d’imams venus du monde entier apprendre et diffuser le wahhabisme.

Toutefois, le vent du changement souffle aussi sur l’Arabie Saoudite, malgré tout connectée au reste du monde.

Petit rappel.

Ce pays très jeune a connu des changements sociaux-économiques vertigineux depuis le Pacte du Quincy, accord signé en 1945 entre le président américain Roosevelt et le roi Ibn Séoud, fondateur du pays qui porte son nom.

Schématiquement, ce traité garantissait aux USA un approvisionnement pétrolier pérenne, en échange d'un soutien sans faille aux dirigeants du royaume.

A partir de là et en quelques générations, les Saoudiens passèrent du mode de vie frugal des austères bédouins à un consumérisme débridée, financé par des revenus pétroliers colossaux (première réserves mondiales connues) et sans cesse croissants, notamment grâce aux chocs pétroliers.

Ils se mirent à vivre dans le confort le plus moderne et connurent à la fois une forte croissance démographique et un développement sans précédent.

L’originalité de ce développement fut d’être basé sur une immigration pléthorique, les dirigeants décidant de recruter une foule d’étrangers pour faire tourner la machine économique, des Occidentaux pour les jobs à valeur ajoutée, des Asiatiques et des Africains pour toutes les autres tâches : construction, commerce, voierie, garde d’enfants, etc.

Ce choix de s'appuyer sur une immigration extérieure fut partagé par la plupart des pays du Golfe, dans les sources de migrants comme dans la politique de non intégration de populations, dont l’absence de droits et la rotation accélérée étaient sciemment entretenues. Les justifications en sont multiples.

D’abord ces pays ont une vision très ethnique et tribale de leurs sociétés, ce qui oblige à tout faire pour que les nationaux ne soient pas débordés par une classe immigrée s’enracinant sur leur territoire, surtout quand elle est aussi nombreuse (dans les petits pays elle est même majoritaire).

C’est ce qui les a poussés à arrêter de recruter d’autres Arabes (Egyptiens, Palestiniens…) plus politisés et suffisamment proches culturellement pour s’acclimater et contester le pouvoir : ils furent vite remplacés par des populations plus « neutres ».

Ensuite il y a les impératifs religieux très stricts qui prohibent les contacts et le mélange, tout particulièrement celui des femmes, avec des étrangers à la communauté : la rotation rapide permet de les limiter au maximum.

Enfin il y a une vision très capitaliste et décomplexée de l’économie où la main d’œuvre la moins chère possible est toujours privilégiée (ICI un article intéressant sur la gestion des migrations dans la région).

Mais cette politique a eu comme conséquence que les Saoudiens, et encore plus les Saoudiennes, ne travaillent guère, ou se contentent d’emplois fictifs et sans valeur ajoutée.

Ainsi, en 2013, il y avait 27.000.000 d’habitants en Arabie Saoudite, dont 9.000.000 d’étrangers et 75% de moins de 30 ans, parmi lesquels 1/3 était au chômage.

Avec le temps cette configuration devient de moins en moins tenable, et les contestations du Printemps Arabe ont également touché le pays.

Ses dirigeants furent pris de court par ces événements et stupéfaits par le lâchage rapide de l’Égyptien Moubarak par leurs Américains, alors qu’il était l'autre plus fidèle allié de l'Oncle Sam dans la région : cet électrochoc leur fit brutalement prendre conscience de leur fragilité.

Immédiatement, ils désamorcèrent la crise en injectant des millions de dollars dans l’économie, achetant la paix pour une fois encore.

Mais les temps ont changé. La population a augmenté et son mode de vie largement subventionné coûte de plus en plus cher, surtout dans cet environnement hostile (la péninsule arabique reste désertique).

La donne énergétique elle aussi n’est plus la même : la crise a réduit la consommation de pétrole mondiale, le gaz de schiste a fait passer l’Amérique du nord de cliente à concurrente, et le retour de l’Iran sur les marchés a entrainé une surproduction et donc une baisse du baril.

