dimanche 17 mai 2015

Le bon moment

Le maelström immobilier qu'a subi notre pays ces dernières années, et qui a marqué les gens de ma génération en quête d'un nid à acheter, connait depuis quelques temps un revirement.

C'est-à-dire qu'après une hausse continue et incroyable des prix et des volumes de vente, le mouvement s'essouffle. Les taux d'emprunt baissent, par endroit les prix aussi, etc.

Ceux qui n'ont pas acheté se réjouissent de ces symptômes d'une accalmie, ceux qui l'ont fait avant ce ralentissement un peu moins.

Chacun a acheté en croyant que c'était le bon moment, mais ça ne l'était pas pour tous.

C'est ce concept de "bon moment", qui s'applique à plusieurs domaines, qui m'inspire aujourd'hui.

Comment le reconnaitre? Quels sont les signes?

Je vais continuer avec mon exemple de l'immobilier, en me basant sur l'expérience de gens que j'ai connus.

Premier cas: les gens qui ont acheté jeunes un bien avant que les prix ne deviennent délirants (en gros l'explosion a commencé il y a quinze ans) et avec un crédit sur un nombre d'années réduites. Ils sont les grands gagnants.

En effet, ils ont vu le prix de leur bien flamber et se retrouvent propriétaires dans la force de l'âge, ce qui leur permet de mobiliser l'argent qu'ils ne versent plus ailleurs.

Par exemple, pour peu qu'ils aient eu des enfants tôt, ils peuvent investir dans leurs études sans sacrifier leur niveau de vie.

(Si en revanche ils avaient pris un crédit avec un taux élevé, ceux-ci ayant connu une baisse historique, cela peut compenser la hausse du prix de leur bien).

Deuxième cas: ceux qui ont dépensé des fortunes pour acheter un bien juste avant le krach de 1992 et du le revendre rapidement. Ils ont connu une perte sèche et sont aujourd'hui incapables d'en racheter l'équivalent.

Enfin, dernier cas: ceux qui ont fait une bonne affaire en achetant tel bien à un instant T mais qui ont vu sa valeur chuter brutalement, suite à l'installation près de chez eux d'une autoroute, d'une cité mal famée ou d'une déchetterie.

Le premier cas est gagnant, les deux derniers perdants.

En fait, pour l'achat, on peut prendre ses précautions, mais on ne peut pas tout prévoir. On ne sait finalement que c'était le bon moment que des années plus tard.

Prendre un crédit pour quelque usage que ce soit rentre aussi dans ce schéma. Il est plus intéressant de s'endetter dans une période inflationniste que dans une période de prix stables. Mais qui peut prévoir la fin de tel ou tel cycle?

On a ainsi vu en Europe de l'Est la faillite de personnes ayant faits des emprunts en euros ou en francs suisses et devenues insolvables lorsque la valeur de leur propre monnaie a plongé.

C'est la même chose pour l'épargne. Je connais des gens qui ont ouvert un PEL quand les taux d'emprunt étaient très hauts. Lorsqu'ils ont baissé, leur produit d'épargne a gardé le taux d'intérêt initial, devenant très compétitif.

Dans un autre ordre d'idée mais toujours en tournant autour du concept de bon moment, il y a ceux qui importent un concept ou une idée avant les autres, s'assurant une place de choix.

Je pense à Bruno-René Huchez, la personne qui a amené Goldorak en France, ouvrant la porte à des années d'importation de mangas. C'était un coup de génie.

Je pense aux créateurs de Caramail, un des premiers portails/messageries électroniques de France aujourd'hui oublié mais qui a alors fait leur fortune.

Pour ces deux cas, dix ans plus tard, l'impact de ces nouveaux produits n'aurait pas été pareil, il aurait même pu être nul. Ils l'ont fait au bon moment.

Encore plus fort, ces personnes qui ont été au bon endroit au bon moment à leur corps défendant.

L'exemple qui me vient à l'esprit est celui de certains développeurs de Microsoft qui ont accepté, certains par faiblesse et passion, d'être payés en stock options plutôt qu'en salaire au début de l'entreprise.

A 25 ans, ils étaient millionnaires...

Autre exemple particulièrement étonnant, c'est le pet rock, la roche de compagnie, objet particulièrement ridicule qui fit pourtant la fortune de son créateur Gary Dahl, puis son malheur à ce qu'il dit ensuite, n'ayant jamais pu rééditer un tel coup. Cela a fonctionné en 1975 mais pas après...qui saurait dire pourquoi?

Dans l'autre sens, il y a aussi le mauvais moment. Je citerai deux cas français emblématiques.

D'abord les emprunts russes, placement d'avenir devenu catastrophique suite à la révolution d'octobre 1917.

Et ensuite Concorde, fabuleux avion qui a complètement raté sa cible car sorti au moment du choc pétrolier qui en rendait l'exploitation trop coûteuse.

Tout ceci pour dire qu'une idée, un concept, une action peuvent être bons en soi, mais leur impact dépend toujours de ce qui l'entoure, et notamment du moment où elle est mise en œuvre.

C'est vrai à titre commercial, politique comme à titre privé, et ceux qui arrive(raie)nt à trouver une recette permettant de repérer ce bon moment sont vraiment les rois de ce monde.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire