lundi 19 décembre 2011

Droit de vote des étrangers

Aujourd'hui je vais m'attaquer au sujet éminemment politique (et donc un peu casse-gueule) du droit de vote des étrangers, non pas pour donner mon opinion (qui d'ailleurs n'est pas franchement arrêtée), mais pour montrer ce qui se joue derrière çà.

Tout d'abord, je crois qu'il est important de noter que ce sujet, comme le cumul des mandats, ou les droits des homosexuels (mariage, adoption...) est une vieille lune qui ressort régulièrement, singulièrement dans des moments comme celui que nous vivons, c'est-à-dire une veille d'élection présidentielle.

Sont convoqués les postures morales, l'humanisme, l'équité, la reconnaissance, etc...bref un tas de sentiments tous plus nobles les uns que les autres.

Schématiquement, on peut dire que la droite est contre et la gauche est pour, même si au sein des deux groupes on peut trouver des gens qui sont à contre-courant. Pourquoi donc?

Et bien si l'on étudie un peu l'histoire du vote, on se rend compte que ces dernières années la gauche, pour des raisons sur lesquelles je ne vais pas m'étendre, a perdu une très grande partie de l'électorat populaire français. Cet électorat, traditionnellement gaulliste ou communiste, a tendance à déserter un PS qui l'a déçu.

Une partie est abstentionniste, une autre papillonne, et une grande partie est allée vers le FN, dont la culture "virile", les messages simplistes et le côté communautaire rejoint un peu celle du défunt PCF.

Or, c'est le vote de cet électorat qui avait permis à la gauche, dans le cadre du Programme commun de 1981, d'accéder à l'Élysée pour la seule et unique fois dans l'histoire de la Vième République. La question est donc "Par quoi remplacer ces ouvriers et classes laborieuses?".

Si l'on fait un peu de sociologie et de sondages, on s'aperçoit que la majorité (on parle de 80%) des français d'origine extra-européenne vote PS.

Si l'on veut aller plus loin, on peut comparer avec un de nos voisins qui a franchi le pas et fait voter les étrangers extra-communautaires depuis 2004, la Belgique.

Là-bas, le vote est obligatoire et l'on a constaté que les étrangers extra-communautaires votent massivement pour le PS (80% également), lui permettant de se maintenir dans plusieurs communes ou arrondissements qu'il aurait perdu sans ce vote.

On a également constaté que chaque communauté votait prioritairement pour un candidat de la même origine (les Turcs pour un Turc, les Marocains pour un Marocain, etc.), ce qui a poussé le PS a multiplier les candidats ethniques.

Au vu de ces faits, il me parait impossible que le retour du débat sur le devant de la scène ne soit pas plus sous-tendu par un froid calcul électoraliste que par le désir "d'associer pleinement les étrangers à la citoyenneté etc, etc."

Je pense même que certains cyniques se disent que ça ne passera pas mais que ce qui compte c'est que ça permet d'envoyer un signal aux communautés pour l'élection présidentielle.

Qu'on me comprenne bien, je ne dis pas que ce genre de calcul sordide est l'apanage de la gauche, la droite cajole elle aussi bien des lobbies, parfois les mêmes (rappelons-nous le fameux "préfet d'origine musulmane" désigné en grande pompe au début du quinquennat actuel), je veux juste souligner ce qu'il y a de cynique dans la méthode.

Toutefois, cet opportunisme est partagé par les électeurs courtisés.

En effet, rappelons-nous bien que si 80% des français d'origine tunisienne votent PS en France, 50% de ces mêmes français d'origine tunisienne ont voté pour le parti islamiste aux élections de la constituante tunisienne.

Traduction: en Tunisie ils votent pour un parti dont les positions sur la religion, la femme ou l'homosexualité sont plus proches de celle de Philippe De Villiers (peut-être même encore plus à droite) que de celles du parti pour lequel ils votent en France, celui de la parité ou du PACS.

En attendant, vive la République, pas vrai?

dimanche 18 décembre 2011

Le Français qui aime la Roumanie

Dans ce post je vais parler d'une espèce de gens qui me met mal à l'aise, dont j'ai rencontré pas mal de spécimens: "Le Français qui aime la Roumanie".

Je pense que cette espèce n'est pas très différente de celle du "Français qui aime le Burkina Faso", du "Français qui aime la Serbie", du "Français qui aime le Mexique" voire du "Français qui aime la Chine".

Le Français qui aime la Roumanie est généralement issu d'un milieu favorisé, s'est beaucoup baladé dans le monde (fuyant toutefois avec horreur les usines à touristes), il jouit de revenus confortables et d'une éducation d'un niveau plutôt élevé.

Les raisons qui l'ont fait aller en Roumanie sont variées, mais c'est souvent en rapport avec l'humanitaire, la recherche d'un tourisme alternatif ou celle du frisson d'une destination inédite dans un pays qui fait encore un peu peur, mais pas trop.

Il décrit sa "rencontre avec la Roumanie" comme un coup de foudre. Il a tout de suite accroché à l'exotisme de cette "terre de contrastes", à la fois si proche et si différente de chez nous, au sens de l'accueil de ses habitants, souvent francophones et francophiles, et tellement authentiques malgré la misère (ou plutôt grâce à elle).

Le Français qui aime la Roumanie aime en effet la Roumanie telle qu'elle est, dans cette misère. Il a même peur que l'occident ne rattrape ce pays, et que les maisons retapées, les immeubles de standing, les égouts, les autoroutes asphaltées et les supermarchés détruisent ce pays comme ils ont détruit le nôtre.

Cela n'empêche pas le Français qui aime la Roumanie de se penser impartial face à ce pays, notamment quand il est question des gitans et du racisme auquel ils sont en butte ou aux responsabilités roumaines dans la Shoah.

Il estime que son ou ses voyage(s) sur place lui donne(nt) une connaissance approfondie du pays, le droit de parler au nom de ses habitants, d'expliquer les causes et effets de ce qu'il a vu, de connaitre les limites de ce peuple et d'expliquer (avec une certaine fierté) qu'il l'aime malgré ça.

Au fond que trouve-t-il là-bas, ce Français qui aime la Roumanie? La chaleur des gens, réelle (quoiqu'en voie de disparition), lui donne le beau rôle, même si cette chaleur est souvent bien mal comprise. Le Français qui aime la Roumanie ne voit en effet pas que c'est une forme de politesse et que c'est souvent intéressé.

Le côté bric-à-brac des vies des gens qu'il croise lui donne le sentiment d'une existence plus simple, plus portée à l'essentiel que la nôtre qui lui semble tourner à vide (ce qui est bien sur idiot, car la survie n'a rien de bandant, et la majeure partie de ces gens ne rêve que d'être à sa place).

Cette chaleur peut également lui donner l'illusion d'une vraie rencontre, même s'il se ment à lui-même car bien peu de Français qui aiment la Roumanie sont prêts à une vraie rencontre et à ouvrir leur porte de la même façon à un Roumain venu en France.

Il y a aussi le côté gratifiant d'avoir "sa" propre destination, un endroit où vont peu de gens et qui du coup singularise, rend intéressant, donne un côté "original".

Ces gens me mettent mal à l'aise pour différentes raisons.

La première c'est bien sur parce que moi aussi j'ai commencé par tomber dans certains de ces travers: tout le monde est beau et gentil là-bas, moi je connais un pays inédit et pas commercial, etc... Je me suis rendu compte de ça en me rappelant de mes premiers voyages.

