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vendredi 15 mai 2026

Rouler

Voici dix ans, j'ai déjà parlé de mon dégoût progressif des transports en commun. Il ne s'est pas du tout arrangé avec le temps, et ma saturation de la vie urbaine n'a fait que s'accroître.

Au final, j'ai rejoint la cohorte des "mauvaises gens" dont le moyen de transport préféré est la voiture, ce symbole de l'individualisme et de la pollution.

Pourquoi m'être autant renié?

Il y a plusieurs raisons.

La première c'est effectivement une misanthropie croissante. L'idée de m'entasser avec des inconnus pendant un nombre d'heures déterminé m'est de plus en plus pénible.

Effet de l'âge ou retour du naturel, je suis de plus en plus sensible à l'incivisme, au bruit, à l'agressivité, tout ce à quoi on n'échappe pas quand on partage un wagon ou un avion.

Si l'on ajoute à ça les aléas plus que fréquents (prix qui changent, retards, places réservées squattées, etc), cela rend "l'expérience" pour reprendre un mot d'aujourd'hui, facilement désagréable.

Il y a aussi cette tendance récente que je constate: la chasse aux bagages.

On dirait en effet que ceux-ci sont de plus en plus malvenus, soit qu'on doive systématiquement payer, comme dans l'avion, soit qu'on doive les reléguer sur de minuscules étagères en début de compartiment comme dans les TGV, d'où les filets sont maintenant bannis.

Mais la raison principale de mon revirement, c'est que je suis finalement devenu sensible à ce que la voiture a représenté lorsqu'elle s'est généralisée, c'est-à-dire un instrument de liberté et d'autonomie.

Posséder un véhicule élargit magistralement le rayon d'action géographique de son propriétaire, qui peut également partir quand il le veut, indépendamment des horaires de bus, train ou métro.

Depuis quelques années, je prends des vacances en solitaire, et de plus en plus je choisis des destinations, à l'étranger ou non, où je me rends en voiture.

Je l'ai déjà fait avec ma famille ou des amis, mais l'expérience était différente car encore trop dépendante des autres. 

Lorsque je pars seul, je choisis quand, où et comment.

Je suis seul maître du trajet, des pauses, de la musique que j'écoute. Je peux chanter si je veux, grignoter ce que je veux, prendre la route x ou la route y selon mes envies.

J'éprouve dans ces moments un sentiment inédit de paix et, effectivement, de liberté, qui desserre l'étouffement de la vie quotidienne.

J'aime aussi le vélo pour ça, mais le rayon d'action est incomparablement plus réduit, et aussi on n'éprouve pas le même sentiment de protection.

En effet, un vélo se vole hyper facilement, surtout dans notre pays, mais l'habitacle d'une voiture a sur lui cet avantage d'être un espace privé et clos quand on le souhaite.

Alors oui, la voiture individuelle est effectivement un luxe et un élément de pollution clairement identifié.

Sa mise en oeuvre réduit l'espace disponible et son omniprésence constitue une cause de mortalité bien réelle, et son adoption par dix milliards d'humains serait probablement une catastrophe.

Mais il est aussi clair qu'aujourd'hui je ne vois pas d'équivalent en termes d'autonomie, de tranquillité et de rayon d'action.

Y renoncer serait un crève-cœur et ne compter que sur la responsabilité des gens pour changer cela est utopique.

vendredi 25 avril 2014

SNCF: A nous de vous faire préférer le train?

Il y a quelques temps, j'ai pris le train pour me rendre de Bourges à Paris, avec un changement à Vierzon.

Jusque-là mon expérience des trains en province (hormis le mois annuel de grève) était plutôt positive, mais cette fois-ci il m'est arrivé une mésaventure inédite.

En effet, au milieu du trajet le contrôleur a fait une annonce surréaliste, indiquant qu'à la gare suivante, il n'y aurait pas assez de place pour tout le monde dans le wagon, et demandant en conséquence aux voyageurs sans contrainte d'horaire de bien vouloir prendre un bus mis à leur disposition.

Bien que non concerné (je changeais de train avant la station incriminée), j'étais un peu scotché. Après renseignement j'ai compris que cet incident était du au nouveau fonctionnement de la SNCF, basé sur le surbooking.

Cette pratique, existant depuis longtemps pour l'avion et appliquée depuis quelques temps déjà au TGV, consiste à vendre plus de places qu'il n'y en a de disponibles dans le train, en pariant sur le fait qu'une partie des voyageurs ne viendra pas.

Statistiquement, ça passe.

