lundi 23 mai 2016

Auteurs (7): Hermann

J'ai découvert les bédés du Belge Hermann Huppen (qui signe ses oeuvres de son seul prénom) par hasard, à l'époque où je lisais de la BD au kilomètre en tapant au hasard dans ce que je trouvais dans les médiathèques.

Le premier album que j'ai lu était le tome 2 de Jérémiah, Du sable plein les dents. Je ne sais plus pourquoi je l'avais pris, mais ce n'était certainement pas pour le graphisme, les trognes des héros ne m'attirant pas plus que ça.

Néanmoins, l'histoire me fit d'entrée de jeu une forte impression, suite à laquelle je lus petit à petit tous les autres tomes disponibles de cette série, dont je devins fan.

A la même époque, je tombais sur une autre de ses séries, Les tours de Bois-Maury, qui me conquit également.

Depuis, je suis de loin en loin ce que fait cet auteur/dessinateur, dont je lis aussi les one-shot avec plaisir. Je vais ici présenter ce que j'aime de lui.

Jérémiah

L'histoire de Jérémiah se déroule aux USA, dans un futur proche.

La première planche du premier album suggère qu'une guerre civile raciale opposant des noirs devenus aussi nombreux que les blancs a ravagé le pays et qu'elle s'est terminée par une catastrophe nucléaire.

Par la suite, ces événements, appelés "La grande lessive" par les gens, ne sont jamais totalement expliqués, même si quelques fois on revient sur tel ou tel détail.

On sait notamment que les Amérindiens se sont réunis pour créer un territoire devenu inviolable et suscitant tous les fantasmes.

Dans Simon est de retour, on apprend aussi que New York existe toujours...mais jamais plus. Hermann laisse ce point volontairement flou, sans doute pour se donner plus de latitude, pour laisser une plus grande part à l'imagination du lecteur.

Au début de la série, le monde est âpre, violent, quasi moyenâgeux. Des communautés vivotent dans des villes ou des villages faits de bric et de broc sur des ruines, les chevaux sont redevenus le moyen de locomotion par excellence et le monde est plein d'errants.

Jérémiah, dont on ne connait pas le nom de famille, est un adolescent naïf élevé dans le village fortifié de Bends Hatch par sa tante et par un oncle par alliance qui le déteste.

Une nuit, il se retrouve bloqué par un concours de circonstances en pleine nature, et c'est ce qui va lui sauver la vie.

En effet, des pillards viennent attaquer le village, dont ils tuent ou emmènent en esclavage tous les habitants.

Paniqué et désorienté, le jeune homme va finalement se retrouver pris en charge par Kurdy Malloy, un errant roublard et sans scrupules venu faire le charognard dans les ruines de Bends Hatch.

Kurdy est un vrai voyou, anarchiste, violent, cupide, individualiste et cruel, mais une amitié va s'instaurer entre les deux hommes, qui erreront ensemble dans cette Amérique redevenue sauvage.

Chaque aventure est basée sur cette errance. Les deux hommes arrivent dans un nouvel endroit, y cherchent du travail et y trouvent une situation donnée, qu'ils subissent ou dans laquelle ils interviennent.

Très souvent il s'agit d'un potentat local qui abuse de sa position. On croise aussi des sectes, des pédophiles, des trafiquants de drogue, des politiciens véreux prêts à tout, des gangs, des savants fous...parfois on va sur des terrains plus fantastiques avec des extraterrestres et des monstres non identifiés.

On voit évoluer le caractère de Jérémiah au fur et à mesure des épisodes. Il grandit, devient moins naïf, plus cynique, plus dur, tout en gardant une droiture et un côté redresseur de torts qui le rendent sympathique.

Il s'avère aussi que c'est un cogneur de premier ordre et qu'il plait énormément aux femmes. Pendant quelques épisodes, il vit une histoire d'amour puis la perd et en a le cœur brisé. Kurdy semble la cause de cette rupture, mais on comprend qu'en fait il y a aussi le goût de l'aventure.

Kurdy, lui, ne bouge pas, mais on devine parfois une humanité qu'il cache sous sa carapace de dur.

Tireur hors pair, que ce soit à l'arc ou à l'arme à feu, il est toujours prêt à se battre, à se lancer dans un coup fourré qui lui rapportera de l'argent et ne résiste pas à un bon mot, sa grande gueule lui valant des ennuis plus qu'à son tour.

Son point faible est l'attachement qu'il porte à sa mule Esra, qu'il devra troquer la mort dans l'âme contre une moto.

Ce personnage à l'allure particulière, avec ses plaques militaires et son casque flanqué d'une plume, sa longue veste sans manches, ses bottes à lacets et sa tresse, apporte parfois une touche comique aux histoires.