Tout cela fait donc que l’argent arrive moins facilement dans les caisses des Séoud, qui semblent avoir pris conscience que leur modèle s’essouffle.

Ils ont donc décidé de corriger le tir, notamment en lançant une politique de saoudisation des emplois visant à remplacer progressivement la main d’œuvre étrangère par des nationaux.

Profitant de ce contexte, les militantes saoudiennes de la cause féminine tentent de s’insérer économiquement et de faire progresser leurs droits. Clarence Rodriguez se fait le témoin de leurs combats, et regroupe dans son livre les interviews de beaucoup de femmes, emblématiques selon elle des changements en cours.

Dire qu’elles partent de très loin est un euphémisme.

Les Saoudiennes ont besoin d’un tuteur pour tous les actes de leur vie. Par exemple, quand elles veulent sortir du pays non accompagnées, un SMS est envoyé à leurs pères, maris, frères ou fils, bref à l’indispensable responsable masculin qui donnera son autorisation.

Elles n’ont pas non plus le droit de conduire : c’est le dernier pays du monde à l’interdire (un imam a dit que c’est pour ne pas corrompre leurs ovaires !) ce qui, en l’absence de transports en commun, les empêchent de travailler, ou alors en les obligeant à utiliser les services d’un chauffeur qui leur mange quasiment leur salaire.

C’est d’autant plus absurde qu’un tiers des Saoudiennes possède aujourd’hui un diplôme du supérieur et qu’une grande partie d’entre elles, ayant étudié et vécu à l’étranger, sait conduire.

Aussi, depuis les années 90, des activistes font le buzz en conduisant et en se filmant au volant, suscitant hostilité comme sympathie et se faisant connaitre dans le monde entier, sans pour autant que la loi ait changé.

Ces conductrices militantes sont les premières interviewées du livre, et leurs témoignages sont mi-hilarants, mi-glaçants.

Autre interdit : le sport. Jusqu’à il y a quelques années les Saoudiennes n’avaient en effet tout simplement pas le droit de pratiquer quelque sport que ce soit.

Depuis, les choses se sont un peu débloquées, notamment sous la pression du comité olympique qui menaça le pays d’une exclusion s’il ne présentait pas d’athlètes féminines aux JO.

Le gouvernement a donc dû en trouver en catastrophe, et c’est ainsi que la fille d’un arbitre saoudien de judo s’est retrouvée à concourir sous les couleurs de l’Arabie Saoudite après…trois mois de pratique seulement !

Le voile étant interdit en judo car dangereux (on peut s’étrangler) on lui a confectionné un espèce de bonnet spécial, ce qui lui a permis d’aller se faire rétamer en quelques secondes par sa concurrente.

Le plus triste est que malgré toutes ces précautions et un chaperonnage de chaque instant (elle était en permanence entourée de tuteurs familiaux), elle a été trainée dans la boue et traitée de pute par une grande partie de la presse régionale.

Son interview et celle de son père sont à la fois amusantes, affligeantes et intéressantes.

Une autre absurdité notable est le cinéma. Il est interdit lui aussi, car haram, bien que la très grande majorité des Saoudiens soient de gros consommateurs de streaming et de DVD.

Une femme a quand même réussi à tourner un film sur place, à le sortir à l’étranger où il a été primé.

Ce prix a généré, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, la fierté de ses compatriotes, qui se sont arrangées pour le voir en douce. Cette réalisatrice fait partie des interviewées.

D’autres personnages défilent, comme une princesse œuvrant dans l’ombre pour la progression des femmes, une blogueuse un peu dépassée par le succès de son site, une femme d’affaire dont l’activité nécessite des arrangements alambiqués avec la loi, ou encore une de celles qui ont rejoint le Parlement (évidemment consultatif dans ce royaume absolutiste) depuis que celui-ci est mixte.

Cette mixité au travail ou dans les lieux de pouvoir est nouvelle et a suscité d’étranges aménagements: les individus des deux sexes y sont séparés par des murs et se parlent et débattent en utilisant des micros.

