jeudi 3 mai 2018

Réflexion sur les tics de langage

Une des vendeuses de ma boulangerie favorite complète chaque commande par un "Il vous fallait autre chose?". Elle m'a inspiré le post d'aujourd'hui que je vais consacrer aux tics de langage.

J'entends par là ces petites phrases, expressions ou ponctuations verbales qui reviennent régulièrement, plus ou moins consciemment, lorsqu'on s'exprime.

On en trouve beaucoup dans le monde professionnel, entre les anglicismes (c'est un "must have") ou les termes méthodologies ou techniques du moment (par exemple pour l'informatique big data, méthode agile, etc).

Il ne s'agit évidemment pas de critiquer par principe -les termes techniques sont légitimes dans tout secteur d'activité- mais de noter ceux qui sont ressortis à toutes les sauces ou en dehors du contexte juste parce qu'ils sont ceux du moment.

Les citer est bien souvent du simple suivisme ou snobisme, et ils sont parfois employés de façon si creuse ou caricaturale que cela en devient comique. Le célèbre bullshit bingo joue judicieusement avec ce travers.

Les tics de langages peuvent aussi être symptomatiques d'une époque, d'une génération et d'une mode, être un espèce de marqueur communautaire ou de groupe.

"C'est bath", "C'est clair", "Pile poil", "3615 j'existe", tous ces gimmicks ont marqué une période avant de sombrer dans le ringard et/ou l'oubli. Et c'est sans fin: il y en a plein d'autres que je ne connais pas et ne connaîtrai jamais, notamment dans les générations qui suivent la mienne.

Ces tics peuvent aussi être un défaut se révélant lors des prises de parole en public. Par exemple, beaucoup (trop) d'orateurs ponctuent une phrase sur deux par un "euh" ou un "donc", qui enlaidissent et surchargent leur propos.

Enfin il y a les tics qui sont propres à une personne, et c'est ceux-là qui me marquent le plus et me mettent mal à l'aise.

L'imparfait employé par la boulangère du début m'irrite au plus haut point, et de ce fait je l'attends toujours, fébrilement et avec autant d'appréhension que de fureur.

Idem pour les innombrables "donc" semés par mon ex-N+2, qui finissaient par me faire ne plus entendre ce qu'elle voulait dire.

Plus personnel, il y avait ce collègue d'IUT qui commençait toutes ses phrases par un espèce de claquement de langue insupportable (une espèce de "Mttth")...

Mais pour moi le pire d'entre tous les tics c'est le petit rire systématique. J'ai le souvenir d'une consultante qui ponctuait chacune de ses phrases d'un petit rire nerveux, quel qu'en ait été le sujet. Rien que d'y penser me met encore mal à l'aise.

Son rire me crispait tellement que j'avais fini par résumer la personne à ça, par attendre ce rire insupportable à chaque phrase, un peu comme un bouton pénible qu'on ne doit absolument pas gratter mais qu'on ne pense justement qu'à gratter.

Dès qu'elle ouvrait la bouche, je me raidissais et préparais à l'inévitable gloussement de ponctuation (dont elle n'était d'ailleurs sûrement pas consciente).

Je ne sais pas d'où vient cette réaction désagréable, mais comme la gestion de la bise, elle fait partie de ces obscures et illogiques complications dans ma façon d'interagir avec mes semblables...

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