Car celles-ci sont assez sombres. Les gens sont racistes, lâches et vénaux, si un tyran tombe, il est remplacé, les flics manipulent sans remord et ce sont toujours les petits qui trinquent.

Des personnages secondaires font des apparitions régulières, à commencer par Martha, la tante de Jérémiah, une femme dure et puritaine qui cherche sans cesse à séparer les deux compères et qui dirige d'une main de fer sa bonne pâte de nouveau mari.

Il y a aussi Stonebridge, un voyou malchanceux qui est un peu le double de Kurdy, et Léna, l'amour compliqué de Jérémiah.

Régulièrement, les deux héros reviennent dans la ville de Langton, qu'on voit se transformer au cours des albums, des maisons en dur remplaçant les bidonvilles, à l'image d'une Amérique qui se reconstruit.

On croise aussi souvent la Milice, espèce d'organisation militaro-policière inter-étatique.

Avec Jérémiah, Hermann a créé un univers peu cadré, idéal pour enchaîner des aventures picaresques et originales à chaque album, même si je trouve qu'il a fini par se répéter.

Les tours de Bois-Maury

Cette deuxième série, que j'ai particulièrement aimée, fonctionne un peu sur le même modèle, mais elle se passe au Moyen Age. On y suit le chemin d'Aymar de Bois-Maury, un chevalier qui à l'âge de huit ans perdit son fief, conquis par un rival du voisinage.

Depuis cette époque il n'a de cesse de trouver les moyens de reconquérir son bien.

Flanqué de son écuyer Olivier, il erre dans toute l'Europe, visitant les châteaux amis, participant aux tournois et vendant ses services quand il le peut, par exemple pour escorter des pèlerins.

Comme pour Jérémiah, les pérégrinations des deux héros permettent à Hermann de brosser un portrait du monde de l'époque, peignant un Moyen Age dur, injuste et violent avec un grand talent.

La société d'ordres y est décrite sans fard, à commencer par la relation entre Aymar et Olivier, qui ne passe jamais le cap de la véritable amitié, surtout du fait du chevalier, qui considère le dévouement sans faille de son écuyer comme un simple dû.

Au sein de la noblesse dont il est membre, l'honneur n'est pas négociable, et les duels sont fréquents, entraînant des moments dramatiques.

La religion, omniprésente, est également convoquée, l'ignorance (comme le jugement dit de Dieu) et le fanatisme étant soulignés sous toutes leurs formes.

Hermann cite notamment l'épisode peu glorieux du pillage des églises orthodoxes d'Europe centrale par les pèlerins catholiques partis en Palestine. Il évoque aussi le sort des derniers païens scandinaves.

De nombreux personnages secondaires peuplent et colorent le cycle. Il y a le détestable Reinhardt, un croisé prétentieux et imbu de son rang, une troupe de baladins voleurs habiles et retors, Hendrik, un chevalier errant aussi dénué de scrupules qu'Aymar est noble, ou encore Germain, le maçon malheureux devenu bandit.

La série se clôt magistralement sur un dixième tome émouvant et tragique.

Plus tard, Hermann a créé avec son fils Yves H., lui-même scénariste de BD, une suite qui met en scène les descendants d'Aymar, mais je n'ai pas tellement accroché.

One shots

Outre ces deux cycles phare, j'ai lu plusieurs one shots d'Hermann, parfois créés en collaboration avec d'autres scénaristes.

En voici trois que j'ai particulièrement aimés:

- On a tué Wild Bill, un western magnifique sur un pied-tendre découvrant la rude vie de l'ouest.

- Lune de guerre, au scénario signé par un autre poids lourd, Jean Van Hamme, qui raconte comment le mariage du fils d'un infect potentat de province dégénère complètement. J'aime beaucoup ce livre atroce.

- Une nuit de pleine Lune, scénarisée par son fils, qui narre l'histoire d'une bande de petits voyous qui tombent sur un os en tentant de racketter un couple de riches vieillards.

Je connais peu ses oeuvres de jeunesse, mais il a collaboré avec beaucoup de grands (notamment Michel Greg).

Style et thématiques

Le dessin d'Hermann est nerveux et précis, et ses couleurs ont évolué au cours du temps. Ses personnages ne sont pas beaux, dans le sens où il ne cherche pas à les faire ressembler à des super héros ni à les esthétiser, au contraire même.

C'est également vrai pour leurs caractères: ils sont le plus souvent ambivalents et ni noirs ni blancs.

Cela en augmente le réalisme, et naturaliste est un adjectif qui me vient à l'esprit. 

Dans ses livres, Hermann fait aussi montre d'un pessimisme certain sur la nature humaine, dont il semble qu'il y ait bien peu à racheter à ses yeux. Cette espèce de misanthropie un peu ironique me rappelle quelques fois Patricia Highsmith.

