vendredi 25 avril 2014

SNCF: A nous de vous faire préférer le train?

Il y a quelques temps, j'ai pris le train pour me rendre de Bourges à Paris, avec un changement à Vierzon.

Mon expérience des trains en province (hormis le mois annuel de grève) était plutôt positive, mais cette fois-ci il m'est arrivé une mésaventure inédite.

En effet, au milieu du trajet le contrôleur a fait une annonce surréaliste, indiquant qu'à la gare suivante, il n'y aurait pas assez de place pour tout le monde dans le wagon, et demandant en conséquence aux voyageurs sans contrainte d'horaire de bien vouloir prendre un bus mis à leur disposition.

Bien que non concerné (je changeais de train avant la station incriminée), j'étais un peu scotché. Après renseignement j'ai compris que cet incident était du au nouveau fonctionnement de la SNCF, basé sur le surbooking.

Cette pratique, existant depuis longtemps pour l'avion et appliquée depuis quelques temps déjà au TGV, consiste à vendre plus de places qu'il n'y en a de disponibles dans le train, en pariant sur le fait qu'une partie des voyageurs ne viendra pas.

Statistiquement, ça passe.

Mais il arrive que toutes les personnes prévues se présentent, et mon train était visiblement dans ce cas. La conséquence de ce surplus c'est que le service demandé ne peut pas être assuré et que le prestataire doit alors fournir une solution de contournement.

Pour certains vols surbookés, je connais des gens qui ont eu droit à la première classe. Dans mon cas c'était un bus, dont il était bien précisé qu'il n'y avait pas de garantie de respect de l'horaire...

Outre la gêne que ces aléas causent à ceux qui choisissent le train, le surbooking entraine un autre problème: l'individualisation des prix à chaque trajet.

En effet, comme dans le cas de l'avion, de savants calculs sont faits pour déterminer le prix idéal en fonction de la demande et des places disponibles.

Cela a pour conséquence que pour le même trajet un billet pris longtemps à l'avance n'aura pas le même prix qu'un billet pris une semaine avant, et que parfois en le prenant au dernier moment on pourra avoir un prix sacrifié. Cela permet par exemple de trouver des billets de première classe moins chers que leurs équivalents en seconde.

Ces mesures permettent -ou sont censées permettre- à la SNCF de rationaliser ses coûts et maximiser son rendement.

C'est sans doute vrai, mais il est également vrai que cela contribue au changement de la façon de prendre le train à laquelle on assiste depuis plusieurs années.

Avant, ce moyen de transport était abordable et sans surprise puisque les prix étaient fixés à l'année. On savait qu'un billet sur le train de 18h17 aurait tel prix un an, jusqu'à la prochaine hausse.

Aujourd'hui tout cela a disparu.

D'abord les prix ont globalement augmenté, ce qui fait du train un moyen de transport de plus en plus cher (un trajet en TGV est parfois plus onéreux que le même en avion), et de moins en moins rentable par rapport à la voiture, surtout pour qui ne le réserve pas des mois à l'avance ou dans le cas d'un voyage à plusieurs.

Ensuite, si l'on ajoute cette nouvelle incertitude sur les prix et maintenant ces problèmes liés au surbooking, on perd également la stabilité.

Dans ce contexte, on comprend que de plus en plus de gens se détournent du chemin de fer et qu'il existe une demande importante pour le covoiturage ou les voyages en car.

Mais là, la loi française intervient. En effet, la mise en place d'une ligne d'autocar inter-villes est soumise à plusieurs autorisations dont...celle de la SNCF!

Cette loi garantit donc à notre compagnie un monopole de fait, empêchant que le pays ne connaisse l'explosion de compagnies de cars qu'ont connu nos voisins, comme l'Espagne ou le Royaume-Uni.

En bref, si l'on résume:
- les billets de train bon marché sont disponibles si on les prend longtemps à l'avance.
- la grande variabilité des prix fait que prendre le train à l'improviste est très vite couteux et d'une manière générale, transforme la réservation d'un trajet en loterie.
- le surbooking entraine parfois des "surprises" qui font que le trajet peut se faire en mode dégradé, pour ne pas dire autre chose.
- l'alternative autocar est interdite par la loi.

Si l'on ajoute à ça les désagréments dont j'ai déjà parlés dans un précédent post, ce n'est pas demain la veille que la SNCF réussira comme elle le promet à nous faire préférer le train, et ce quel que soit l'impact écologique des autres moyens de transport...

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