La seconde c'est parce que cette attitude cache en fait un complexe de supériorité. Folkloriser les gens, parler en leur nom, simplifier à grands traits des situations aussi complexes que les nôtres, c'est au fond assez méprisant.

Pour avoir beaucoup fréquenté les Roumains (et j’imagine que ce que je dis est vrai pour tous les étrangers de pays ou régions plus pauvres), je sais qu'ils ont un peu honte de tout ce que le Français qui aime la Roumanie met en avant, qu'ils veulent que leur pays arrive au niveau du nôtre, et que tout ce qu'ils souhaitent c'est d'être traités comme des égaux, comme un homme et pas comme un "brave Roumain".

Ceci dit, ce point est surtout vrai pour les Roumains ayant connu Ceausescu et les années 90. En effet, les jeunes sont désormais différents, ils s'assument mieux et n'ont plus de complexe, ils se sentent des européens, des Roumains de la même façon que l'on peut se sentir des Français ou des Italiens, et c'est tant mieux.

Enfin, la dernière raison c'est que je vois aussi dans les yeux des Roumains ce qu'ils pensent des Français qui aiment la Roumanie et par extension des Français.

Souvent, ils nous trouvent ridicules, passéistes, prétentieux, mesquins, hypocrites...ils ne sont plus dupes de rien.

Avant la chute de leur Conducator, beaucoup de Roumains, surtout les plus âgés, avaient une belle image de la France, un peu idéalisée. Image déçue lorsqu'ils nous ont rencontrés.

Je sais aussi que les Français qui aiment la Roumanie sincèrement (sous-catégorie des premiers) et qui veulent aider la Roumanie et ses habitants "si chaleureux et naïfs" se trompent lourdement et risquent des désillusions.

Les Roumains sont en effet bien plus durs que nous, ce qui est logique vu ce qu'ils ont subi, et du coup le retour de bâton peut être douloureux. On ne peut d'ailleurs pas leur en vouloir, la situation est ce qu'elle est.

Finalement, le Français de base qui n'aime pas la Roumanie parce qu'il trouve que c'est crade, qu'il n'aime pas la bouffe et parce que l'hôtel club qu'il a payé n'est pas à la hauteur est peut-être plus sain que le Français qui aime la Roumanie, qui dit exécrer le tourisme et rechercher un "petit village authentique" pour "rencontrer des Roumains".

Le premier sait et assume le fait qu'il est dans une relation client-fournisseur, le second fait juste semblant de ne pas le savoir.

Je reste en effet, et ce sera ma conclusion, convaincu que la distinction routard/touriste est une vue de l'esprit.

mercredi 10 août 2011

Indigènes et droits collectifs

Lorsque plus jeune je découvris l’histoire du continent américain, je fus horrifié par l’ampleur du génocide amérindien, révolté par la volonté destructrice des conquistadores et des colons européens, choqué devant le prosélytisme agressif des églises chrétiennes, si loin du message dont elles se réclamaient.

Spontanément, ma sympathie allait vers tous les peuples décimés et empêchés de vivre selon leurs propres coutumes, et je les rangeais tous dans la catégorie des victimes, des martyres et du bon droit.

Plus tard, en avançant en âge et en études, je découvris certains « points gris » dans ce beau récit en noir et blanc.

Tout d’abord j'appris l’existence de guerres précolombiennes entre les peuples, guerres dont la cruauté et la violence parfois génocidaire n’avaient rien à envier à l’Occident.


Ensuite, certains aspects de leurs us et coutumes me parurent gênants, voire monstrueux.

Ainsi les sacrifices humains des peuples d’Amérique centrale, ainsi les razzias sanglantes perpétrées par les Caraïbes et les Comanches respectivement sur les pacifiques Taïnos et Pueblos, ainsi la rage avec laquelle les Hurons alliés des Français et les Iroquois alliés des Anglais s’acharnaient sur les vaincus…

Ainsi aussi le sort fait aux femmes, souvent vendues aux trappeurs ou bien réduites à l’état de bête de somme, les hommes se réservant pour guerre et chasse.


Je découvris également l’opportunisme de certains d’entre eux, la lutte pour le monopole des contacts fructueux avec les blancs, leurs armes, chevaux et techniques, ainsi que l’aide décisive que les Indiens apportèrent aux conquérants.

J'appris que la dernière guerre indienne des États-Unis, contre des Apaches, fut gagnée grâce au concours d’un régiment d’Apaches ralliés.

J'appris aussi qu'avant la traite africaine les Portugais se fournissaient en esclaves grâce aux bandes d’Indiens ralliés qui allaient chasser en forêt des Indiens « sauvages » alors promis à un sort funeste.


M’intéressant à toutes les entreprises coloniales européennes, surtout celles qui donnèrent lieu à un peuplement de colons majoritaires (Australie, Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Calédonie…) je fis partout le même constat.

Au final, il devint clair pour moi que l’indigène était un homme, c'est-à-dire ni un sauvage proche de l’animal nuisible à exterminer, ni un être pur sauveur de l’humanité corrompue par la méchante civilisation occidentale, mais une créature complexe, souvent égoïste et contradictoire, capable des mêmes sentiments que les colons et souvent guidée par les mêmes mobiles.

Ce qui n’enlève bien sur rien au fait que cet indigène était indéniablement le perdant d’une conquête injuste et traumatisante.


Ce préambule me permet d’en venir au sujet principal de ce post, qui va parler des « réparations » ou des droits spécifiques donnés ou réclamés par les communautés indigènes des pays issus de cette colonisation.

Cette problématique peut d’ailleurs être élargie aux demandes concernant des communautés historiques ou issues d’une immigration particulière, je pense par exemple aux régions telles que la Corse ou les Antilles, aux Berbères du Maghreb ou bien encore aux Tziganes d'Europe.


Trois questions se posent dès que l'on commence à parler de ces droits collectifs.

Première question: Comment être équitable ? Comment, en voulant réparer un passé qui de toute façon est irréparable et non modifiable, ne pas léser une autre partie de la population ? Comment lutter contre le ressentiment d'une population opprimée des siècles sans transférer son ressentiment sur l'autre partie de la population ?

Les quelques exemples suivants illustreront mon propos.

En France, la Corse bénéficie de lois particulières concernant les droits de succession. Sachant que les Corses vivant en métropole ont strictement les mêmes droits que le reste de la population, n’est-ce pas une forme de privilège ? Est-il juste de préserver ce droit spécifique, quels qu'aient été les torts de la France vis-à-vis de la Corse ?


Plus significatif encore est le cas de la Malaisie. Lorsque le pays devint indépendant, l’importante communauté chinoise jouissait d’une prépondérance économique énorme.

Afin de corriger un déséquilibre dangereux pour le pays, il fut alors décidé que des emplois seraient temporairement réservés aux Malais « de souche ».


Cette configuration existe encore aujourd’hui, suscitant des critiques de la part des Malaisiens d’origine chinoise ou indienne. En effet, alors que le pays a désormais un bon niveau de vie et que les inégalités se sont réduites, est-il juste d'encore garder cette loi ?

Deuxième question: Doit-on accepter le retour de coutumes en conflit avec les valeurs affichées de la société simplement parce qu’elles sont traditionnelles ?

Là encore, voici quelques exemples que je trouve parlants.