A plusieurs reprises, et notamment dans Jérémiah, on le sent aussi partisan de la manière forte, avec un côté un peu Un justicier dans la ville, qui trouve l'indulgence hors de propos. On sent qu'il a également une dent contre les religieux et les sectes, et l'embrigadement en général.

Enfin ses bédés ont souvent un côté drôle, avec des réparties savoureuses et une utilisation fine du comique de situation.

Aujourd'hui proche de 80 ans, Hermann est reconnu comme un auteur majeur tant par les amateurs que par la profession, puisqu'il a obtenu le grand prix du festival d'Angoulême en 2016.

vendredi 20 mai 2016

Livres (18): Il est de retour - L'icône Hitler

Comme je l'expliquais dans un vieux post, dans notre Occident déchristianisé Adolf Hitler a remplacé le Diable, et le nazisme a pris le rôle du mal absolu.

En effet, même si c'est un peu en train de s'atténuer (ici comme ailleurs, la roue tourne), l'ex-Führer reste pour pour une majorité de citoyens de l'Ouest le repoussoir par excellence.

Il est le contre-modèle, celui devant lequel toute rationalité disparaît, celui que l'on doit conjurer à grands cris et de la manière la plus démonstrative possible (à une autre époque, on se serait signé ou on aurait sonné le tocsin).

Cette diabolisation a bien sûr des racines historiques, liées aux côtés monstrueux bien spécifiques de l'ère nazie.

Bien sur, la folie sanguinaire et conquérante du petit moustachu n'a rien eu d'originale. Rappelons-nous Tamerlan, Napoléon, Shaka Zulu ou tout simplement son contemporain et challenger Staline.

Bien sur aussi, les génocides qu'il a orchestrés n'ont été ni les premiers ni les derniers: Amérindiens, Arméniens (justement Hitler aurait concrétisé la solution finale en se basant sur l'absence de réaction face aux massacres des Turcs), Tutsis, etc, la liste est hélas longue.

Néanmoins, son régime constitua une sorte de paroxysme.

En effet, si le cynisme et les rapports de force sont de règle au niveau diplomatique, le nazisme les a employés avec une férocité confondante, décidant tout simplement quels peuples et personnes méritaient ou non de vivre.

En réalité, ils considéraient la force comme le seul argument valable et ils poussèrent cette idée vieille comme le monde aussi loin qu'il était possible de l'imaginer.

Le fait que ce soit en Allemagne que le nazisme apparut et se développa fut également inattendu, voire inexplicable, ajoutant à l'effroyable.

Depuis la fin du dix-neuvième siècle, ce pays était tout de même la première puissance industrielle, technique et démographique de l'Europe.

On comparait la modernité de Berlin aux villes américaines, et la capitale était le centre d'une activité intellectuelle foisonnante.

La culture allemande rayonnait et chacun reconnaissait à ce peuple un génie propre.

Et c'est ce génie qu'Hitler réussit à mobiliser. La sophistication, l'efficacité et la rationalité qui caractérisent la civilisation allemande furent mises toutes entières au service de son projet monstrueux et irrationnel.

C'est le spectacle de cette irrationalité prenant légalement les rênes d'un pays au sommet du développement et le conduisant méthodiquement vers le gouffre qui est si dérangeant.

Je crois que si ce régime jusqu'au boutiste, violent et nihiliste a imprimé une marque tellement profonde au continent, c'est parce qu'en fait il souligne que les instincts les plus sombres peuvent prendre le dessus au sein d'un pays, au sein de n'importe quel pays, y compris des plus avancés.

Tout cela, avec bien sûr le fait qu'il fut le perdant de la Seconde Guerre Mondiale, transforma peu à peu l'ex-chancelier en un monstre abominable, une entité maléfique devant laquelle la seule réaction envisageable est la violence purificatrice, cette vision déteignant sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à l'extrême droite.

Et ainsi, le Führer a peu à peu quitté l'Histoire pour devenir une sorte d'icône, un personnage de légende, un Croquemitaine des temps modernes.

Plus de 70 ans après sa mort, il conserve une aura qu'il n'avait peut-être même pas eue de son vivant.

Et il n'a jamais été aussi présent. On peut tomber sur un point Godwin dans n'importe quelle discussion un peu animée, et certains sont si obsédés par la résurgence du nazisme qu'ils le voient partout.

L'histoire de la lessive Ariel rebaptisée à cause du chiffre 88 en est un exemple particulièrement impressionnant.

Le personnage d'Hitler, sa silhouette, ses manies et ses tics sont devenus des archétypes connus de tous, et il est aussi le héros d'un nombre astronomique de fictions.

J'ai d'ailleurs lu quelque part que sa victoire ou sa fuite à l'étranger constituent le premier sujet d'uchronie de la planète.

Les livres Fatherland de Robert Harris et Le maître du haut château de Philip K. Dick, décrivent un monde où le nazisme a gagné.