La dernière interview est celle d’un avocat ayant étudié à Nancy et parfaitement francophone. Cet homme sympathique il prendra même le risque –considérable- de raccompagner l’auteure en voiture à ses côtés (ça donne une idée de l’ambiance).

Dans une comparaison intéressante, il dit qu’avec le roi Abdallah et l’aristocratie éclairée qui patronne des intellectuels face à un clergé et un peuple bigots et conservateurs, l’Arabie Saoudite vit un peu sa propre version de notre 18ième siècle et de ses Lumières.

Malicieusement il ajoute que si pour nous rejoindre ils pouvaient zapper la Terreur et le sanglant 19ième ce serait sans doute mieux.

J’ai fermé ce livre avec des sentiments mitigés.

Ma répugnance pour ce système barbare reste intacte. L'Arabie saoudite parraine directement ou indirectement nos ennemis civilisationnels les plus mortels d’aujourd’hui, elle promeut le séparatisme et la supériorité des musulmans où qu’ils vivent et cherche à détruire au sein même de l’Oumma toute autre vision de ce qui est la deuxième religion du monde.

Mais en même temps, les personnes présentées dans le livre sont souvent sympathiques et de bonne volonté. On a le sentiment d’un pays qui va dans le bon sens, de gens de bonne volonté, faisant presque oublier d’où ils partent.

Au-delà de ce qu’on pense des impressions de Clarence Rodriguez, il est sûr que cette plongée à l’intérieur de ce bastion idéologique est passionnante. Et quelque part elle est rassurante car on y voit des êtres humains.

Je conseille donc Révolution sous le voile à tous ceux qui sont curieux et qui se demandent à quoi peut ressembler la vie dans le pays des wahhabites.

En revanche, indépendamment de ce livre, l’avenir ne semble pas forcément rose pour l’Arabie saoudite.

Crise démographique, problèmes avec la minorité chiite et les immigrés, factions islamistes luttant entre elles et œuvrant au renversement de la dynastie (plusieurs dizaines d’attentats par an), rivalités avec l’Iran, patronage d’une guerre aussi sanglante et destructrice que peu médiatisée au Yémen, les problèmes ne manquent pas.

Sans compter qu’il y aurait dans les 20.000 princes du sang, avec un système de succession compliqué où tous les enfants mâles du roi lui succèdent à tour de rôle avant de passer à la génération d’après.

Ibn Séoud ayant été très prolifique (Wikipédia dit qu’il a eu 53 fils et 36 filles !), ses héritiers directs sont aujourd’hui nombreux et très âgés, sans doute trop pour être efficaces, et en tout cas pour pouvoir régner plus longtemps que quelques années, ce qui risque d’empêcher les indispensables réformes et mettre en œuvre une vision.

Même s’il semble que le monarque actuel ait voulu changer ce système en désignant son héritier, on ne peut que craindre des querelles lorsqu’il mourra.

Il faudra donc garder l’œil sur le royaume pendant les années qui viennent. Et lire Clarence Rodriguez.

lundi 17 juillet 2017

Etat providence et solidarité

Cet été, à chacune de mes correspondances, je marche presque sur des groupes de femmes, brunes, vêtues de noir, portant le voile et accompagnées de gamins.

Elles tendent la main et psalmodient sans fin des Salam Aleikum et d'autres suppliques en arabe, le regard vide...parfois des hommes les accompagnent, souvent mis avec soin et l'air si honteux que ça fait mal.

Il y en a trop pour que ce soit tous de ces roms déguisés pour profiter de la zakat pendant le Ramadan et qui agacent tellement nos Maghrébins (*). Il est clair qu'ils viennent d'Orient.

En parallèle, ma ville a récupéré une demi-douzaine de SDF, blancs ou noirs mais parlant français sans accent, qui zonent devant la gare, sur les bancs de l'église ou près des supermarchés.

L'affaire de la Chapelle a fait remonter dans les média ce chiffre, déjà connu, de plus de cent arrivées de réfugiés par jour en IDF.

