mercredi 15 mars 2017

Musique (14) : Daniel Balavoine

J'écoute Daniel Balavoine depuis au moins trente ans.

Je l'avais tout d'abord vu quelques fois à la télé, j'avais ensuite accroché sur son tube l'Aziza - 1985 (avant qu'il ne me sorte par les yeux) à l'époque où il cartonnait au top 50, mais j'ai vraiment commencé à le connaitre après sa mort, en écoutant les albums Un autre monde et Loin des yeux de l'Occident.

Je les avais recopiés depuis une cassette elle-même recopiée d'un vinyle (comme le prouvait la phrase "J'avais réuni le conseil des savants" tronquée dans le titre Mort d'un robot - 1980) de mon grand frère

[Aparté - Pour cela j'avais branché la prise DIN de mon magnétophone à celle de son radio cassette via le câble qui allait bien (j'ai l'impression d'être un dinosaure en écrivant ça, mais j'ai effectivement connu cette époque et ces technologies mortes aujourd'hui) - Fin de l'aparté].

Je ne comprenais pas tout (j'avais moins de 15 ans) mais sa voix expressive, puissante et au timbre si étrange m’émouvait, et j'accrochais aux mélodies et au son, m'attachant à découvrir tout ce qu'il avait pu produire, des 8 albums aux 45 tours en passant par son groupe et ses collaborations.

Avec l'âge et l'ouverture sur d'autres choses, mes goûts évoluèrent.

Je finis par vomir le top 50, j'eus ma phase hard rock, une autre où je cherchais tout ce qui était anti commercial et underground, une autre où je (re)découvris le tradi et le folk, une autre -plus récente- où je repartis en arrière avec nostalgie, revisitant yéyés et variété.

Au fil du temps, j'ai découvert, je me suis enthousiasmé, j'ai rejeté beaucoup de choses. Mais j'ai tout le temps gardé et écouté Balavoine.

Sa musique est désormais datée, avec des arrangements très seventies puis très eighties et ses paroles sont parfois faiblardes, un peu dans le style de Michel Berger, dont il était très proche, mais en tout cas loin de la poésie puissante et plus classique à la Brel ou Brassens. Il a aussi donné aussi dans les comédies musicales. En clair, il vérifie la plupart des critères qui font que je n'aime pas un musicien.

Et pourtant. En fait, à l'exception de ses tous débuts et un peu de son dernier album (dont je n'aime pas trop le son trop synthpop années 80), je continue à apprécier son œuvre et à me replonger régulièrement dedans.

Est-ce parce qu'il a fini par me devenir aussi familier qu'un vieux pote? Parce que c'était un peu mon jardin secret quand plus personne de mon âge ne l'écoutait? A cause de l'amateurisme que je croyais souvent trouver dans ses premiers titres? Ou bien pour sa voix, sa présence scénique et la sincérité rock qu'il dégageait?

Quoi qu'il en soit, j'aime toujours.

Comme Thiéfaine, j'ai d'abord commencé par sa musique, puis au gré des rétrospectives, notamment celles qui passaient à la télé les 16 janvier, date anniversaire de sa mort, j'ai découvert le personnage.

Soixante-huitard sanguin et coléreux, originaire du sud, Balavoine était connu autant pour ses chansons que pour ses prises de position à l'emporte-pièce, comme lorsqu'il interpela le candidat Mitterrand sur un plateau de télévision, qu'il insulta les anciens combattants avant de s'excuser, ou encore lorsqu'il s'énerva contre l'image du rock en français lors d'une remise de prix.

Il donna aussi beaucoup dans l'antiracisme si à la mode à l'époque, dont avec l'Aziza, dédiée à son épouse nord africaine, il composa l'un des hymnes les plus célèbres.

On le vit également reprendre, d'une manière étonnamment posée pour lui d'ailleurs, un commentateur raciste lors d'une émission.

Mais l'engagement de Balavoine était aussi concret, comme lorsqu'il finança l'installation de pompes pour améliorer l'accès à l'eau dans les régions d'Afrique qu'il traversa pendant le Paris-Dakar.

Car c'était aussi un passionné de sport automobile, qui participa deux fois à cette course mythique, ce qui causa d'ailleurs sa mort puisqu'il s'écrasa en hélicoptère pendant une de ses éditions, en 1986.

Il est mort au sommet, alors que son dernier opus, Sauver l'amour, cartonnait, ce qui en fit l'une de ces icônes mortes trop jeunes qui font marcher les compilations.

Beaucoup de ses chansons sont engagés ou dénonciatrices: il parle des deux Allemagne (tout son second album Les aventures de Simon et Gunther.. - 1977), de la sécheresse africaine (Un enfant assis attend la pluie - 1985), de la révolte de la jeunesse (Petite Angèle - 1985), de l'anti-militarisme (Viens danser - 1982), des enfants soldats iraniens (Petit homme mort au combat - 1985), de la torture (Frappe avec ta tête - 1983), de l'injustice dans les cas de divorces (Mon fils ma bataille - 1980), du sort des veuves dans le monde (Pour la femme veuve qui s'éveille - 1983)...

D'autres sont des tranches de vie, sur l'amour (Dieu que l'amour est triste - 1982, Lucie - 1978), le couple (Toi et moi - 1979, Tu me plais beaucoup - 1979) ou d'autres sujets plus variés, comme la course à pied (10.000 mètres - 1980), une fille des corons (Rougeagèvre - 1979), la paternité (Dieu que c'est beau - 1984), le désespoir existentiel (Vivre ou survivre - 1982, Tous les cris les SOS - 1985, La vie ne m'apprend rien - 1983), les rêves de gloire des apprentis chanteurs (Le chanteur - 1978) ou encore le souhait de ne pas survivre à ses proches dans le prémonitoire Partir avant les miens - 1983.

On rappelle souvent qu'il était très exigeant en terme de son, toujours à l'écoute des nouveautés venues du continent anglo-saxon.

D'ailleurs, à l'instar de Claude François il se préparait à tenter d'y faire une carrière en anglais, malgré un amour viscéral pour son pays et sa langue, qu'il a plusieurs fois chantés (Le français est une langue qui résonne - 1978, Ma musique et mon patois - 1977). Les deux en furent privés par la mort.

Balavoine était un artiste pop rock dont le style a longtemps semblé se chercher, et sur la fin de sa carrière on peut finalement parler de lui comme d'un chanteur de New Wave francophone.

Toutefois, ce qui à mon sens différenciait vraiment cet artiste de ses pairs, c'était sa voix, très haute, très étrange, expressive et puissante, qui faisait qu'on l'aimait ou qu'on le détestait très vite.

Et je crois finalement que c'est ce qui m'avait conquis.

Écouter aussi:
- Dancing samedi - 1979
- Détournement - 1980

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