La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmidt imagine son destin s'il avait été pris aux Beaux-Arts.

Dans Le dragon de Cracovie, Frédéric Dard lui donne un petit-fils.

Et je ne parle pas des références au dictateur que l'on peut trouver dans le cycle de Dune (je me souviens d'en avoir été déçu), ou dans des séries comme V.

Mais le livre dont je vais parler aujourd'hui, Il est de retour, est sans doute le plus étonnant.

Son auteur, le germano-hongrois Timur Vernes, imagine en effet que le Führer se réveille un beau jour dans un terrain vague du Berlin de 2011.

Et bien à rebours de ce qu'on pourrait imaginer, ce postulat un peu bizarre fonctionne.

Rapidement Hitler réalise qu'il est en 2011, ce qui le plonge tout d'abord dans la stupeur et l'incrédulité. Mais bien vite, passé le premier abattement, il fait front et commence à essayer d'accepter la situation et de s'y adapter.

Au début il ne comprend évidemment rien au monde qui l'entoure, ce qui entraîne des situations cocasses, voire hilarantes. La plupart des gens le prennent pour un énième sosie, un provocateur, un comique, et les quiproquos s’enchaînent.

Mais son aplomb, la force de ses convictions -qui n'ont pas bougé d'un iota- et le mélange de culot, de rouerie et d'opportunisme qui lui valurent son ascension dans les années 30 lui permettent de naviguer dans cet étrange 21ième siècle et d'y trouver une place.

Je ne vais dévoiler ni la fin ni l'intrigue, mais ce livre m'a tenu jusqu'au bout.

A chaque chapitre je me disais que c'était trop énorme, que c'était pas possible, que ça allait s'enliser, mais en fait non. Vermes a réussi à faire un livre qui, s'il est invraisemblable par bien des aspects, n'en tient pas moins la route.

Entendre parler Hitler, le voir agir et entrer quelque sorte dans sa tête est une curieuse expérience. Le personnage décrit là est en fait très humain, pas caricatural comme d'habitude, et on se prend à le trouver plus d'une fois sympathique, voire à admirer ses capacités de résilience et d'adaptation.

C'est évidemment gênant et désagréable, même si c'est relativement logique puisque le Führer était également un homme.

Il est de retour n'est cependant ni révisionniste ni complaisant et le nazisme n'y est pas décrit avec sympathie ou indulgence (ce serait d'ailleurs curieux vu que l'auteur a des origines juives).

En revanche, les media en prennent pour leur grade, la classe politique et le système également.

Certaines des remarques d'Hitler semblent du bon sens (ce qui gêne aussi) et l'on a également l'impression de voir une nouvelle version de ce qui séduisit les masses allemandes dans les années 30.

Celles-ci ont d'ailleurs fait un triomphe à ce livre, malgré les nombreuses critiques et polémiques que sa sortie occasionna. Un film en a même été tiré.

Au final, je garde une impression étrange de cette histoire.

Au fond, quel rapport ont vraiment les Allemands avec cet épisode qu'on n'en finit pas de leur rappeler et qui a conditionné toute leur politique depuis plus de soixante ans?

Peut-être que l'ouvrage de Vermes est une espèce de catharsis, qu'il libère quelque chose, comme Trump peut le faire aux US ou Zemmour chez nous?

Je ne sais pas quel est le propos exact de Vermes, mais je sais que j'ai beaucoup ri et jubilé en le lisant, que je me suis senti aussi un peu mal à l'aise et que j'ai passé un bon moment.

Apartheid, hijra et mixité sociale

La vague d'attentats islamistes que connait l'Europe est la confirmation d'un sérieux problème social et d'une importante fracture entre les populations.

La cause identifiée par tous et répétée jusqu'à plus soif, y compris jusqu'au plus haut niveau puisque notre premier ministre n'a pas craint de parler d'apartheid social, c'est qu'il n'y aurait pas assez de mixité sociale, un mot qui veut en réalité dire mixité ethnique.

Ainsi, on dénonce inlassablement le fait que les immigrés de culture musulmane seraient sciemment maintenus dans des ghettos à l'écart du reste de la population et de sa prospérité supposée.

Et donc en conséquence, pour corriger le problème et rendre la société solidaire et apaisée, il suffirait de disséminer les populations immigrées, et en premier lieu les musulmanes, au milieu de la population autochtone: l'intégration se ferait alors naturellement et harmonieusement.

Pour mettre cela en œuvre, rien de plus simple: on force les Européens à laisser racisme et préjugés au vestiaire, et on met en place cette diversité tant vantée à grands coups de HLM savamment implantés au cœur des quartiers dits bourgeois.

Soit.

Mais à mon avis, ça ne peut que foirer.

En effet, on oublie la moitié de l'équation, parce que pour qu'une rencontre ait lieu, il faut en effet être deux.