Ces nouveaux venus mettent une pression continue sur les organismes d'accueil et attisent les rivalités entre communautés: SDF de souche vs SDF immigrés vs réfugiés, tout ce monde se découpant/regroupant aussi selon le pays d'origine, la religion, la région, le gang de passeurs, etc.

Beaucoup d'associations, à Paris comme en province (je me souviens du témoignage d'un pasteur chti) rapportent cette augmentation et toutes ces tensions qui deviennent rapidement ingérables, ainsi que le sentiment d'impuissance que ces militants ressentent devant la tâche sans cesse plus ardue.

Calais aussi s'est également regarni après le démantèlement de la jungle (c'était évidemment hautement prévisible), et les actions y sont de plus en plus musclées, qu'il s'agisse de celles des habitants exaspérés (comme le Calaisien au fusil) ou de celles de  migrants de plus en plus agressifs et déterminés (cf. le routier polonais mort dans un barrage ou les attaques cagoulées filmées par la BBC).

Les pays source de ces flux migratoires sont connus (le dernier en date étant le tout jeune Soudan du sud qui a sombré dans la guerre civile), tout comme les zones de passage et ceux qui les contrôlent.

On constate par ailleurs que la distance ne signifie plus grand-chose, il n'y a qu'à voir le nombre d'Afghans qui arrivent à Paris par exemple.

Rien n'indique une amélioration à court terme.

Je n'ai pourtant pas l'impression que ce sujet ait été au cœur de la dernière campagne présidentielle (assez lamentable pour ce que j'en ai vu d'ailleurs).

Je suis peut-être à côté de la plaque, mais la question de ces gens me semble pourtant essentielle.

Il y a évidemment l'aspect humanitaire, le côté choquant de voir des gens dans une telle misère et un tel dénuement, condamnés à la survie. Mais ce n'est pas sous cet angle émotionnel que j'évoquerai ce sujet.

En fait je voudrais plutôt parler de l’impact qu'ont ces arrivées sur le pays, à mon avis aussi structurantes pour lui qu'ont pu l'être l'ouverture des marchés ou le passage à l'euro.

A chaque fois que j'achète chez IKEA, Leroy-Merlin ou tout autre magasin de bricolage de banlieue, une nuée de types me tombe dessus, luttant pour essayer de me vendre un remplissage de coffre, un montage d'armoire ou n'importe quel autre travail qui leur permettra de gagner leur journée.

Devant ces gens et leur situation, je me dis que les questions de contrat de travail ou d'apprentissage sont bien dérisoires: quel sens quand on a sous la main un tel sous-prolétariat, digne des tâcherons de notre littérature du 19ième siècle?

D'ailleurs une bonne partie de mes connaissances en fait bosser -au noir bien sûr- et un tas de boîtes ne tournent que grâce à eux.

Un Roumain de ma connaissance m'a même proposé de m'envoyer quatre ou cinq compatriotes refaire mon appartement, prêts à vivre sur le chantier le temps qu'il faudrait et payés -bien moins cher que des Français déclarés- en liquide.

Depuis mon ancien logement j'ai aussi vu trois ou quatre fois pousser des campements de grévistes africains: c'était les sous-sous-traitants sans papier de l'entreprise voisine (qui conduisaient quand même des camions avec la raison sociale de la boîte) qui réclamaient leur régularisation.

Et chez mon employeur actuel, ce sont les sous-traitants de la boite qui assure la sécurité qui faisaient une grève (symbolique puisqu'ils étaient présents) pour être payés.

Bref, toute cette main d’œuvre précaire et déracinée est bénie pour les réducteurs de coûts et autres réformateurs du marché de l'emploi à sens unique.

Cette situation est scandaleuse. Et pas seulement à cause de la vie que mènent ces gens.

En fait, j'ai le sentiment que cette pression porte en elle la dislocation non pas de la Nation une-indivisible-et-aux-racines-blanches-catholiques-et-immuables qui n'existe pas, mais celle du système dans lequel on a grandi.

Ce système est basé sur des équilibres finalement pas si solides que ça, car s'appuyant sur des rapports de force état-employeurs-employés et aussi et peut-être surtout sur une adhésion individuelle de la majorité des gens.