La Bolivie, dont le président est issu de la communauté amérindienne, veut mettre en avant coutumes et traditions pré-hispaniques, toutes violemment réprimées depuis la conquête espagnole, tant par l’église que par le pouvoir civil.

Cette remise en cause va jusqu’à la justice traditionnelle, et c’est là que l’ambiguïté commence. Une des décisions possibles pour cette justice était le lynchage du condamné. Doit-on réhabiliter cette coutume ?


Autre exemple: le peyotl est une plante sacrée pour nombre d’Indiens, alors qu’elle est une drogue pour la société américaine. Quel doit être le statut de cette plante ? Doit-on l’autoriser aux uns et non aux autres ?

Toujours chez les Indiens des USA, certaines cérémonies religieuses, telles que la danse du soleil, impliquent des mutilations des participants, et peuvent être dangereuses. Doit-on l’autoriser ou non ? Si oui, le doit-on pour les seuls Indiens ?

Le débat est le même concernant la polygamie et l’excision, coutumes un temps autorisées en Europe pour les ressortissants des pays les pratiquant.

Troisième question: comment définit-on qui a droit aux éventuels droits spécifiques, sachant que le métissage et l’atomisation des territoires ont été très importants ? Si les indigènes ont des droits et devoirs spécifiques, il faut en effet savoir qui est indigène et qui ne l’est pas. Donc, qu’est-ce qui définit l’indigène ?

De même, est-ce que la catégorisation des gens n’est pas conflictuelle avec le libre arbitre et la considération individuelle des gens par l'état ?

Corollaire: comment doit-on traiter un indigène qui ne veut plus vivre selon sa communauté ? Quels droits et devoirs seront les siens ?

Et pour aller jusqu’au bout du raisonnement, un non indigène peut-il, s’il en a l’envie et la connaissance, entrer dans la communauté, être en quelque sorte « naturalisé » ?


Un premier exemple de ces difficultés eut lieu au Mexique. Une femme y vivant dans une communauté indienne souhaitait pouvoir se présenter à une élection locale et être élue.

Si cela est parfaitement possible selon le droit mexicain, c’était strictement interdit dans sa communauté, où le pouvoir revenait exclusivement aux hommes.

Quelle loi doit primer dans ce cas ? L’identité « génétique » ou
le libre choix, la communauté ou la nationalité ?


Autres exemples concernant les Indiens.

Aux États-Unis, certaines réserves indiennes ont profité des lois en vigueur sur leur territoire pour ouvrir des casinos qui les ont rendues très riches.

De même, certaines réserves enclavées dans des régions de l’est du pays où les prix de l’immobilier sont devenus prohibitifs jouissent d’un emplacement très convoité.

Enfin, les peuples indigènes jouissent de droits de pêche et de chasse élargis par rapport au reste de la population canadienne ou américaine.

Dans tous ces cas, on peut considérer que sur ces plans-là le statut d’Indien est passé de paria à avantageux.

Du coup l'on assisté à une déferlante de gens tentant de prouver une ascendance indienne, de façon à pouvoir jouir de ces avantages spécifiques.


Cette anecdote m'amène à la question de la transmission de ces droits, basés sur une origine ethnique et/ou matrimoniale.

Prenons le cas d'un Indien parti vivre à l’extérieur de la réserve. Il conservera ses droits, mais quid de ses enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants ? En hériteront-ils ? Si oui, au bout de combien de générations considèrera-t-on ces droits comme caducs ?

La question est d’autant plus importante s’ils sont issus de mariages mixtes, diluant leur origine indienne et leur connaissance de la culture concernée.


Dernier exemple avant de conclure : les Métis canadien.

Ce mot, lorsqu’il prend une majuscule, désigne un peuple original issu du métissage entre des colons, essentiellement français mais également anglais, et des Indiens.

Ces Métis avaient développé une culture, une langue et un mode vie suffisamment originaux pour n’être vus ni comme Indiens ni comme Européens, mais comme un peuple à part entière.


Aujourd'hui, les représentants de leurs descendants demandent au gouvernement canadien d’être reconnus comme « première nation », de façon à obtenir les droits et garanties spécifiques dont bénéficient les Indiens dans ce pays. Est-ce légitime ?

Au fond, mon article ne fait que poser des questions. Mais c'est parce que j’ai voulu mettre en évidence la complexité qu’il y a pour un état à reconnaître et à gérer des identités collectives, surtout dans nos sociétés modernes dont l'élément de base est l'individu, censé être l'égal de ses pairs.

Les identités existent, les nier est un mensonge et peut être dangereux, l'Histoire est pleine d'explosions et de révoltes qui nous le rappellent.

Mais leur donner une reconnaissance officielle et des droits spécifiques est également un exercice délicat, surtout à l'heure où l'on n'a jamais été aussi mobiles et mélangés et où les cartes sont de ce fait sans cesse rebattues.

Bien positionner le curseur entre un nationalisme exclusif et oppresseur et un pays atomisé entre communautés rivales est un défi permanent pour lequel la solution est toujours à réinventer. Mais gouverner, c'est aussi ça.

dimanche 8 mai 2011

Frontières (1): introduction

Depuis longtemps l'homme a créé ou subi des frontières, dont la présence détermine et conditionne l'existence de ceux qui la côtoient, qu'ils en souffrent ou en tirent parti.

Le premier type de frontière, la frontière dite "naturelle", est un obstacle physique ou géographique qui sépare deux régions de manière plus ou moins forte, constituant parfois une limite infranchissable pendant de longues années.

La limite extrême qui vient en premier lieu à l'esprit est bien sur la mer. On pense tout de suite aux océans atlantique et pacifique, qui ont isolé si longtemps le continent américain de l'ancien monde.

Mais les déserts remplissent aussi cette fonction. Ainsi le Sahara a durablement séparé l'Afrique du nord, reliée plus tôt à l'Europe, de l'Afrique subsaharienne, isolée par cette mer de sable hostile.

Les massifs montagneux ont aussi joué ce rôle, à différents degrés selon leur taille et accessibilité.

Près de nous, Alpes et Pyrénées ont constitué une séparation naturelle entre la France et ses voisins du sud.

On peut aussi citer la Cordillère des Andes, qui coupe clairement l
'Amérique latine en deux zones, ou bien encore les massifs himalayens sur les contreforts desquels se termine le monde indien.


Le rôle de ces frontières ou de leur absence a pu être déterminant pour le destin des populations qui habitaient près d'elle.

Les histoires si particulières du Japon et de l'Angleterre auraient certainement été très différentes si, comme la Pologne ou l'Allemagne, la majeure partie de leur territoire était une plaine ouverte et non une île qui les a naturellement isolés des grands mouvement migratoires et conquérants.

De même, la présence de montagnes a été déterminante pour le Népal et le Bhoutan, qui sans cette protection auraient sans doute été avalés depuis longtemps par les géants que sont leurs voisins chinois et indien.

Un relief montagneux a également permis à la Suisse d'exister et au Liban druze et maronite ou encore au pays dogon de ne pas disparaitre malgré les vagues de conquérants.

Le revers de cette protection naturelle peut aussi être la mise à l'écart d'une zone des grands mouvements culturels et technologiques, entrainant un retard des populations piégées par ces frontières, ce retard pouvant être fatal en cas de rencontre avec une civilisation agressive et techniquement plus avancée.