Que les autochtones n'aient pas forcément envie de se mélanger, c'est généralement assez vrai. La peur de l'étranger et le rêve d'entre-soi sont aussi vieux que les villages (rappelons-nous Brassens).

Mais qu'en est-il des fameux "ghettoïsés"? S'est-on demandé s'ils ont envie de ce mélange et s'ils considèrent ladite mixité comme bénéfique et souhaitable?

La réponse n'est rien moins qu'évidente.

L'obsession croissante du halal dans tous les domaines de la vie (vêtements, nourriture, enseignement, mixité) ou la persistance du choix du conjoint au bled (rappelons que le mariage est la première cause d'immigration en France) semblent bien indiquer qu'un pourcentage non négligeable ne tient pas tant que ça au fameux brassage refondateur.

La part prépondérante du vote Ennahda chez les franco-Tunisiens pour les premières élections post-Ben Ali va également dans ce sens.

Rappelons que leur programme ressemble plus à une version maghrébine de celui de Philippe de Villiers -pas franchement pro-mélange donc- qu'à un tract de Touche pas à mon pote.

Dans le livre Passions françaises que l'islamologue Gilles Kepel a consacré à l'irruption de la jeunesse musulmane sur la place publique hexagonale, on trouve d'autres exemples significatifs.

Le premier est à Marseille, la ville maghrébine par excellence, dont une part notable des musulmans boycotte le 14 juillet et ses feux d'artifices, car cette fête gratuite est haram, ou du moins pas fréquentable.

Le second est à Roubaix, ville ouvrière qui a digéré des millions de migrants au cours du temps, mais dont la majorité des musulmans, pourtant extrêmement nombreux, ne met jamais les pieds dans l'un de ces estaminets où se sont retrouvées, et mélangées, toutes les vagues précédentes.

On peut être également frappé par la surreprésentation des musulmans dans les parents faisant la grève de l'école contre la théorie du genre, plus suivi dans les ZEP que dans le reste des établissements. D'ailleurs un des leaders du mouvement était la militante Farida Belghoul.

Enfin, à mon modeste niveau, j'ai constaté dans les cours d'école de mes enfants que le voile était un séparateur bien plus fort que la couleur ou l'origine entre les groupes de parents.

Donc les musulmans ghettoïsés souhaitent-ils unanimement le mélange tellement prôné? J'en doute.

Si bien sur ils veulent tous légitimement la même aisance matérielle que les autres Français, beaucoup ne semblent pas pour autant vouloir s'assimiler ou même simplement vivre avec nous, préférant plutôt un environnement respectant leurs traditions, voire leurs lois.

Qu'on le veuille ou non, il y a donc bel et bien parmi les immigrés musulmans un souhait de préserver une identité, qui peut dériver vers le suivi de la version sclérosée de l'islam en vogue dans tant de pays.

Encore une fois il ne s'agit évidemment pas d'imaginer un bloc uni derrière une position ferme et définitive. C'est plus compliqué, plus gradué et plus confus, avec d'importantes contradictions.

Par exemple, les femmes qui portent le voile et le burqini par pudeur et discrétion sont en réalité bien plus voyantes sous nos cieux que celles qui s'habillent sobrement mais à l'européenne.

On a encore le cas de ces mères marocaines voilées qui réclament des "petits blancs" dans leur école de Montpellier pour que leurs enfants aient toutes leurs chances.

Cette histoire-là a un côté tragique, car ces dames ne voient pas le lien entre leur mode de vie et leurs valeurs religieuses et la fuite des blancs en question.

Car les blancs fuient. Depuis longtemps, ils développent des stratégies pour garder des enclaves où ils restent la majorité et la norme. Michèle Tribalat et Christophe Guilluy, pour ne citer qu'eux, ont analysé ce white flight à la française.

Bien plus que le racisme ou les préjugés, sa motivation majeure est l'envie de préserver un mode de vie, essentiellement de ne pas devoir composer ou redéfinir la place de la femme et de la religion.

Ce n'est en fait que le miroir de ceux qui veulent importer les règles qui ont cours dans leurs sociétés d'origine. Ni les uns ni les autres ne veulent de cette mixité, qu'on tente néanmoins d'imposer par le haut et qui dans ce contexte aura bien du mal à fonctionner.

D'ailleurs on voit que dans tous les pays et tous les contextes, les communautés ont tendance à se (re)constituer des espaces à elles et que la cohabitation autoritaire, outre qu'elle n'est guère démocratique, génère toujours des conflits ou des replis.

Un autre phénomène souligne bien l'idée que le rejet est partagé: la vogue de la hijra.

Ce terme désigne le départ pour un pays musulman, plus proche de la société halal parfaite que fantasment les musulmans les plus engagés, qu'il s'agisse d'un état du Golfe (l'immigration là-bas aboutit rarement car ceux-ci filtrent énormément) ou plus fréquemment du pays d'origine des parents. Il semble que cette émigration devienne le but de plusieurs fidèles.