La Sécurité sociale, les bourses, la CAF, les retraites, l’Éducation Nationale, Pole Emploi, etc. reposent sur la solidarité tacite qui se trouve à la base de toute redistribution.

Et cette adhésion repose sur l'idée de citoyenneté, de pays, sur cette espèce de tronc commun basé sur un mélange d'héritage et de contrat qui opposent ceux du dedans et ceux du dehors (et dont j'ai parlé dans un très ancien post).

Or, aujourd'hui les dehors et dedans sont de plus en plus flous. Le nombre de candidats et d'entrants -légaux ou non- explose, et leur vision du dedans est bien différente.

Fort logiquement elle est pour beaucoup à l’image des pays qu’ils fuient et qui ne sont souvent que des assemblages faibles et hétéroclites de groupes qui se tirent dans les pattes et cherchent à ramener la couverture à eux. C’était le cas en Syrie, en Libye ou en Irak justement, où, faute d'autre chose qu'un grand méchant loup impitoyable pour tout verrouiller, il y a eu implosion.

Tous ces gens amènent ces réflexes avec eux. C'est logique mais dangereux et délétère, surtout quand les autorités ne font rien d'autre que bouger un peu les gens quand les riverains gueulent trop ou qu'ils veulent se faire mousser. Et c'est aussi contagieux.

Lentement mais surement, quelque chose se délite, qui profite à quelques-uns au détriment et de ces gens, et du reste de la population. La généralisation du "eux et nous" casse le "nous" et finira peut-être par enterrer l'idée de solidarité nationale en une sorte de retour à la tribu.

C'est en tout cas l'avis de Christophe Guilluy, qui rejoint tous ceux qui disent que le multiculturalisme est une facette du libéralisme économique et qu'il fait que l’État providence pourrait bien être finalement détruit par ceux-là même qui en auraient le plus besoin.

Il y a bien un problème migratoire à adresser, un problème de court et de long terme, un dilemme quasi existentiel où il n'est pas question que d'humanité et qu'on pourrait tenter de résumer ainsi:
- Impossible et/ou immoral de faire comme si cela ne nous concernait pas ou de dire tout le monde dehors.
- Suicidaire de clamer qu'on doit faire rentrer tout le monde et que tout ira bien tout de suite et dès que la frontière est franchie.
- Et cynique et irresponsable de laisser faire comme actuellement, cette situation ne profitant qu'aux marchands de viande salariale, aux professionnels de l'indignation et de la bonne conscience pas chère, aux trafiquants et aux fachos verts et bruns qui récupèrent les victimes.

Maintenant que faire? Je n'en sais hélas rien, mais je sais que la solution ne peut être seulement franco-française mais internationale.


(*) Quelques articles sur ce sujet ICI, ICI et ICI

mardi 30 mai 2017

Livres (27): L'aimé de juillet

Je n'arrive plus à me souvenir quand et où j'ai lu une critique de L'aimé de juillet de Francine de Martinoir.

Toujours est-il que je l'ai commandé puis lu et qu'il m’a fait une forte impression.

La narratrice de ce roman très intimiste est une femme, Octavie, qui, depuis la chambre d'hôpital où elle se remet d'une opération, raconte un épisode marquant de sa jeunesse.

Ce souvenir lui revient lorsque la télévision annonce la mort de celui qui fut brièvement son mari, du temps où fraîchement agrégée, elle avait été envoyée en poste dans la capitale de l’Algérie française finissante.

Membre d’un milieu enseignant de gauche plutôt pro indépendance, elle avait vécu cette affectation comme une corvée et s’était rapidement intégrée à un petit cercle d’Algérois d’opinions similaires, pour la plupart métropolitains et activistes de salon.

Et puis un jour elle avait rencontré Tancrède.

Cet homme, beaucoup plus âgé qu’elle, était un officier de l’armée française au lourd passé, puisqu’il avait connu les camps de concentration pour faits de résistance et la guerre d'Indochine, avant d'atterrir en Algérie.

Rapidement ils se revirent et s'aimèrent, puis se marièrent.