Que l'on songe au choc que produisit l'arrivée des Européens au Japon au sortir d'une longue période d'isolement. Que l'on pense aussi aux aborigènes australiens, restés à un stade de chasseurs cueilleurs et démunis face aux colons anglais.

Le deuxième type de frontière, c'est la frontière politique, celle décidée par les hommes, qu'elle soit imposée par la guerre et la conquête ou qu'elle résulte d'un compromis.

Bien qu'elles prétendent généralement épouser une frontière naturelle, c'est en fait rarement le cas.
Je distinguerai trois groupes parmi ces frontières politiques.


Le premier groupe ce sont les frontières que je qualifierai (faute de mieux) d'"historiques".

Élaborées au cours du temps par des guerres, des mariages, des allégeances, des traités, des allers retours incessants entre puissances, elles sont complexes et constituent l'héritage d'une très longue histoire.

Le cas exemplaire est l'Europe, dont les frontières n'ont cessé de bouger, la dernière modification étant toute récente puisqu'il s'agit de l'indépendance du Kosovo.

On peut distinguer un sous-groupe dans ces frontières historiques. Il s'agit des nombreuses frontières intérieures qui découpent un état en des sous-entités dotés de pouvoirs propres.

On pense aux länders allemands, aux états des USA, aux cantons suisses, mais aussi aux régions ultramarines dotées par la métropole de pouvoirs plus ou moins étendus, comme le Groënland ou les îles Feroë pour le Danemark, ou encore les nombreuses îles britanniques dotées qui ont chacune un régime propre (île de Man, îles anglo-normandes, etc.).


Le deuxième groupe de frontières est issu du partage colonial du monde par l'Europe.

C'est-à-dire que ces frontières ont été tracées par des puissances extérieures à l'endroit concerné, généralement sans tenir compte des populations qui y vivaient.


Le continent américain a été le premier exemple de ce partage, avant qu'à la suite de son indépendance ses nouveaux maitres n'en redessinent la carte, rejoignant le groupe des frontières historiques que je citais précédemment.

L'Asie a également vécu ce partage, mais c'était un placage sur des entités étatiques pré existantes fortes, souvent plus anciennes même que celles des colonisateurs.

Elles ont ainsi plus facilement coïncidé avec le monde d'avant la colonisation et les indépendances ont entrainé assez peu de "corrections" (quelques exceptions significatives sont par exemple la partition de la Papouasie, du Timor et de Sumatra, ou encore les villes de Singapour et Hong Kong).

En fait, le continent le plus marqué par ce découpage a été l'Afrique, surtout l'Afrique subsaharienne.

En effet, les découpages antérieurs étaient très différents de la notion d'état telle qu'on la connait en Occident. En conséquence, les chamboulements apportés par le colonisateur ont constitué un bouleversement extrêmement important.

Les états africains post-indépendance ont généralement gardé ces frontières coloniales en héritage, en même temps que la langue de l'ex-métropole, et très peu de modifications ont été faites a posteriori, malgré de nombreuses tensions.

Il est important de distinguer l'Afrique subsaharienne de l'Afrique du nord et du Proche-Orient, plus proches de leurs colonisateurs en terme d'état ou de centralisation, et de longue date en contact avec eux (même si globalement ils ont eux aussi conservé les frontières héritées de la colonisation).

Enfin, le troisième type de frontière que je distinguerai est la frontière "idéologique".

J'entends par là une frontière séparant des états à l'idéologie antagoniste, ces états étant parfois issus de la partition d'un même pays.

Ces frontières sont un héritage de la guerre froide qui vit bloc communiste et bloc capitaliste s'affronter pendant plusieurs décennies.


On se souvient du fameux "rideau de fer" qui séparait l'Europe communiste et l'Europe dite libre, avec des zones tampon ou des enclaves comme Berlin, l'ex-capitale allemande, coupée en deux à l'image du pays.

Pendant plusieurs années, le Vietnam fut lui aussi séparé en deux entités, avec un nord communiste et un sud capitaliste, avant qu'une réunification se fasse au bénéfice des premiers.

Le Yémen fut lui aussi découpé entre un état communiste et un état capitaliste, le second intégrant le premier en 1990.

La Corée fut également divisée dans les années 50, et cette division est plus que jamais d'actualité, le nord restant un régime communiste fermé et le sud n'étant pas pressé de se réunifier.

Enfin, l'ex-Formose, devenue Taïwan, est l’héritière de la guerre civile chinoise, puisque cette île a accueilli les nationalistes lorsque les communistes de Mao ont été victorieux sur le continent. Taïwan est ensuite devenu un état -contesté- une fois que la Chine populaire a été reconnue comme la Chine légitime par l'opinion internationale.

Après ce petit tour d'horizon des différents types de frontières que l'on rencontre sur le globe, je consacrerai un prochain post à la façon dont certaines populations en tirent profit.

Suivant:  Frontières (2): sources de profit

lundi 2 mai 2011

Lectures

Je suis un grand lecteur.

Depuis que je suis en âge de le faire, j’ai toujours eu un ou plusieurs livres en cours, et je dois bien lire une cinquantaine d'ouvrages chaque année (romans, nouvelles, livres d’histoires, etc.) à quoi il faut ajouter de nombreux magazines et ce que je trouve sur internet.

Lire est sans doute mon hobby favori, et ces lectures m’ont fourni et me fournissent la matière de beaucoup d’articles de ce blog (par exemple mon « (Petit) aperçu de la littérature roumaine (2): quelques auteurs »).

Parmi tout ce que « j’avale », quelques écrivains reviennent régulièrement, qui présentent souvent des points communs, dans la thématique, dans le style, ou sur d’autres plans pas forcément évidents à qualifier.

Ils constituent ce que j’appelle mes « familles d’écrivains », que je vais décrire dans une série de posts à venir. 

Parallèlement, je continuerai à parler de la connaissance que j'ai acquise dans la littérature de pays ou de zones culturelles qui m'intéressent ou m'ont intéressé.

Enfin, je vais également parler de littérature de genre ou de différents magazines que j'ai rencontrés et/ou appréciés.

Bonne lecture...

Liens:

mercredi 27 avril 2011

Langues internationales (1) : English everywhere

J'ai décidé d'entamer aujourd'hui une série de posts qui auront trait aux langues internationales, ces langues que l'on rencontre à plusieurs endroits du globe, parfois très éloignés les uns des autres.

Et à tout seigneur tout honneur, je vais commencer par la langue de Shakespeare.

L'anglais: tour d'horizon de la langue mondiale

L'anglais tire son nom des Angles, un des peuples germaniques qui s'installèrent à la chute de l'empire romain sur le territoire de l'actuelle Angleterre.

C'est donc une langue germanique, mais la longue domination normande, à partir de 1066 et pour environ trois siècles, en a considérablement modifié les mécanismes.

En effet, à cette époque le franco-angevin (langue latine de la famille des langues d'oïl) était la langue officielle, ce qui eut pour conséquence une profonde empreinte du français sur la langue anglaise: c'est la seconde langue qui l'a le plus influencée.

L'anglais s'écrit avec l'alphabet latin de 26 lettres, et présente la particularité de n'avoir aucune lettre accentuée.

Aujourd'hui son hégémonie est impressionnante.

Où qu'on aille sur le globe, c'est cette langue qu'il faut connaitre pour avoir une chance de communiquer avec quelqu'un.