Que faire dans ce cas, quand le ghetto et la séparation semblent souhaités?

Dans tous les pays d'Europe occidentale, les gens qui ne sont pas aveuglés par l'idéologie (qu'elle soit essentialiste ou béate) se posent tous la question. Je ne sais pas si quelqu'un a trouvé une réponse satisfaisante.

jeudi 19 mai 2016

Frontières (3): Les pays qui n'existent pas (2) - La Transnistrie

Le premier exemple de "pays qui n'existe pas" se situe en Europe de l'est, plus précisément dans le petit état de Moldavie, dont il constitue la région la plus orientale: il s'agit de la Transnistrie, qui est en état de sécession depuis 1991.

Histoire

A l'origine, on appelait Moldavie l'une des trois régions historiques roumaines, avant que l'Histoire ne la divise en deux entités.

La première, située en-deçà de la rivière Prut, connut le destin de la Roumanie dont elle est partie intégrante sous le nom de Moldavie.

La seconde, comprise entre les rivières Prut et Dniestr, et qu'on appelle également Bessarabie, est devenue l'une de ces régions européennes interminablement disputées entre voisins (comme l'Alsace, la Savoie ou la Carélie par exemple).

En effet, s'y affrontèrent et y dominèrent les Turcs, les Tatars, et surtout les Russes et les Roumains, qui l'ont conjointement peuplée.

Avant la Première guerre mondiale la Bessarabie avait été annexée par la Russie dans le cadre de son expansionnisme vers les mers chaudes, et elle avait subi une politique intense de russification et de colonisation, à l'instar d'autres régions comme la Pologne ou l'Ukraine.

Mais en 1918, suite à la guerre civile engendrée par la révolution bolchevique, la Bessarabie fut de nouveau rattachée à la Roumanie, qui reçut en outre pour prix de son entrée en guerre aux côtés des alliés, la Transylvanie et la Bucovine, précédemment austro-hongroises, ainsi qu'un morceau de la Bulgarie, atteignant alors son expansion territoriale maximale (cette période est encore évoquée avec regret par certains nostalgiques).

Pendant tout l'entre-deux-guerres, Bucarest y lança une politique de roumanisation, exact pendant de la russification précédente, et tenta de pérenniser son rattachement.

Lorsque éclata la Seconde guerre mondiale, la Roumanie, comme tous les pays coincés entre mondes russe et allemand, fut ballottée entre nazis et soviétiques, avec qui elle s'allia successivement, avant de finir dominée par l'armée rouge.

Celle-ci, comme dans toutes les zones qu'elle "libéra", installa un régime client, et détacha à nouveau la Bessarabie, cette région devenant une RSS, partie intégrante de la fédération soviétique.

Comme ailleurs, les frontières furent remaniées et des populations échangées (il y eut notamment beaucoup de déportations).

C'est ainsi qu'une large bande de terre située au-delà du Dniestr et à peuplement majoritairement roumain fut rattachée à la RSS de Moldavie.

C'est cette zone, qui était devenue avant la guerre une région autonome de la RSS d'Ukraine nommée République socialiste soviétique autonome moldave, qui nous intéresse.

La guerre civile de 1991 et la naissance de la RMN

Lorsque l'empire soviétique s'effondra en 1991 se posa la question du sort de la RSS de Moldavie. Allait-elle, comme le souhaitait une majorité de roumanophones, rejoindre la Roumanie? Allait-elle rester dans le giron russe? Allait-elle, comme les RSS baltes, devenir indépendante?

Ce fut la troisième option qui prima, et la république moldave naquit ainsi, avec Chisinau comme capitale et le roumain comme langue officielle.

Mais ce choix ne plaisait pas aux slaves, inquiets de leur déclassement et craignant un destin similaire aux russophones des nouveaux pays baltes.

Aussi l'ex-République socialiste soviétique autonome moldave fit sécession sous le nom de République moldave du Dniestr, ou RMN, exprimant le désir de rester dans le giron russo-soviétique.

Chisnau refusant cette sécession, la situation dégénéra jusqu'à la guerre civile. La Russie intervint alors et arrêta la reconquête, installant des troupes dans l'état dissident, sans pour autant le reconnaître.

Depuis lors, la situation est bloquée.

Portrait de la RMN

La Transnistrie est un territoire tout en longueur qui regroupe un demi-million d'habitants d'origines slave et roumaine. La capitale en est Tiraspol, les langues officielles y sont le russe, l'ukrainien et le moldave, c'est-à-dire une forme de roumain qu'on écrit en cyrillique à l'instar des deux autres langues, elle possède un drapeau et ses habitants y vivent comme ils peuvent.