Mais il arrive que toutes les personnes prévues se présentent, et mon train était visiblement dans ce cas. La conséquence de ce surplus c'est que le service demandé ne peut pas être assuré et que le prestataire doit alors fournir une solution de contournement.

Pour certains vols surbookés, je connais des gens qui ont eu droit à la première classe. Dans mon cas c'était un bus, dont il était bien précisé qu'il n'y avait pas de garantie de respect de l'horaire...

Outre la gêne que ces aléas causent à ceux qui choisissent le train, le surbooking entraine un autre problème: l'individualisation des prix à chaque trajet.

En effet, comme dans le cas de l'avion, de savants calculs sont faits pour déterminer le prix idéal en fonction de la demande et des places disponibles.

Cela a pour conséquence que pour le même trajet un billet pris longtemps à l'avance n'aura pas le même prix qu'un billet pris une semaine avant, et que parfois en le prenant au dernier moment on pourra avoir un prix sacrifié. Cela permet par exemple de trouver des billets de première classe moins chers que leurs équivalents en seconde.

Ces mesures permettent -ou sont censées permettre- à la SNCF de rationaliser ses coûts et maximiser son rendement.

C'est sans doute vrai, mais il est également vrai que cela contribue au changement de la façon de prendre le train à laquelle on assiste depuis plusieurs années.

Avant, ce moyen de transport était abordable et sans surprise puisque les prix étaient fixés à l'année. On savait qu'un billet sur le train de 18h17 aurait tel prix un an, jusqu'à la prochaine hausse.

Aujourd'hui tout cela a disparu.

D'abord les prix ont globalement augmenté, ce qui fait du train un moyen de transport de plus en plus cher (un trajet en TGV est parfois plus onéreux que le même en avion), et de moins en moins rentable par rapport à la voiture, surtout pour qui ne le réserve pas des mois à l'avance ou dans le cas d'un voyage à plusieurs.

Ensuite, si l'on ajoute cette nouvelle incertitude sur les prix et maintenant ces problèmes liés au surbooking, on perd également la stabilité.

Dans ce contexte, on comprend que de plus en plus de gens se détournent du chemin de fer et qu'il existe une demande importante pour le covoiturage ou les voyages en car.

Mais là, la loi française intervient. En effet, la mise en place d'une ligne d'autocar inter-villes est soumise à plusieurs autorisations dont...celle de la SNCF!

Cette loi garantit donc à notre compagnie un monopole de fait, empêchant que le pays ne connaisse l'explosion de compagnies de cars qu'ont connu nos voisins, comme l'Espagne ou le Royaume-Uni.

En bref, si l'on résume:
- les billets de train bon marché sont disponibles si on les prend longtemps à l'avance.
- la grande variabilité des prix fait que prendre le train à l'improviste est très vite couteux et d'une manière générale, transforme la réservation d'un trajet en loterie.
- le surbooking entraine parfois des "surprises" qui font que le trajet peut se faire en mode dégradé, pour ne pas dire autre chose.
- l'alternative autocar est interdite par la loi.

Si l'on ajoute à ça les désagréments dont j'ai déjà parlés dans un précédent post, ce n'est pas demain la veille que la SNCF réussira comme elle le promet à nous faire préférer le train, et ce quel que soit l'impact écologique des autres moyens de transport...

dimanche 15 septembre 2013

Vélo vs Vélib

Le post d'aujourd'hui sera parisien.

J'ai mis du temps à faire du vélo, mais dès que j'ai pu me lancer, j'ai adoré ça. J'ai passé de très longues heures à rouler dans ma campagne vallonnée, à sillonner ses petites routes, parfois plus proches du chemin, où je croisais plus souvent des chiens (je me suis d'ailleurs fait quelques frayeurs) ou des tracteurs que des voitures.

J'aimais la vitesse, la solitude, l'effort long, les paysages immobiles, le vent sur moi, les kilomètres qui défilent.

Puis je me suis installé en ville. Et je me suis mis à haïr le vélo.

D'abord parce que les longues balades telles que je les aime y sont difficiles.

Mais surtout parce qu'on m'a volé le vélo que j'avais ramené de ma campagne et auquel j'étais très attaché (miraculeusement, la police l'a retrouvé mais dans un état tel qu'il n'était plus utilisable).

Il y a aussi ma femme, qui ne compte plus le nombre de ceux qu'on lui a piqués.

Personnellement, cette insécurité, cette impossibilité de pouvoir poser un vélo à un endroit A ou B, cette probabilité de se le faire piquer me rend malade et m'a longtemps poussé à renoncer à ce mode de transport que j'apprécie pourtant.

Puis vint le Vélib (entretemps je suis arrivé à Paris). J'ai tout d'abord accueilli cet espèce d'énorme tank à trois vitesses avec scepticisme...avant de me raviser.