C'est celle que l'on apprend en premier quand on est pragmatique. C'est celle dans laquelle toutes les notices, toutes les cartes postales, toutes les indications sont libellées à côté de la langue nationale (parfois même à sa place).

C'est également la langue qui s'est imposée comme langue véhiculaire dans nombre de pays multilingues, y compris ceux où l'anglais n'est la langue maternelle d'aucune communauté.

En Belgique ou en Suisse, par exemple, lorsqu'un francophone rencontre un néerlandophone ou un germanophone, c'est le plus souvent en anglais qu'ils communiquent.

Ce raz-de-marée progressif semble s'être accéléré en une génération.

Lors de mes voyages européens, j'ai pu constater qu'en Hongrie ou dans les pays baltes les quinquagénaires et plus parlent prioritairement l'allemand, ou qu'en Roumanie, en Italie ou au Portugal ils parlent plutôt français.

Mais j'ai également constaté que c'est en anglais que les jeunes s'y expriment spontanément, l'allemand et le français ayant connu le même recul brutal et marqué dans tous ces pays.

Le russe, fort du prestige de l'URSS, phare des pays communistes et aussi (surtout?) puissance coloniale en Asie centrale et en Europe de l'Est, était également très appris et répandu jusqu'aux années 90.

C'était devenu la langue véhiculaire du pacte de Varsovie, dont tous les membres se sont empressés de se débarrasser une fois libérés de la tutelle de Moscou, pour passer là aussi à la langue de Shakespeare.

Nos parents étaient encore porteurs d'une langue internationale forte et demandée. Le français était important, présent aux quatre coins du globe.

Il n'est que de lire l'usage du monde de Nicolas Bouvier, pour se rendre compte que lorsque ce globe-trotter était à cours d'argent pendant un voyage, il lui suffisait de proposer des cours de français. Quel que soit le pays, il trouvait des clients et se refaisait facilement un pécule.

Aujourd'hui seul l'anglais peut avoir cette prétention.

Je me suis demandé à quoi tenait cet attrait unanime et sans équivalent de l'anglais.

L'argument souvent entendu que cette langue est facile à apprendre est à écarter.

D'abord c'est faux. Même si la langue anglaise peut sembler a priori plus simple que la nôtre (sans même souligner que c'est un point de vue de Français!), elle est également pleine de subtilités, de pièges et de nuances.

Ensuite on n'a jamais adopté une langue pour sa simplicité: l'arabe, le français, le latin ou l'allemand se sont imposés sur de vastes zones alors que leur apprentissage n'est pas particulièrement évident.

Alors qu'est-ce qui a jadis permis la diffusion de ces langues? Je vais m'attacher à montrer les différents mode d'expansion possibles.

Trois modes de diffusion d'une langue

Je distinguerai trois façons de s'imposer pour une langue.

1- La force

La première, la plus évidente, c'est la force.

Dans la panoplie de la conquête, il y a la langue. Tous les conquérants ont amené avec eux leur façon de parler, leurs mots. L'expansion arabe ou romaine, et les grandes vagues de colonisation européenne en sont quelques illustrations.

A l'époque moderne, les Amériques et l'Océanie ont été peuplées de suffisamment de colons, par définition en position de force, pour que les langues des métropoles y submergent les parlers locaux.

Notons que la langue imposée a pu ne pas être celle de la majorité des colons, qui ont parfois eu une autre langue maternelle que celle en vigueur dans la colonie.

Ainsi, l’Italie et l’Allemagne ont fourni d’énormes contingents de migrants, mais faute de colonie propre, ils ont été grossir celles des autres dont ils ont du adopter la langue, même s’ils y devenaient majoritaires.

Ce fut le cas pour les Italiens en Argentine par exemple, où tous s’hispanisèrent.

Ce cas où une population transplantée emporte sa langue avec elle et la transmet est le plus évident, et se retrouve un peu partout sur le globe.

Mais la diffusion d'une langue suite à l'installation de ses locuteurs dans une aire donnée peut également être indépendante d'une conquête.

La diffusion de la langue espagnole aux États-Unis, devenu le deuxième pays hispanophone du monde grâce à l'immigration latino ou celle de la langue chinoise en Malaisie en sont des exemples.

2- Un manque à combler

Un deuxième type d'expansion pour une langue, c’est lorsque celle-ci vient combler un manque.

Ça peut être le cas lorsqu’une civilisation écrite rencontre une civilisation orale et entretient des liens avec. Dès que la relation entre les deux se complexifie et que le besoin d’écrire se fait sentir, c’est la première qui s’impose. Et si elle ne s’impose pas en tant que langue, elle lèguera au moins son alphabet.

Deux moteurs dans l’intensification des échanges ont été le commerce et la religion.

Si l’on regarde les pays ayant adopté l’alphabet cyrillique, on voit que ce sont ceux qui ont été évangélisés par des missionnaires orthodoxes (Bulgarie, Russie…) puis ceux qui ont été conquis par les empires russe ou soviétique (Asie centrale).

De même, la diffusion de la langue et de l’alphabet arabe a suivi les routes de la pénétration de l’islam, qui s’est souvent confondue avec celles des liens commerciaux.

Un autre type de manque est la nécessité d’une langue reconnue par les différentes communautés d’un même espace ou d'une même entité politique.

Prenons le cas de l’Inde. Le pays renferme quantité de civilisations très anciennes, avec leur écriture, leur littérature et leur alphabet.

Du temps de la colonisation, le conquérant britannique avait tout naturellement imposé l’anglais comme langue administrative.

Bien entendu, les dirigeants de l’Inde devenue libre voulurent rejeter ce legs colonialiste. Mais ils ne purent s’entendre sur la nouvelle langue à adopter, chaque communauté se battant pour la sienne. Faute d’accord, ce fut l’anglais qui resta.

De même dans l’Afrique coloniale, beaucoup d’états regroupaient des peuples divers qui n’avaient pas de langue écrite.

L’alphabétisation et la modernisation administrative des pays ont donc été commencées dans la langue du colonisateur, souvent gardée après l’indépendance faute de remplaçant naturel et parce qu'un tel changement n'est pas anodin.

On le voit bien avec l'Algérie, qui fit le choix d’adopter l’arabe classique pour remplacer le français et qui n’est toujours pas parvenue à ses fins.

En effet, l’arabe littéral est très éloigné de la langue parlée par le peuple (sans même évoquer le cas des berbérophones qui ne parlent que leur langue) et celle de l’ex-colonisateur continue à imprégner le pays.

Dernier type de manque: le besoin de pouvoir communiquer entre gens d’une même religion, d’une même classe sociale ou d’un même destin.

Citons le yiddish, qui connut un développement important au fur et à mesure de l’expansion de la communauté juive en Europe ou le swahili qui, dérivant de l’arabe apporté par les musulmans, devint langue véhiculaire dans l’Afrique du sud-est.

Citons encore le latin, qui après la chute de l’empire romain, devint la langue du monde chrétien, celle dans laquelle communiquaient les élites européennes, et celle du savoir, et cela alors même que plus personne ne la parlait comme langue maternelle.

3- Soft power

Le troisième canal d'expansion d'une langue enfin, c’est lorsqu’un pays domine les autres sur le plan économique et/ou sur un plan culturel ou technique, sans qu’il y ait forcément domination formelle ou militaire.

Par exemple, avant l'anglais c'était le français qui était devenu la langue des élites, irriguant l’ensemble des langues européennes à une époque où la France donnait le la dans le domaine de la culture et des idées, de la gastronomie, etc.