L’irruption soudaine de cet homme changea du tout au tout la vie de la jeune fille.

D’une part elle découvrit l’amour et la vie de couple alors qu'elle avait été jusque-là solitaire et isolée.

D’autre part, en tant qu’épouse de soldat, elle dut se mettre à vivre en permanence sous la protection d’un chauffeur-garde du corps arabe.

A ce désagrément inédit s'ajouta le fait que son nouveau statut lui valut d’être rejetée par ses anciens amis, qui lui reprochaient d’avoir choisi le mauvais camp.

Ce point était d'autant plus injuste que son mari ne communiquait en rien avec elle sur le rôle qu'il jouait dans cette guerre, une guerre qu’elle-même n’appréhendait jusque-là que comme une sorte de décor, une extension un peu abstraite du jeu politique de ses amis parisiens.

En fait, Tancrède se refusait à lui faire partager ses actions, disparaissait pendant de longues périodes, accueillait le soir des gens qui parlaient passionnément de politique puis se taisaient dès qu’elle arrivait dans la pièce, sans qu'elle sache s'il voulait la préserver ou l'exclure.

Au bout de quelques temps de cette vie en porte-à-faux, Octavie commença à nourrir des soupçons envers les réelles activités et convictions de son mari. Au point que finalement, après la mort violente d'un de ses anciennes fréquentations de gauche, elle décida de le quitter.

Ils divorcèrent donc, aussi rapidement qu’ils s’étaient mariés et sans s’être vraiment connus, puis elle rentra à Paris, fermant cette étrange parenthèse algéroise de sa vie.

Jusqu’à ce que l’annonce de la mort de son ex-mari ressuscite tout ce passé: à partir ce moment-là, elle est submergée par mille et une questions.

Elle replonge dans l'état d'esprit de la jeune fille amoureuse d'une énigme qu'elle était à l'époque.

Elle revit leur rencontre, ou plutôt leur non rencontre puisqu’elle se rend compte avoir tout de suite senti chez Tancrède un côté perdu, brisé, insaisissable et lointain.

Le bref reportage télévisé qui déclenche ce retour arrière nous fait comprendre que cet étrange mari fit partie de ces officiers qui mirent leur peau au bout de leurs idées (comme le dirait Pierre Sergent), et choisirent le putsch pour respecter ce qu'ils considéraient être la parole donnée.

En fait, comme beaucoup de membres de l'armée d'alors, il avait le rêve chevaleresque d’une Algérie toujours française mais rénovée, égalitaire et offrant ses chances aux indigènes.

Plus tard, Octavie découvre aussi qu’après le putsch il avait continué à s’impliquer dans l’Algérie, notamment en sauvant des harkis.

Au final, lorsque ce livre se termine, il laisse l'impression d'un malentendu, d'un amour un peu raté, inachevé.

Le style de Francine de Martinoir, qui naquit à Damas, vécut à Marseille et a elle-même été enseignante pendant les dernières années de l'Algérie française (l’ont-elles inspirée ?), est très fin, léger, nostalgique.

Avec pudeur et délicatesse, elle nous fait entrer dans la psyché passée et présente de cette femme, dans son histoire intime.

On parvient à voir à travers ses yeux l'image de cette guerre d’Algérie, à la fois si atroce et si irréelle pour la majorité de ses contemporains français.

L'on voit aussi le beau portrait d'un homme aussi fort que brisé, aussi dépourvu d’illusions qu’idéaliste, cet aimé de juillet incompris qu'elle évoque dans un mélange de remords et de regrets.

Ce livre dégage une atmosphère intense et nostalgique, et il se lit magnifiquement bien.

mercredi 24 mai 2017

Mistral gagnant

Mon aîné vient d’avoir 11 ans.

Il entre bientôt au collège, a des grilles aux dents, commence à bien s’intéresser aux filles, veut sortir avec ses copains, ne rêve que de fringues et de smartphone.

Il trouve beaucoup de dessins animés et de jouets ridicules, se moque de l’intérêt que son cadet a encore pour eux, commence à avoir un peu honte de nous devant ses amis.