En effet, pour quelqu'un qui comme moi déteste les transports en commun, le Vélib est une alternative plutôt agréable (la limite c'est quand on veut s'éloigner de Paris: il n'y en a plus passées les premières banlieues).

Cela permet de se déplacer sans crainte du vol, et sans être obligé d'utiliser le même mode de transport à l'aller et au retour, ce qui est précieux si par exemple il pleut ou qu'on est pressé.

Débarrassé de la crainte du vol, j'ai appris à apprécier le vélo urbain. Il n'y a pas la notion d'effort long et constant comme lorsque je roulais à la campagne, mais c'est un tout autre exercice.

En ville, il faut tenir compte de la signalisation, des autres usagers de deux roues au comportement souvent anarchique, des voitures que l'on croise, jongler entre la route, les pistes cyclables et bien souvent les trottoirs, avoir l’œil pour ne pas dépasser le temps autorisé (seule la première demie-heure est gratuite) et puis aussi détecter le bon vélo (énormément sont vandalisés et/ou en mauvais état) et enfin -parfois dur si l'endroit où l'on va est très couru- repérer l'endroit où le reposer.

Bref, c'est complètement autre chose, on est plus dans la tension, dans l'évitement, le changement de rythme permanent, mais finalement une fois intégré c'est tout aussi agréable.

mardi 16 juillet 2013

Prendre les transports en commun, moi? Jamais!

Plus jeune, j'étais un grand adepte du train. N'aimant pas la voiture, n'en possédant pas, étant du genre rêveur qui a du temps, un peu écolo, un peu fauché, les transports en commun me semblaient l'idéal.

Ils m'emmenaient d'un point A à un point B sans que je me soucie de devoir conduire, ce qui me laissait du temps pour lire, écouter de la musique ou finir ma nuit, leur coût était modique, pourvu que j'ai un abonnement, il n'y avait pas de frais d'entretien ou d'assurance, etc.

Je me souviens avoir alors pensé qu'il fallait être fou pour aller travailler ou faire les transports quotidiens en voiture, à plus forte raison dans le bouchon permanent de l'Ile-de-France, et m'être étonné du nombre de gens qui le faisaient.

Quelques années de TER quotidien m'ont amené dans un premier temps à nuancer mon idée de transport idéal, un mois de grève par an représentant tout de même une nuisance assez sérieuse.

Et puis surtout, dix ans d'Ile-de-France m'ont dégoûté des transports en commun, et les discours des prétendus écologistes (généralement vivant et travaillant dans Paris intramuros) ont le don de me hérisser le poil. Aujourd'hui je rêve de voiture ou plus encore d'aller travailler à pied.

Les causes de ce rejet sont simples et archi connues.

Premièrement il y a les conditions inconfortables qu'on subit dans des rames surpeuplées, où trouver une place assise est une gageure, surtout si on s'éloigne du centre de Paris.

La vétusté de beaucoup de ces infrastructures, la saleté, la chaleur extrême alliée à des courants d'air glacés, tout cela concourt à faire du voyage un moment "physiquement" désagréable.

Deuxièmement il y a les gens avec qui l'on voyage et qu'on doit subir.

Racailles véhémentes (dont certaines, comme dans le RER D à Grigny, ressuscitent l’époque des attaques de diligence), voyageurs stressés agressifs et prêts à tout pour rentrer dans leur rame, seuls-au-monde bruyants qui font subir musique et téléphone à leur voisinage, étendent leurs jambes ou posent leurs sacs, cinglés, musiciens du dimanche, dégueulasses ou alcooliques posés dans un coin avec leur crasse, mendiants...il faut pouvoir supporter. Et la répétition perpétuelle de ces scènes rend parfois difficile de garder un oeil détaché d'anthropologue.

Enfin, le principal problème, et le plus important, c'est l'irrégularité chronique des transports en commun, l'aléatoire, l'impossibilité de pouvoir compter sur son ou ses moyens de transport de façon régulière et sûre.

Il y a des retards, des arrêts intempestifs, des suppressions, entrainant un décalage qui peut être énorme entre l'horaire prévu et l'horaire effectif, décalage multiplié par le nombre de correspondances et amplifié par les réactions en chaine et par le nombre de personnes impactées, selon l'effet "domino" bien connu.

Une heure de retard peut avoir des conséquences quand on doit par exemple récupérer ses enfants à une heure donnée ou tout simplement faire son quota de sommeil.

Pourquoi ces retards? Les raisons en sont variées.

Certaines sont liées aux deux problèmes précités.