Autre exemple, du fait de la supériorité du pays dans le domaine des arts, c'est l'italien qui s'est imposé dans la musique.

La capacité d'inventer en premier, que ce soit des concepts ou des objets, est une autre forme de domination et un autre mode d'expansion pour une langue. En effet, le mot inventé pour désigner la nouveauté est généralement dans la langue de son inventeur.

Le karaoké, les sushis, les mangas sont des termes japonais car c'est dans l'archipel nippon qu'ils sont nés. Le "ball" de handball se prononce "balle" car ce sport est allemand, etc.

L'anglais, langue à la fois imposée, comblant un manque et soft power

Pour en revenir à l'anglais, si l’on regarde bien, on constate que cette langue recoupe aujourd'hui les trois moyens d'expansion que j’ai cités.

Premièrement, la force.

Héritiers du colonialisme britannique, des descendants d’Anglais ou d’Européens anglicisés sont présents dans un grand nombre de pays, à commencer par la première puissance mondiale.

Ces pays font tous partie des plus développés du globe, et leur répartition géographique fait qu'ils constituent autant de relais locaux pour l'influence de l'anglais (l'Australie et la Nouvelle-Zélande rayonnent sur l'Océanie et l'Asie, les USA et le Canada sur tout le continent américain, l'Afrique du sud sur le cône inférieur de l'Afrique, etc.).

Deuxièmement, le manque à combler.

Deuxième héritage du colonialisme britannique, un grand nombre d’états a adopté l’anglais comme langue officielle, soit pour ne pas trancher entre les langues de communautés rivales (Afrique du sud, Inde) soit parce que c’est avec cette langue qu’ils ont accédé au savoir écrit.

Troisièmement, la domination indirecte (le Soft Power).

Le Royaume-Uni puis les USA ont pris depuis deux siècles le leadership mondial en terme de puissance.

Puissance économique puisque c'est en Angleterre que débuta la Révolution Industrielle et aux USA que naquit la Révolution Informatique, permettant à leur langue commune de devenir un standard de fait, que ce soit sur internet ou jadis pour les techniques et inventions.

Puissance militaire puisque la Royal Navy régna jadis sans partage sur les mers et que l'armée américaine reste aujourd'hui la plus puissante au monde.

Puissance culturelle enfin puisque les courants musicaux qui ont révolutionné la musique populaire du vingtième siècle sont presque tous nés en terre anglo-saxonne, qu'Hollywood, par un savant mélange de talent et de commerce, reste la plus grande fabrique de films du monde, et que l'american way of life a fini par devenir une sorte de norme mondiale, avec ses marques planétaires emblématiques (Coca-Cola, Disney, etc).

Des challengers?

Bien sur, à toutes les époques il y eut des challengers, par exemple l'Allemagne ou la Chine d'un point de vue économique, la France, le Japon ou le Brésil d'un point de vue culturel, l'URSS sur le plan politique.

Mais aucun de ces seconds rôles n'est parvenu à cumuler autant d'atouts en même temps.

Tout cela donne à l'anglais un poids démesuré sur la planète, où cette langue est devenue un standard de fait, qui s'impose dans tous les échanges internationaux, qu'il s'agisse de normes, d'instances politiques, de commerce ou de culture.

On dit que chaque règne a une fin, mais à l'heure actuelle je ne vois pas ce qui pourrait détrôner l'anglais.


Dans le prochain post, je poursuivrai mon étude en me penchant sur ma langue natale, le français.

Langues internationales (2) : Le français

dimanche 24 avril 2011

Scènes de métro (7): Rencontres

Dans le métro, où l’on croise une quantité industrielle de gens qu’on ne revoit souvent jamais, il arrive parfois que l’on fasse des rencontres, que les gens s’abordent pour une raison x ou y.

Cela m’est arrivé quelques fois, et je vais citer ici quelques-unes de ces rencontres, sympathiques, insolites ou étranges. Singulièrement, elles tournaient toutes autour d’un livre ou un magazine.

1. J’étais en train de lire « Le fils du pauvre », une autobiographie de l’écrivain algérien d’expression française Mouloud Ferraoun, dont la carrière s’était tristement achevée sous les balles de l’OAS.

Absorbé, je n’ai pas vu un homme s’approcher de moi et m’interpeller en me disant « comment ça se fait que vous lisez Mouloud Ferraoun ? ». Interloqué, je levais les yeux et tombais sur un maghrébin d'une quarantaine d'années au visage sincèrement ravi.

Un peu désarçonné, je bredouillais en guise de réponse quelques mots sur mon intérêt pour l’Algérie. Il commença alors à me dire « vous savez, c’est un grand, un très grand » avec passion.

Ma correspondance arrivant, j’ai hélas dû le laisser partir sans avoir pu continuer une conversation qui s'annonçait prometteuse. En nous séparant, il m’a chaleureusement dit au revoir avec un sourire triomphant qui faisait plaisir à voir.

2. Un autre matin, j’étais tranquillement en train de lire un livre présentant la Roumanie d’aujourd’hui quand un monsieur de la cinquantaine s’est adressé à moi.

Il s'est présenté comme un professeur qui allait faire sa prochaine rentrée en Roumanie, et ne connaissant pas ce pays et voyant ce que je lisais, il m'a bombardé de questions sur le sujet.

Je me suis fait un plaisir de lui transmettre tout ce que j’en savais (j'étais un peu envieux) puis nous nous sommes quittés.

3. Plus désagréable fut la rencontre suivante. Je lisais le Lonely Planet sur Israël et la Palestine quand un quadragénaire noir (je devinais rapidement qu’il était africain) engagea la conversation avec moi à ce sujet, conversation qui allait bien vite tourner au monologue.

Se présentant comme musulman, il me demanda pourquoi je lisais, puis sans me laisser répondre (heureusement, car j’étais bien embêté !) il commença à soliloquer sur la malédiction lancée par Allah sur les arabes de la région, justifiant presque les actes des israéliens (j’avais déjà entendu cette étrange histoire de malédiction dans la bouche d’un marocain).

Je ne savais pas trop quoi répondre pour m’en sortir, et fus fort heureusement sauvé par le gong quand arriva ma station.

4. La rencontre suivante fut de mon fait. J’étais en train de lire l’émouvant livre « Mon bel oranger » quand je m’aperçus qu’une femme cherchait sans discrétion à voir mon livre par dessus mon épaule.

Je me tournai alors vers elle et le lui montrai franchement, lui demandant cordialement si cela l’intéressait.

Très gênée, elle me dit rapidement qu’elle avait lu ce livre il y avait longtemps et qu’il l’avait elle aussi beaucoup touchée.

Toutefois, elle rentra bien vite dans sa coquille et la conversation tourna court.

5. La rencontre suivante fut provoquée par ma curiosité.

J’étais debout dans l’allée quand mon regard tomba sur un article qui avait l’air passionnant. Malgré tous mes efforts, je n’arrivai pas à déterminer quel était le magazine dans lequel il était écrit.

A la fin, je pris mon courage à deux mains et le demandais à la lectrice, une jeune maghrébine. Visiblement très surprise de ma requête elle me dit qu’il s’agissait de Tel Quel. Tout aussi gênée qu’elle, je la remerciais et nous en restâmes là.

