vendredi 20 mars 2026

Jeune

Comme le dit Geluck par l'intermédiaire de son célèbre chat, "la vie est un voyage, un aller simple", et vieillir est notre lot à tous, du jour où les cellules de nos parents se sont mêlées jusqu'à celui où notre cœur s'arrêtera de battre.

Et si tout le monde ne devient pas vieux (la vie est très courte pour certains), tout le monde commence par être jeune, et c'est de cet état, de plus en plus lointain pour moi, que je vais parler aujourd'hui.

La première grande différence que je vois entre être jeune et être vieux c'est qu'on ne sait pas qu'on est jeune.

En effet, dans cette période de l’existence on n’a aucune expérience et tout à apprendre, y compris le fait même qu'on ait tout à apprendre.

La jeunesse est ainsi une longue suite de premières fois, plus ou moins nombreuses et riches, plus ou moins accompagnées par des proches, plus ou moins agréables ou désagréables, mais une suite de premières fois.

La première dent de lait, la première punition, le premier jour à la crèche/l’école/le lycée, la première sortie seul, le premier voyage, le premier baiser, la première bagarre, la première cuite, la première cigarette, la première relation sexuelle, le premier concert, le premier appartement, le premier salaire, la première voiture, le premier deuil, le premier enfant, etc…

Tous ces événements et bien d’autres se répèteront ou non au cours de la vie (d'ailleurs certains ne se produisent pas forcément quand on est jeune), mais ils ne seront plus jamais nouveaux, et le vieillissement c'est aussi ce cumul de premières fois qui ne reviennent plus.

En ayant des enfants et en les voyant grandir, j’ai pris conscience du sens profond du proverbe "Ah si jeunesse savait, ah si vieillesse pouvait".
 
Mon expérience m’est propre, tout comme les enseignements que j’en ai tiré.

Je ne peux pas les transmettre dans leur entièreté, et mes fils devront vivre eux-mêmes toutes ces étapes, les bonnes comme les mauvaises, et c’est ça qui les fera grandir. Et vieillir.

C'est encore plus vrai à l'adolescence, quand nos enfants se sentent incompris et différents de nous, tout comme nous pensions l'être de nos parents lorsque nous avions le même âge, et qu'on ne peut pas le leur expliquer.

La deuxième caractéristique de la jeunesse est pour moi liée à cette absence d’expérience: les jeunes sont généralement plus ouverts à la nouveauté.

En effet, c'est un peu comme si le monde naissait avec eux : tout y est nouveau et à découvrir puisqu'ils ne connaissent encore rien.

Moi qui suis aujourd’hui plutôt timide et réservé, j’ai souvent admiré la façon quasi magique avec lesquelles les enfants, puis les adolescents et les jeunes adultes se rencontrent et échangent.

Cette plus grande disponibilité tient aussi à la situation économique et familiale.

La plupart du temps en effet on possède peu quand on est jeunes, et l’on est responsables que de soi-même.

Je me souviens de mes premiers déménagements, quand tous mes biens tenaient dans deux sacs et que je pouvais partir à tout moment.

Sans femme, enfants ni parents vieillissants la marge était incomparablement plus grande qu'aujourd'hui.

L'accumulation liée à l’âge a en effet pour corollaire la diminution du temps disponible.

Une maison, un travail à responsabilités, une famille, autant de choses à maintenir et dans lesquelles investir des jours et des heures, au détriment du temps que l’on peut consacrer à ses amis et activités comme le font plus les jeunes.

Ils le font d'autant plus qu'ils récupèrent mieux, car la troisième caractéristique de la jeunesse c'est qu'à l'époque le corps répond merveilleusement bien aux sollicitations et aux excès, qu’il s’agisse de nuits blanches, d’alcool ou autre.

Un moment charnière de la fin de ma jeunesse a été mon hernie discale. A ce moment-là j’ai en effet pris conscience de la finitude et de la fragilité de mon corps, dont je tenais jusque-là la solidité et la capacité à s'améliorer comme acquises, éternelles.

Le long combat pour m’en remettre m’a fait cruellement réaliser que ce n’était pas le cas, que la vie ne serait plus la même et a sonné le début de ma dégradation, phénomène naturel et inévitable mais auquel on n’est jamais prêt.

Au-delà d'être en meilleur état, le corps a aussi plus d'appétit quand on est jeunes.

Que ce soit pour la nourriture, la défonce en tout genre, le sport, la bagarre, le sexe, il nous sollicite de manière plus impérieuse, plus immédiate et moins réfléchie à cette période de la vie.

Je pense que ce sont tous ces points qui distinguent le jeune du vieux, et qu'on en prend conscience au fur et à mesure qu'ils s'en vont, progressivement et insidieusement.

Pour la plupart d'entre nous, à plus ou moins longue échéance la vie d’adulte devient répétitive dans le sens où l’on refait plus ou moins toujours la même chose, où l'on s'enferre dans une routine rassurante et protectrice.

Outre les problèmes physiques, j'ai pris un coup de vieux lorsque j'ai atteint une sorte de plafond social: marié, père, CDI et enfin propriétaire immobilier.

Une fois passées ces grandes échéances classiques, que j'ai eu la chance d'atteindre, est venu un moment de flottement désagréable, la crise de la quarantaine/cinquantaine/midlife crisis.

Qu'importe le nom qu'on lui donne d'ailleurs, c'est une forme de prise de conscience du temps passé et une angoisse au sujet de celui qui reste.

On ne peut rien contre la biologie et le vieillissement.
 