Très pauvre, elle est aux mains de quelques oligarques, une économie industrielle y persiste, les bas salaires pouvant la rendre attractive, mais surtout elle est devenue une plaque tournante pour toutes sortes de trafics (prostitution, armes, drogues, médicaments...).

Région cliente de la Russie dont seule la présence militaire forte garantit l'indépendance (des "volontaires" cosaques ont été déterminants pendant la guerre de 1991) et qui sans la reconnaître, délivre apparemment des passeports à ses habitants, cette enclave est une épine dans le pied de l'état moldave.

Son existence bloque en effet les négociations avec l'UE ou l'OTAN et toute évolution, ce qui semble précisément être le but de la Russie.

De fait, la création et le maintien d'entités clientes et dépendantes semble être au coeur du projet russe, l'ancien espace communiste en étant largement pourvu (Abkhazie, Ossétie du sud, Nova Rossiya d'Ukraine, etc...).

Cela permet à Moscou de verrouiller son étranger proche, qui risquerait sinon d'être tenté par la prospérité occidentale et de ne pas résister aux appels du pied de l'UE ou des USA (ce lien intéressant donne quelques exemples de zones de ce genre issues de la dissolution de l'URSS).

Depuis maintenant 25 ans, la Transnistrie est donc gelée dans cet état, et poursuit tant bien que mal son existence sans être reconnue par le reste du monde.

Livres(17): Millenium, et le moralisme soixante-huitard

A une certaine époque, il était impossible de prendre le métro sans tomber sur une ou plusieurs personnes le regard plongé dans un livre dont la couverture noire et rouge s'ornait d'un dessin plutôt laid.

Il s'agissait de l'un des trois tomes de la saga Millenium, du Suédois Stieg Larsson, désormais culte.

Moi-même amateur de polars et intéressés par ces fameux pays scandinaves où chacun en France semble voir l'eldorado (notamment les politiques de tout bord), je me suis à mon tour lancé dans ces trois pavés.

Je les ai dévorés très rapidement, saisi par le suspense et des histoires suffisamment compliquées et haletantes pour me scotcher.

Je peux donc dire que je fais partie de ceux qui ont aimé Millenium. Mais curieusement ces histoires m'ont tout de même laissé comme une gêne bizarre, un petit arrière-goût étrange sur lequel je n'arrivais pas à mettre le doigt.

C'est en lisant la bio de l'auteur que j'ai compris.

En fait, ce livre est rempli d'idéologie, plus précisément l'idéologie d'une certaine gauche tiers-mondiste, libertaire et convaincue de sa supériorité morale.

Prenons les héros par exemple.

D'un côté il y a Lisbeth Salander, une fille d'immigré, hacker aux problèmes de communication particuliers et à la sexualité ouverte.

De l'autre, Mickael Blomkvist, un journaliste soixante-huitard, qui partage sa maitresse avec un mari consentant et représente la presse indépendante dans ce qu'elle peut avoir de pur.

Autour d'eux, d'autres héros apparaissent, généralement représentants des minorités, qu'il s'agisse de l'homosexuelle vietnamienne ou du réfugié irakien.

On peut y ajouter l'ancien boxeur, sorte de rappel de l'ancien monde dans lequel c'était le prolétariat qui devait guider la révolution avant que le multiculturalisme ne le remplace.

A l'inverse, les méchants sont des Suédois de souche, souvent bien à droite et machiavéliques, comme les membres de la cellule policière informelle du tome 2.

Il y a aussi le riche industriel au fils psychopathe, le médecin pédophile, le biker ou le tuteur pervers.

Une mention spéciale pour le taré yougoslave et son fils, mais ils sont d'Europe de l'Est, terre connue pour ses nombreux adeptes des thèses d'extrême-droite.

Bien évidemment, un auteur de fiction n'a pas à être neutre. Il a le droit d'avoir des opinions, de les exprimer ou non si tel est son choix.

Beaucoup d'auteurs de polars français ont d'ailleurs un arrière-plan d'extrême gauche, comme les excellents Manchette ou Daeninckx, par exemple.

Mais pour Larsson, il s'agit presque d'une caricature.

En fait il flottait curieusement sur tout ça ce qu'on pourrait appeler une espèce de "puritanisme soixante-huitard".

On est dans le sens d'une sorte de manichéisme, avec le Bien et le Mal qui s'affrontent, les deux camps étant clairement définis et bien loin des zones grises qui font mon bonheur dans les polars.

Au final, je dirai que dans Millenium il y a un ordre moral, inversé mais bien présent, un prêt-à-penser libertaire corseté, politiquement correct et sectaire, et que c'est certainement ce qui m'a gêné.

Je pense même que ce côté moralisateur et supérieur est souvent un trait de caractère des Scandinaves (peut-être à mettre en lien avec leur culture luthérienne?).