6. La dernière rencontre n’est par contre liée à aucun livre.

Je me trouvais avec ma famille dans un RER quand j’avisais un homme au visage un peu triste qui me regardait. J’essayais de ne pas en faire de cas, mais je m’aperçus qu’il insistait vraiment. Embêté, je pris le parti de l’ignorer tout en le surveillant du coin de l’œil.

Au bout de quelques stations, il se leva pour descendre, mais avant s’approcha de moi. Je me demandais ce qu’il voulait quand il me dit qu’il avait rarement vu un fils ressembler autant à son père que le mien (!). Je m’attendais à tout sauf à ça…

Ces quelques exemples personnels illustrent le fait qu'il est finalement assez facile d'entrer en conversation, vu le panel de possibilités qu'offre la RATP.

samedi 23 avril 2011

Livres (24): American psycho et le fascinant Pat Bateman

Mon post du jour aura trait à un livre, et plus précisément à son personnage principal, l'une de ces créatures littéraires qui vous restent en tête longtemps après avoir refermé le livre. Il s’agit de Pat Bateman, le héros du roman American psycho de Bret Easton Ellis.

Patrick Bateman est l’archétype du « yuppie » des années 80. Beau, jeune, riche et fils de riche, diplômé de Harvard, il travaille à Wall Street dans l’entreprise de son père.

Comme tous les gens qu’il fréquente, il est obsédé par le paraître, les vêtements, les marques, les endroits où il faut être, par son look, son corps, par les dernières innovations technologiques, etc.

Ellis rend cet aspect de façon incroyable, en faisant parler Bateman.

A chaque fois que celui-ci évoque quelqu’un, il décrit la façon dont il est habillé dans les moindres détails, en citant chaque marque.

A chaque fois qu'il va en discothèque ou dans un restaurant branché (forcément branché), il détaille exactement ce que commande chacun (nom du cocktail ou du plat, etc).

A chaque entrée dans un appartement ou une maison, il en détaille l’installation, avec la marque de chaque meuble, chaque équipement, etc.

Toutes les conversations entre Bateman et ses proches tournent autour de cela, celui qui aura la dernière nouveauté, qui sera allé dans l’endroit le plus « in », qui aura décroché le portefeuille d'actions le plus important.

Deux scènes illustrant cet aspect m’ont particulièrement marqué.

La première scène est la description du lever du héros.


Il y énumère successivement tous les produits de beauté modernes, chers et de marque qu’il utilise pour sa toilette (masque supprimant la fatigue, fil dentaire, après-shampoing, etc.), tous les appareils sophistiqués qu’il a à sa disposition (balance, machine de sport...) ainsi que le petit déjeuner élaboré et cher qu’il prend.

Le sérieux et le naturel avec lequel il en parle est confondant et donne une impression surréaliste. On sent par ailleurs que le coût des objets, aliments et produits est plus important que leur valeur intrinsèque, qu'en quelque sorte c'est cher et rare donc bien. On a l'impression d'une croyance, d'un dogme à suivre.

La deuxième scène se passe dans un restaurant, où Bateman sort avec fierté sa carte de visite, au design impeccable et aux matières étudiées.


Un de ses amis/collègues sort également la sienne, et lorsqu'il s'avère qu'elle est encore plus luxueuse et belle, Bateman est alors littéralement décomposé par la jalousie et perd tous ses moyens.

La succession de ces scènes, auxquelles s’ajoutent celles où la bande du héros se moque rituellement des nombreux clochards et mendiants qu'ils croisent en leur agitant des billets sous le nez (nous sommes dans le sordide New York des années 80, rongé par la pauvreté et la crise), donne un profond sentiment d’écœurement.

Ce qui rend toutefois Bateman vraiment singulier c'est qu'en dehors de cet espèce de conformisme consumériste et élitiste il est également un serial killer, qui tue, torture et viole à plaisir, profitant de son statut social pour assouvir ses pulsions avec passion et mépris pour ses victimes.

Cet aspect du personnage n'apparaît que progressivement, de petits indices s’enchaînant jusqu’à la première scène de meurtre, à la fin du premier tiers du livre.

Ensuite, puis plus on avance et plus les scènes sont explicites et nombreuses, de plus en plus cruelles. On a l'impression d'un irrésistible crescendo dans la folie meurtrière.

Au final, le personnage est complexe. Il jouit réellement de sa cruauté, il se sent légitime, mais se plaint également quand les choses ne tournent pas de la façon qu’il souhaite ou quand il n’obtient pas ce à quoi il estime avoir droit.

Il est alors paniqué et/ou plein d’une sincère pitié pour lui-même. On le voit également perdre ses moyens pour des choses stupides comme l'histoire de carte de visite dont je parle plus haut, ou lorsqu’il pense qu'on peut le prendre pour un homosexuel.

Par ailleurs, il possède également une forme d’humour moqueur, et l’on se retrouve à sourire malgré soi devant certaines plaisanteries horribles et alambiquées qu’il met en œuvre.

Par exemple, dans une scène mémorable il fait manger à sa copine (une fille bête et consumériste qu’il méprise mais utilise souvent comme alibi) un pain de désinfectant pour toilette imbibé d’urine, qu'il a volé dans un urinoir, enveloppé de chocolat puis servi dans l’emballage d’un pâtissier à la mode, poussant le vice jusqu’à s’assurer que le verre de sa victime était vide, de façon à prolonger au maximum le supplice.

Afin de provoquer, il joue également à l’homme de gauche pour choquer ses collègues, alors qu’il est lui-même raciste, machiste et homophobe.

American Psycho, à travers l’histoire de ce personnage hors du commun, imbuvable, immoral, cruel et jouisseur, qui abuse d’une position élevée dont il a hérité et qui n’est pas puni à la fin, est un livre marquant.

Il sonne comme une critique du monde consumériste et inégalitaire des années Reagan, qui n'est finalement pas si loin de celui d’aujourd’hui.

En tous les cas, l’haïssable Pat Bateman est longtemps resté dans ma tête...


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jeudi 21 avril 2011

Effets secondaires

Bien souvent, on a une vision assez volontaire de l'histoire.

Généralement, on imagine les faits de la façon suivante : un jour un personnage historique entreprend ou découvre telle chose, et cette action entraîne telle ou telle autre action ou événement, et ainsi de suite. C'est clair, logique, bien défini et ça s’enchaîne « naturellement ».

Et bien dans ce post je vais m'intéresser aux « effets secondaires » de l'histoire, c'est-à-dire aux conséquences annexes et imprévues de certains événements historiques.

Ces conséquences ne sont pas forcément souhaitées par les acteurs principaux, elles sont souvent méconnues du grand public, mais pourtant elles peuvent générer un héritage important ou avoir des conséquences majeures.

En voici quelques exemples.
 
- Les routes indiennes
 
Lorsqu’on parle de la conquête de l’Amérique, on pense aux cow-boys arrivant lors de la seconde partie du vingtième siècle sur des terres indiennes inviolées. En fait il n’en est rien.

En effet, bien avant l’arrivée physique de colons à l’intérieur des États-Unis, le mode de vie et les équilibres entre les peuples et les tribus indiennes de cette région avaient été profondément modifiés par l'installation des européens dans le nouveau monde.

Les premiers d'entre eux furent les Espagnols, dont les colons se diffusèrent en Amérique centrale où ils introduisirent une véritable révolution pour le monde indigène : les chevaux.