Mais en revanche, une fois celui-ci accepté (car on n'a pas d'autre choix), il faut savoir continuer à regarder ce qui est bon dans le monde, rester ouvert aux rencontres et à la nouveauté, s'enthousiasmer, profiter de l'autre versant de la vie.

C'est la différence qu'exprime la citation "Vieillir oui, devenir vieux non", que je cite de nouveau.

Cette métaphore est un peu "âgiste", d'autant qu'on connaît tous des jeunes fermés à tout et des vieux qui sont le contraire, mais l'idée est qu'on n'a qu'une vie, et qu'il faut la savourer de la jeunesse jusqu'à la vieillesse.

lundi 16 mars 2026

Chanson (36) : Politiquement correct

Après des années de domination médiatique par le politiquement correct, on voit s’amorcer un retour de bâton.

De plus en plus de gens critiquent les excès de cette espèce de bien-pensance marquée à gauche et revendiquent une liberté de ton et d’expression trop longtemps étouffée

On peut considérer que c’était nécessaire, et que la fin du long monopole des révolutionnaires de salon encensant le banditisme vu comme une rébellion, mai 68, les régimes cubain ou iranien, et annulant leurs opposants en leur clouant l’étiquette fasciste est une bonne nouvelle.

Malheureusement, les contestataires font aussi remonter des opinions puantes auxquelles on n’était plus habitués, des délires fanatiques en tout genre à la réaction la plus basique.

Le morceau de Bénabar dont je vais parler aujourd’hui s’intitule justement Politiquement correct

J’ai découvert cet artiste, dont la musique et la voix comptent moins que les textes, en tombant à la radio sur son excellente chanson au sujet des émissions de variété des Carpentier qui ont marqué les années 70.

Bénabar est un grand conteur, qui joue habilement avec les mots pour raconter, toujours en douceur et avec beaucoup d’humour, des petites histoires et parfois transmettre des messages.

C’est le cas dans Politiquement correct, qui est au final une profession de foi de ses opinions, qui sont en gros celles de la gauche dans sa version pré Terra Nova et pas trop bobo.

Les couplets sont en effet une liste successive d’affirmations de ce en quoi croit Bénabar.

Cela va de la protection des animaux à l’égalité des sexes en passant par le respect des minorités religieuses ou sexuelles, le combat contre la drogue, etc.

Et chaque point énuméré est ponctué d’un ferme "Tu trouves ça peut-être politiquement correct, mais moi j’t’emmerde".

L’effet est assez drôle, dédramatisant tout en affirmant les choses, et cette réhabilitation un peu ironique de certaines actions individuelles qu’il est si facile et fréquent de moquer cyniquement sans rien faire d'autre est bienvenue.

Cela me semble beaucoup plus percutant que les insupportables discours de tant de militants, souvent hypocrites, culpabilisants, réducteurs et moralisateurs.

En ce sens, Politiquement correct est une chanson particulièrement réussie.

Je trouve qu’elle remet quelques pendules à l’heure, donne envie de s’y remettre et elle m’aide aussi à ne pas complètement désespérer de notre gauche dangereusement LFIsée.

 

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dimanche 15 mars 2026

Minutes de silence

Récemment l'extrémiste de droite Quentin Deranque a été assassiné par une bande d'antifas (dont on se dit que l'anti est bien superflu) connus pour leur activisme violent.

En 2023, c'est Nahel Merzouk qui fut abattu par un policier alors qu'il conduisait à grande vitesse et sans permis et refusait d'obtempérer.

Enfin, en 2013, c'est le jeune Clément Méric, extrémiste de gauche, qui trouva la mort dans une baston avec un groupe d'extrême droite.

Nahel était un délinquant déscolarisé, Méric et Deranque des étudiants ultra politisés, mais tous les trois étaient jeunes et leurs comportements à risque et en dehors des clous, voire carrément hors-la-loi pour Nahel, ont entraîné leur mort tragique et stupide.

L'autre point qui les réunit est que tous trois ont eu droit à une minute de silence à l'assemblée nationale, et c'est ce a inspiré ce post.

L'émotion suscitée par ces morts est compréhensible, même si évidemment elles ont toutes été récupérées de manière aussi prévisible que dégueulasse par des camps politiques et/ou par la délinquance plus ou moins organisée.

Mais je m'interroge sur le sens de cette minute de silence.

Ce cérémonial me semblait dédié aux hommages aux gens morts pour la France, dans l'exercice de leurs fonctions ou pour défendre certaines valeurs sur lesquelles nous nous sommes construits.

Qu'une minute soit consacrée à Samuel Paty ou Arnaud Beltrame, a ainsi tout son sens.

Mais dans ces trois cas?

Ces garçons étaient au contraire des représentants de ce qui détruit notre pays et notre société: délinquance, fascisme et gauchisme, qui sont des poisons pour la démocratie et des facteurs de division.

Même s'ils ne méritaient sans doute pas que ça se finisse de manière aussi tragique, ne sont-ils pas morts à cause de leurs choix de vie, des choix dont ils étaient quand même responsables et qui allaient délibérément à contre sens?

Du coup je trouve ces minutes absurdes et déplacées, voire même insultantes pour les vrais héros.

Elles sont insultantes aussi pour les victimes de gens qui ont croisé le chemin de ces trois garçons, de l'infirmier de Roubaix écrasé par un autre Nahel fuyant la police en passant par les victimes de la jeune garde ou des skinheads.

Nous vivons décidément une époque singulière, confuse, où tout est brouillé, où être victime est suffisant pour être absous et où l'émotion à chaud est survalorisée.

Arrêtons ces minutes si on ne veut pas qu'elles soient vides de sens.