La vétusté des infrastructures entraine en effet un certain nombre de pannes, de problèmes techniques à résoudre. Cette vétusté est due à la fois à l'âge du matériel et au sous-investissement chronique des trente dernières années

En effet, l’Etat a longtemps consacré l’essentiel de son effort au développement des TGV, et n'a pas accompagné l'extension permanente de l'Ile-de-France (plus de 11.000.000 de Franciliens aujourd'hui contre environ 8.000.000 en 1961, année du début de la construction des RER). Bien évidemment, cette sur utilisation augmente d'autant l’usure des infrastructures existantes.

Le comportement des usagers est aussi une cause de retard.

Statistique macabre: on dénombre 450 suicides ferroviaires sur le réseau francilien chaque année, avec pour chaque désespéré se jetant sous un train ou un métro des retards liés aux interventions des pompiers, de la police, etc.

Corollaire de la surpopulation, il y a les malaises, lesquels entrainent des retards, qui entrainent l’entassement d’encore plus de gens dans chaque wagon, et donc d'autres malaises, etc.

Enfin il y a tous ceux qui fraudent, qui vandalisent le métro, cassent les tourniquets, dégradent les gares, bombent les trains, actionnent gratuitement les alarmes, etc, pour aller jusqu'aux poseurs de bombes, à ceux qui jouent à faire des alertes, voire aux effets collatéraux de l’installation des camps de Rroms (les usagers d’un RER desservant le 93 ont dû passer la nuit dans une gare suite à un feu fait sous un pont par des Tziganes !).

Une intervention de la police, des pompiers ou du déminage coûte quelques heures, et tout l'argent perdu à nettoyer, réparer, arrêter est de l'argent qui n’est pas investi ailleurs.

Le troisième ensemble de raisons, et le dernier, relève plutôt du politique.

Comme je le disais, l’État a longtemps négligé d'accompagner l'augmentation régulière du nombre d'usagers et la densification de la région. Le lancement du "Grand Paris" enfin validé vise à corriger le tir mais sera très long à mettre en œuvre, surtout étant donné son coût faramineux et le contexte de réduction des dépenses.

Et puis il y la gestion de l'exploitation proprement dite.

La SNCF, champion national des jours de grève par salarié, bloque le réseau avec une régularité qu'on aimerait voir appliquée aux horaires de ses trains, et c’est vrai sur toutes les lignes, pas seulement les franciliennes.

Un autre cauchemar des usagers d’Ile-de-France est celui des lignes dont l’exploitation est faite en commun par la RATP et la SNCF, comme le RER B.

Un changement de conducteur est systématiquement opéré au milieu du trajet, et chaque fois que pour rationaliser l’exploitation il a été question de prendre un seul chauffeur d'un bout à l'autre du trajet, il y a eu levée générale de boucliers, grèves et compagnie.

Entendons-nous bien, la SNCF, deuxième entreprise ferroviaire mondiale, doit gérer au quotidien un parc consistant et pallier à des manques politiques, ce n'est pas forcément facile et elle ne peut pas faire de miracles.

Mais elle est bel et bien une partie du problème par le comportement scandaleux de ses syndicats qui agissent comme un lobby des cheminots au détriment de la mission de service public qui lui est confiée.

Une fois tous ces problèmes posés, que pourrait-on, que devrait-on faire ?

La solution est évidemment en premier lieu politique.

L’augmentation de la capacité aux endroits où c’est nécessaire, une politique rigoureuse de sanction envers la fraude, l’incivisme ou les dégradations, la fin des grèves de complaisance, sauvages et/ou injustifiées, tout cela relève de l’État. État qui renâcle à agir essentiellement pour une raison précise.

Le coût social (et électoral !) d’un conflit ouvert avec les syndicats du train joue bien évidemment, surtout pour un gouvernement de gauche qui ne doit pas perdre sa clientèle fonctionnaire, mais le vrai souci porte là encore sur le nerf de la guerre, à savoir le budget.

Un vrai projet de refonte des transports en commun coûterait en effet cher, très cher. Il obligerait à trouver de l’argent, et également à des coupes douloureuses sur certaines lignes secondaires non rentables (contrecoup électoral assuré) ainsi qu’à une inévitable hausse du coût du billet.

Peut-être faudra-t-il un électrochoc, comme l’explosion du prix du baril de pétrole pour lancer le chantier ? C’est ce qu’imagine Dalibor Frioux dans son excellent livre "Brut".

En attendant ce moment hypothétique, je fais partie des 11.000.000 de personnes qui subissent un système poussif et épuisant et qui maudissent les transports en commun plusieurs fois par semaine…