Ces animaux, inconnus sur le continent, firent souche et se répandirent dans la plaine, très vite adoptés par des indiens qui comprirent rapidement le parti qu’ils pouvaient en tirer.

Les tribus qui les premières maîtrisèrent le cheval obtinrent un net avantage sur les autres. S’ensuivit alors une série de guerres le long d’une route des chevaux qui s’étendit peu à peu vers le nord du continent, alimentée tant par le commerce que par les vols et l'expansion naturelle des chevaux redevenus sauvages.

Parallèlement, Suédois, Hollandais, et surtout Français et Anglais fondaient des établissements sur la côte atlantique nord, où ils commerçaient eux aussi avec les indiens. Là-bas, contrairement à l’Amérique espagnole où la vente de fusils aux indigènes était interdite, les indiens purent se procurer des armes à feu.

Et là encore, les tribus qui s’équipèrent les premières obtinrent un net avantage sur leurs voisines plus enclavées, et une série de guerres redistribua les territoires et les suprématies.

Petit à petit, route des chevaux et route des fusils s’étendirent à l'ensemble du continent et se croisèrent.

Des circuits commerciaux se mirent en place, où se vendaient et s'échangeaient, en plus d'armes et chevaux, des innovations techniques venues des blancs, sous la forme de produits manufacturés tels que les marmites en métal.

Ainsi la colonisation américaine, qui dompta en moins d’un siècle les plaines du centre des Etats-Unis, eut lieu sur un territoire déjà profondément transformé.

- Le contrôle de la route des esclaves en Afrique noire

On rencontre une évolution similaire dans l’Afrique précoloniale.

Longtemps avant les européens, le monde arabe se fournissait en esclaves en Afrique noire.

Les touaregs et autres nomades du Sahara fournissaient l’Afrique du nord, et de multiples comptoirs sur la cote est du continent, dont Zanzibar est l'exemple le plus abouti, approvisionnaient les pays du Golfe et l'Asie.

Vint ensuite le temps des comptoirs européens, fondés par les puissances coloniales européennes pour s’approvisionner en "bois d’ébène" auprès d’intermédiaires africains. Les premiers à s'installer furent les Portugais, que suivirent Espagnols, Français, Anglais, etc.

Contre leurs cargaisons d'esclaves, ils échangeaient auprès des potentats locaux des produits européens, notamment des armes. Ces produits assuraient richesse, prestige et pouvoir aux marchands d’esclaves africains, et le contrôle des routes esclavagistes devint vite un enjeu pour les pouvoirs locaux.

Ainsi, là encore eut lieu une longue série de guerres où les adversaires avaient pour but de tenir ces routes et, partant, le lucratif commerce des esclaves, tant avec l’orient qu’avec l’occident, et cela bien avant que le premier colon européen se soit aventuré à l’intérieur du continent.

- Mfecane et grand trek boer

Toujours sur le continent africain, au dix-neuvième siècle apparut la puissance zouloue. Réunis autour de leur roi en une société militarisée et expansionniste, les zoulous entreprirent une œuvre de conquête sans précédent.

Leurs raids entraînèrent ce qu’on appelle le « mfecane », qui désigne un changement radical de l’occupation des territoires dans la région.

En effet, un peu comme l’arrivée des huns avait poussé les peuples germaniques à quitter leurs terres pour franchir le limes romain, l'irrésistible poussée zouloue détruisit quantité de villages et poussa un grand nombre de peuples à fuir, disloquant clans et tribus et vidant certaines régions de leurs habitants.

Au même moment, dans la colonie du Cap passée sous domination britannique, les descendants des premiers colons hollandais, refusant les lois de Londres, avaient décidé de fuir vers le nord pour fonder leur propre état et y vivre selon leurs lois.

C’est cette migration massive, événement fondateur de l’identité afrikaner, que l’on appelle « Le grand trek ».

Les deux événements coïncidant, les voortrekkers arrivèrent dans des terres bouleversées et à demi vidées de leurs habitants par les guerres zouloues, ce qui facilita leur installation.

Nul ne peut dire ce qui se serait passé s’ils avaient tenté l’invasion avant le mfecane, mais il est probable qu’elle aurait été beaucoup plus dure.

- Influence de la fin des guerres révolutionnaires sur l’Afrique

La période initiée par la Révolution française de 1789 et terminée par la chute de l’empire napoléonien en 1815 vit une Europe constamment en guerre. Pendant ces presque trente ans, les industries militaires furent florissantes, et des milliers d’armes furent fabriquées.

Et lorsque après le congrès de Vienne la paix fut revenue, une grande partie de ces armes perdit son utilité, d’autant plus que des progrès technologiques en avaient rendu un grand nombre obsolète.

Des trafiquants décidèrent alors de les écouler, et c’est ici que l’Afrique devint un grand marché pour ces fusils, que des factions diverses achetaient pour asseoir leur pouvoir.

L’histoire d’Arthur Rimbaud allant vendre des armes en Abyssinie est un exemple connu de cette époque et de cet effet collatéral de la révolution.

- Napoléon et le Brésil
 
Toujours au sujet de l’Empereur des Français, un des effets inattendus de sa boulimie de conquête fut la naissance du Brésil moderne.

En effet, lorsque les armées impériales envahirent le Portugal, punissant le royaume de ne pas pleinement participer au blocus de l’Angleterre ordonné par Napoléon, l’ensemble de la cour et de l’administration furent évacués de Lisbonne et installés au Brésil, dont la capitale, Rio de Janeiro, devint temporairement celle du Portugal.

A la chute de Bonaparte, le fils du roi portugais resta au Brésil dont il proclama l’indépendance et dont il se fit déclarer empereur, avant d’abdiquer au profit de son fils, lequel fut renversé quand le pays devint une république.

Néanmoins, ce déplacement du centre de gravité du Portugal vers sa colonie lui donna une impulsion dont les historiens disent qu’elle est l’une des causes majeures qui permit au Brésil d’éviter d’être morcelé en une mosaïques de pays comme le fut l’empire espagnol.

- Musiques voyageuses

Ces quelques exemples d’effet domino ont trait à la politique et à la guerre. Mais cela peut également concerner d’autres plans, comme la culture. Pour illustrer ce propos, je vais parler ici de la musique.

- la musique populaire algérienne puise ses racines dans la musique arabo-andalouse, un peu dans la variété française mais aussi dans le jazz anglo-saxon, apporté dans le pays lors de la seconde guerre mondiale, quand les américains eurent débarqué dans la colonie française où ils restèrent de 1942 jusqu'à la libération, suffisamment pour marquer la musique du pays.

- en Amérique latine, lorsque des pressions de plus en plus fortes furent exercées pour l'ouverture à la colonisation des colonies jésuites, les reduciones, ces derniers, afin de convaincre les souverains du bien fondé de leur action, se mirent à enseigner la musique aux indiens dont ils avaient la charge, escomptant que la beauté des chorales indigènes serait un argument en leur faveur.

Ils n'obtinrent pas gain de cause, mais la trace de leur action persista, et une tradition de musique baroque latino-américaine est encore vivace de nos jours dans ces régions.

- enfin, à Hawaï, avant l'annexion américaine, les derniers monarques avaient recruté des musiciens allemands prêtés par le kaiser.

Ceux-ci, tout en recensant et imprimant le patrimoine musical indigène, composèrent des hymnes et introduisirent la musique européenne dans le royaume, où ils fondèrent un orchestre royal qui existe toujours aujourd'hui.