(L'écrivain Dalibor Frioux croque d'ailleurs plutôt bien cet aspect dans son excellent roman Brut).

Cela ne m'a pas empêché de lire la trilogie de Larsson en deux temps trois mouvements, mais quand même, cet aspect a un peu gâché mon plaisir.

mardi 3 mai 2016

Le SS du Mossad

Dans cet article et dans celui-ci j'ai découvert l'histoire stupéfiante d'Otto Skorzeny.

Cet homme était un soldat d'élite de l'armée nazie, un SS impliqué dans nombre de coups audacieux, tels que l'enlèvement du Duce de sa prison italienne avant la création de la république de Salo, ou encore une mission d'infiltration derrière les lignes alliées pour y semer le trouble.

Brillant, intelligent, bagarreur (il était marqué d'une balafre obtenue pendant un combat d'escrime) il parlait plusieurs langues, était proche d'Hitler et suffisamment pourvu de lucidité pour préparer l'après-nazisme, aidant à fonder les célèbres réseaux d'exfiltration nazis qui permirent à beaucoup de ses pairs de refaire leur vie à l'étranger.

Jusque-là rien qui le singularise particulièrement, sauf que cet homme a ensuite travaillé...pour le Mossad!

Les célèbres services secrets israéliens cherchaient à l'époque quelqu'un pour infiltrer un groupe d'anciens nazis qui, réfugiés en Égypte, aidaient ce pays à se doter d'un programme de missiles susceptibles de détruire l'état hébreu. Quoi de mieux qu'un ex-nazi pour cela?

Ils contactèrent donc Skorzeny, et le SS, qui avait sinon participé du moins vu la mise en place de la solution finale, qui restait convaincu de la justesse de la cause qu'il avait servi et toujours impliqué dans l'extrême droite, accepta.

Travaillant efficacement, il parvint vite à éliminer ses anciens acolytes et rempila pour plusieurs autres missions avec les services secrets israéliens. Il semble qu'il n'y ait pas vraiment été contraint, ni qu'il ait ressenti de remord par rapport à sa carrière dans le Troisième Reich.

La contradiction flagrante entre l'aide - cruciale, réelle et répétée - qu'il fournit au Mossad et son profil interroge.

Au final, il se peut que sa motivation ait tout simplement été le goût de l'action et de l'adrénaline, denrées que les hommes d'Israël, ce pays dont la création et la lutte pour la survie étaient une extraordinaire aventure, lui procuraient en abondance.

Et peu importait au fond que l'état hébreu fut le réceptacle de ceux qu'avaient décidé d'éliminer ses anciens maîtres et qu'ils voulaient se venger.

Il existe en fait une race d'hommes qui se shootent à l'action, pour qui une vie "normale" est inconcevable, qui ont besoin d'émotions fortes comme d'autres de faire de la musique ou de peindre, et pour lesquels ce besoin n'est pas forcément lié à la conviction ou à la révolte.

Lorsque leurs routes croisent celles d'idéologues ou de personnes qui elles ont une vision, ils en deviennent la main.

Leurs commanditaires peuvent être des armées, des organisations de mercenaires, des groupes terroristes, des bandits...

Au fond ce n'est pas forcément si important, pourvu qu'ils leur fournissent de l'action, des défis, une adversité à briser, un combat, la possibilité d'en découdre, d'être loin du compromis.

C'est en quelque sorte une version du "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse", et cela explique certains revirements étonnants.

Skorzeny semble avoir appartenu à ce groupe de personnes.

Ce goût de l'action peut aussi se coupler ou être remplacé par celui de la radicalité. Certaines personnes ont besoin d'action, d'autres d'être dans l'extrême, quel qu'il soit, dans l'opposition violente et frontale.

On sait que les transfuges sont relativement fréquents entre les extrêmes (nazis, trotskistes, islamistes, etc.), comme si leurs membres cherchaient un engagement radical, quel qu'il soit pourvu qu'il soit farouchement "contre".

Le parcours d'Alain Soral, communiste passé au FN puis créateur d'un groupuscule antisémite, en est un exemple significatif.

Concernant les islamistes, le controversé Olivier Roy a donné une formule choc qui va dans le sens de cette idée.

Il dit que nos djihadistes ne sont "pas le produit de la radicalisation de l'islam mais de l'islamisation de la radicalité", indiquant par là que ces jeunes auraient pris l'idéologie de rupture la plus importante sur le marché, en l’occurrence l'islamisme, alors qu'ils seraient probablement devenus communistes ou fascistes les générations précédentes.

Le raccourci est certes facile mais il contient une part de vérité.

L'âme humaine est complexe, et ce qui relève de la décision et de l'impulsion, comme ce qui est inné ou acquis n'est pas toujours facile à démêler. Et c'est ainsi qu'un ex-SS s'est retrouvé en train de tuer pour le compte du Mossad.