mercredi 24 mai 2017

Mistral gagnant

Mon aîné vient d’avoir 11 ans.

Il entre bientôt au collège, a des grilles aux dents, commence à bien s’intéresser aux filles, veut sortir avec ses copains, ne rêve que de fringues et de smartphone.

Il trouve beaucoup de dessins animés et de jouets ridicules, se moque de l’intérêt que son cadet a encore pour eux, commence à avoir un peu honte de nous devant ses amis...

Plus que jamais s’annoncent les joies de l’adolescence.

C’est tout à fait normal et souhaitable.

Mais comme tant de parents avant et après moi, j'ai le sentiment que c'est arrivé très vite, trop vite. Et quand je revois les photos de son enfance, encore si proche, je ne peux m’empêcher d’être profondément triste.

Mistral gagnant, la célèbre chanson de Renaud que je n’aimais pas quand j’étais jeune me revient alors aux oreilles, avec notamment ce vers si juste dont je ne comprenais pas la profondeur « Le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants ».

L’enfance est un moment de la vie relativement court, puisqu’il dure je dirais entre 10 et 15 ans selon la maturité de l'enfant concerné (je parle bien sûr de nos pays riches), mais dont la marque est profonde, certains disent déterminante, irréversible.

Elle n’est pas qu’insouciance et douceur comme on l’idéalise bêtement, sans doute pas mal à cause du tri des mauvais souvenirs qu’on fait tous avec le temps.

Elle est aussi pleine de découvertes parfois déconcertantes, d’apprentissages, de conflits, de peurs à apprivoiser, de frustrations et de douleurs.

Dans la majeure partie des cas, c’est toutefois une période de spontanéité, d'illusions, de sentiments à fleur de peau, de frontières mal définies entre le jeu, le rêve et la réalité.

C'est aussi le temps de la confiance absolue, des mythes un peu ridicules du Père Noël, de la petite souris, de l'invincibilité des parents.

Cette période où l’on est tout pour eux ne peut évidemment pas durer (sauf dans le cas d'un handicapé mental mais ce n'est pas mon sujet).

C’est d'ailleurs rassurant puisque avec le temps qui passe nos capacités baissent aussi, jusqu'au moment où l'on "retombe en enfance" justement, inversant les rôles avec ceux que l’on a élevés.

Mais pour la plupart des adultes, l’enfance reste une période fondatrice, une nostalgie puissante, avec ses instants de magie, ses moments initiatiques, ses souvenirs d’autant plus importants que notre regard ne peut plus être le même qu'en ce temps où tout était neuf, vierge et à découvrir.

Notre vision du monde doit aussi beaucoup à ces premières années, qui nous donnent des réflexes et des bases dont on n’a pas conscience jusqu’au moment où l'on a soi-même des enfants…c'est en tout cas ce qui m'est arrivé.

Aujourd’hui je connais peu de choses aussi merveilleuses que le sourire de joie d’un de mes fils devant une surprise insignifiante, leur tendresse quand ils croient que je vais mal, leur façon de me serrer dans les bras sans calcul et de toutes leurs forces, l'abandon confiant dans lequel ils glissent quand on leur dit que ça va aller, qu'on le croit ou non.

Mais cela va finir, comme tout le reste, et ça a bel et bien commencé comme le souligne ce post.

Oui, le temps est assassin, et ce ne sont pas seulement les rires des enfants qu'il emporte avec lui, mais les siens aussi, en même temps que les décors, les époques et les gens que l'on a croisés, aimés ou détestés.

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