Plus que jamais s’annoncent les joies de l’adolescence.

C’est tout à fait normal et souhaitable.

Mais comme tant de parents avant et après moi, j'ai le sentiment que c'est arrivé très vite, trop vite. Et quand je revois les photos de son enfance, encore si proche, je ne peux m’empêcher d’être profondément triste.

Mistral gagnant, la célèbre chanson de Renaud que je n’aimais pas quand j’étais jeune me revient alors aux oreilles, avec notamment ce vers si juste dont je ne comprenais pas la profondeur « Le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants ».

L’enfance est un moment de la vie relativement court, puisqu’il dure je dirais entre 10 et 15 ans selon la maturité de l'enfant concerné (je parle bien sûr de nos pays riches), mais dont la marque est profonde, certains disent déterminante, irréversible.

Elle n’est pas qu’insouciance et douceur comme on l’idéalise bêtement, sans doute pas mal à cause du tri des mauvais souvenirs qu’on fait tous avec le temps.

Elle est aussi pleine de découvertes parfois déconcertantes, d’apprentissages, de conflits, de peurs à apprivoiser, de frustrations et de douleurs.

Dans la majeure partie des cas, c’est toutefois une période de spontanéité, d'illusions, de sentiments à fleur de peau, de frontières mal définies entre le jeu, le rêve et la réalité.

C'est aussi le temps de la confiance absolue, des mythes un peu ridicules du Père Noël, de la petite souris, de l'invincibilité des parents.

Ce moment où l’on est tout pour eux ne peut évidemment pas durer (sauf dans le cas d'un handicapé mental mais ce n'est pas mon sujet).

C’est d'ailleurs rassurant puisque avec le temps qui passe nos capacités baissent aussi, jusqu'au moment où l'on "retombe en enfance" justement, inversant les rôles avec ceux que l’on a élevés.

Mais pour la plupart des adultes, l’enfance reste une période fondatrice, une nostalgie puissante, avec ses instants de magie, ses moments initiatiques, ses souvenirs d’autant plus importants que notre regard ne peut plus être le même qu'en ce temps où tout était neuf, vierge et à découvrir.

Notre vision du monde doit aussi beaucoup à ces premières années, qui nous donnent des réflexes et des bases dont on n’a pas conscience jusqu’au moment où l'on a soi-même des enfants…c'est en tout cas ce qui m'est arrivé.

Aujourd’hui je connais peu de choses aussi merveilleuses que le sourire de joie d’un de mes fils devant une surprise insignifiante, leur tendresse quand ils croient que je vais mal, leur façon de me serrer dans les bras sans calcul et de toutes leurs forces, l'abandon confiant dans lequel ils glissent quand on leur dit que ça va aller, qu'on le croit ou non.

Mais cela va finir, comme tout le reste, et ça a bel et bien commencé comme le souligne ce post.

Oui, le temps est assassin, et ce ne sont pas seulement les rires des enfants qu'il emporte avec lui, mais les siens aussi, en même temps que les décors, les époques et les gens que l'on a croisés, aimés ou détestés.

Joies et surprises des doublages/traductions

J’ai toujours été attiré par les langues étrangères, commençant bien entendu par l’anglais, tellement présent aujourd'hui.

J’ai ainsi très vite voulu comprendre ce qui se cachait derrière les mots inconnus et étrangers, à traduire tout ce sur quoi je tombais, en commençant par les titres de films ou de livres, généralement venus du monde anglo-saxon.

Or, avec l’âge et mon apprentissage de l’idiome de Shakespeare, je me suis rendu compte avec étonnement que ces traductions n’avaient parfois que peu à voir avec l’original.

C’est notamment le cas pour les titres de films, dont certaines VF valent leur pesant de cacahouètes.

Le présent post va donner quelques exemples de ces intéressantes divagations, qui ne sont d’ailleurs pas forcément liées à une méconnaissance de l’anglais, mais souvent à des considérations marketing.

