mercredi 2 juillet 2014

Musique(8): Chanteurs de niche

Dans le monde de la musique, il y a les poids lourds grand public, les Beyoncé, les Cabrel, les Rolling Stones, les Katy Perry.

Il y a les stars qui le sont dans leur domaine, dans leur sous-genre, que ce soit le hard rock, la country, la musique électronique, le blues.

Et à côté d'eux il y a aussi ceux qui suivent leur chemin sur un créneau particulier. Ce créneau n'est pas forcément un style musical en soi, mais plutôt un secteur correspondant à un groupe particulier d'auditeurs.

C'est ce que j'appellerai les chanteurs de niche.

Je les ai rencontrés souvent par hasard et leur existence m'a semblé intéressante, parce qu'inattendue. La question de leur cheminement, de leur choix et de leur longévité m'a fasciné.

Je vais donner ici quelques exemples de ces "chanteurs de niche".

Les sosies de star et les tribute bands

Les premiers chanteurs de niche que je vais évoquer sont les sosies de star et les tribute bands. Les deux se réclament d'une star connue et de son répertoire, avec des nuances.

Dans le cas du sosie, le mimétisme est poussé à l'extrême: coiffure, arrangements, vêtements, visage, tout est fait pour qu'on ait l'impression de voir l'original.

Le film Podium évoquait les clones de Claude François, le petit monde qui les entoure et les concours qui les opposaient.

Leur carrière est souvent obscure et plus proche du chanteur de bal que de leurs modèles. Je me souviens d'une affiche qui m'avait stupéfait quand j'étais jeune: Michel Sardou en concert dans un village poitevin de quelques milliers d'habitants!

En fait il s'agissait bien sur d'un de ses clones, comme j'ai pu le constater en me rapprochant, peut-être Serge Cardu?

Les Tribute band, comme le nom l'indique (ça veut plus ou moins dire groupe hommage), jouent moins l’ambiguïté que les sosies.

Généralement, ils reprennent fidèlement le répertoire de leur modèle, certains en poussant le mimétisme à son extrême, comme Gary Mullen and The Works avec leur spectacle One night of Queen qui époustoufle les critiques, ou Abbamania, d'autres non.

Les motivations de ces artistes sont diverses.

On dit que les tribute bands sont apparus dans l'Australie des années 60, souvent peu visitée par les groupes anglais et américains du fait du coût d'un voyage à l'époque. Les tribute bands compensaient alors un manque.

Dans d'autres cas, il peut s'agir d'hommage, d'identification, d'un plan malin. Ou tout simplement de gens qui considèrent qu'ils ne font qu'appliquer au rock et à la pop ce qui se fait depuis toujours pour la musique classique, où les artistes reprennent Bach et Mozart depuis des lustres.

On trouve aussi des groupes plus étonnants/réjouissants, comme les tribute bands de filles dans le style très masculin qu'est le hard rock: citons Iron Maiden (The Irons Maidens tout simplement!), Métallica (Misstallica) et AC DC, qui semble inspirer beaucoup de ces dames (Hell's Belles, AC/DShe, ACDC Female Tribute Band).

Il y a enfin des formations où l'hommage n'est pas très loin de la parodie. Je pense aux étonnants Dread Zeppelin qui se sont faits connaitre en reprenant les titres de Led Zeppelin en version reggae avec un chanteur au look Elvis période Las Vegas.

Les carrières sont inégales parmi tous ces gens, et si les tribute band peuvent sans doute être agréables à regarder, j'avoue une certaine perplexité devant ceux qui jouent les clones...

Les chanteurs nationalistes

Le deuxième groupe de chanteurs que je vais évoquer est encore plus obscur pour la plupart des gens. Il s'agit de chanteurs engagés, mais pas à gauche comme c'est implicite lorsque nos médias qualifient quelqu'un d'engagé.

Au contraire il s'agit de l'autre bord: les nationalistes. Je ne parle pas ici de style musical liés à des tribus comme les boneheads avec le RAC, mais plutôt de chanteurs de variété dont les textes reprennent les valeurs nationalistes.

Parmi eux, on peut trouver la chanteuse malgache Isabella, hallucinante version FN de la Compagnie Créole qui suit les Le Pen et dont j'avais appris l'existence dans un JT il y a au moins vingt ans.

Il y a aussi Docteur Merlin, dentiste chanteur dont je connais tout juste l'existence et surtout Jean-Pax Méfret, véritable star dans le secteur (un article sur son parcours ICI).

Ce journaliste pied-noir aux titres évocateurs chante l'Algérie de son enfance, l'honneur militaire, les valeurs bafouées, les anciens combattants, l'horreur communiste. Musicalement, il se rapproche un peu d'un Michel Sardou et de la variété au sens large.

Les musiciens chrétiens

Dans ce même ordre d'idée d'une version idéologique de la musique populaire, il y a les chanteurs religieux. Je connais le phénomène pour le monde chrétien, mais j'imagine que ça peut exister pour d'autres religions (d'ailleurs les professions de foi musulmane qui envahissent le rap le prouvent).

Il a existé d'emblématiques chanteurs catholiques tels Soeur Sourire ou le Père Duval, que j'ai découvert grâce à la chanson "Trompettes de la renommée" de Brassens (ICI une interview croisée de ces deux auteurs). Mais c'est dans le monde protestant, toujours plus en prise avec la modernité, qu'on trouve le plus de musiciens chrétiens.

Aux USA, il existe notamment une véritable scène rock chrétienne, avec ses festivals, ses supporters, et dont le look et les arrangements n'ont souvent rien à envier aux "vrais" rockers. 

J'ai rencontré en France des fans protestants du groupe Pétra, qui semble un poids lourd là-bas. Toujours chez nous, il y a Steven Gunnell, ex-membre du boys band Alliage, qui a refait une carrière côté chrétien, et d'autres groupes plus confidentiels, tels Antydot.

Les chanteurs de charme de chez nous

Je terminerai par un sous-groupe qui n'en est pas vraiment un, celui des chanteurs de charme francophones.

Dans la lignée d'un Tino Rossi mais sans l'incroyable succès que celui-ci a pu avoir (il est le plus grand vendeur de disques francophones de tous les temps), leurs titres font la part belle au romantisme sucré et visent une certaine catégorie de public, essentiellement féminin et un peu âgé. Côté musical, ça lorgne plutôt vers la variété.

Citons Frédéric François (son site), qui a quand même une certaine notoriété (il entrait régulièrement au Top 50 du temps où je le regardais) et surtout l'étonnant Frank Mickael (son site).

Ce chanteur belge est une véritable idole et vend des millions de disques même s'il est globalement ignoré par les médias. Il a notamment un très grand fan club chez les femmes et remplit les salles à chaque tournée.


En conclusion, je dirai qu'il y a finalement plusieurs façons de faire carrière dans la chanson, et que comme dans tout marché il y a des niches. Ces quelques exemples montrent des artistes qui ont su en trouver une et y faire leur trou.

Liens:

- Abba mania: Gimme gimme
- Un des innombrables sosies de notre Cloclo national en spectacle
- Dread Zeppelin: Whole lotta love
- Gary Mullen and The Works: teaser de leur spectacle
- Hell's Belles: Whole lotta Rosie
- Mistallica: For whom the bell tolls
- Serge Cardu: quelques extraits
- Isabella: Avec Jean-Marie.
- Jean-Pax Méfret: Antoine
- Soeur Sourire: Dominique
- Père Duval: La mer est profonde
- Frédéric François: Je t'aime à l'italienne

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