« The deer hunter » (le chasseur de cerf), le classique de Cimino sur la guerre du Vietnam est ainsi devenu le plus spectaculaire « Voyage au bout de l’enfer » en traversant l’Atlantique, sans doute pour être plus percutant.

Le célèbre « Les dents de la mer » qui lança Steven Spielberg s'intitulait plus sobrement à l'origine « Jaws », c'est-à-dire Mâchoires.

Le long-métrage pro-Amérindien « Clearcut » (dont je ne suis pas sûr de la traduction), du Polonais Ryszard Bugajski, est connu en français et pour des raisons que j'ignore sous deux titres différents « La vengeance du loup » et « Terre rouge ».

Dans les films noirs nous avons « The asphalt jungle », où Marylin Monroe fit l'une de ses premières apparitions, devenu « Quand la ville dort » et le « North by Northwest » d'Hitchcock rebaptisé « La mort aux trousses ».

Etc.

Quelques fois on choisit d'alambiquer ou de compléter un titre, comme « Brokeback Mountain » qui se voit flanquer d'un « Le secret de (Brokeback Mountain) » en arrivant chez nous, ou les « Twelve monkeys » qui sont regroupés dans une armée en VF, devenant « L'armée des douze singes ».

D'autre fois, c'est parce qu'il y a une référence culturelle difficile à traduire, comme pour l'excellent « Un jour sans fin » qui s'appelle au départ « Groundhog day », soit le jour de la marmotte, du nom d'une coutume nord américaine inconnue sous nos cieux.

Notons que ce cas-là marche dans les deux sens puisque notre « 37°2 le matin » est devenu « Betty blue » dans le monde anglo-saxon, sans doute parce que les degrés Celsius n’y ont pas cours.

Enfin il y a un type de traduction un peu absurde, qui consiste à remplacer un titre anglais par un autre titre anglais, jugé plus compréhensible ou plus vendeur.

Je me souviens de deux exemples dans les années 90 : « Sexe intentions », adaptation un peu neuneu de nos « Liaisons dangereuses » nationales, et « Sex crimes », sympathique polar à tiroirs qu'une scène de partie à trois a rendu célèbre.

Et bien les titres originaux respectifs de ces deux films étaient « Cruel intentions » et « Wild things » ! Inutile d'expliquer le choix de ces pseudo traductions utilisant le mot « Sex »...

Le doublage peut également complètement changer une œuvre.

L'esprit de la mythique série « Starsky et Hutch » a ainsi été modifié par Jacques Balutin qui doublait le personnage de Starsky. Il semble qu’il ait en effet pris un malin plaisir à ajouter des blagues et des traits d’humour là où il n’y en avait pas, apportant à la série une dimension comique bien moindre dans l'original…

On peut trouver une autre bizarrerie dans « L’homme qui valait trois milliards » (qui ne valait que six millions en VO, à cause du rapport dollar/franc de l’époque). Le héros Steve Austin y est en effet décrit comme un homme bio-ionique, terme fantaisiste qui n’existe que dans la série et parce qu’en anglais on dit « BA-IO-NIQUE », soit une syllabe de plus que le « bionique » du français normal !

Autre élément intéressant: les voix des doubleurs et l’effet qu’elles provoquent.

Lorsqu’on regarde des films doublés on associe spontanément un acteur à la voix de son doubleur, qui est souvent le même dans tous les films.

Ces associations peuvent être si fortes et certaines signatures vocales si spécifiques que si le doubleur change on peut en être perturbé.

Ainsi que seraient Sylvester Stallone sans la voix d'Alain Dorval, Robert De Niro sans celle de Jacques Frantz ou encore les « noirs cool » d'Hollywood -comme Eddy Murphy- sans celle de Med Hondo ?

Terminons en soulignant ce paradis des traductions de titres qu’est le Québec, qui met en français absolument tous les titres de film, générant son lot de moments hilarants.

A lire :
- Dans ce post je parle de l'histoire hors du commun de la doubleuse roumaine Margareta Nistor
- Quelques tops de traductions ICI et ICI
- Quelques doubleurs célèbres ICI