vendredi 3 avril 2015

Avant le porno

Il y a quelques années j'ai écrit un post sur l'histoire du porno (c'est d'ailleurs le best seller de mon blog, toute catégories confondues et de très loin).

Aujourd'hui je voudrais évoquer la période d'avant la déferlante de ce genre, quand celui-ci était illégal dans la plupart des pays du globe alors que la demande était bien évidemment là (l'appel de la chair étant l'un de ces points qui rapprochent les hommes de tous les pays et de toutes les époques).

A cette époque sont apparus des espèces de substituts légaux, des biais qui permettaient de montrer sans montrer, avec des alibis plus ou moins fumeux.

Je vais donner quelques exemples qui ont existé au vingtième siècle.

En Occident, l'exotisme colonial, les films de nudistes et les nudies

L'aventure coloniale des pays occidentaux draina dès le début tout un imaginaire exotique (dont on n'est pas encore tout à fait sorti, d'ailleurs).

Très rapidement, on associa des images d’Épinal aux contrées conquises et à leurs habitants. A leurs habitantes aussi, qui bien souvent suscitèrent des fantasmes: la vahiné polynésienne, la congaï indochinoise, les lascives orientales peuplant les harems...

Sous couvert de folklore, voire d'anthropologie, un commerce de cartes postales se mit en place au grand jour, où les belles indigènes apparaissaient dans des poses lascives et très peu vêtues, ces "costumes" étant vendus au grand public comme authentiques, innocentant en quelque sorte l'acheteur lubrique.

En vérité, ces langoureuses indigènes correspondaient bien évidemment autant à la réalité que les cannibales et autres amazones. Il s'agissait en effet la plupart du temps de modèles ou de prostituées.

Il est d'ailleurs amusant d'imaginer la déception de celui qui, se rendant aux colonies, y découvrait une population féminine très loin de ses rêves, parfois même au-delà de ce qu'il imaginait, comme en Orient où elle n'apparaissait guère dans l'espace public. Mais était-on vraiment dupe?

Plus proche de nous, il y a eu les films de nudistes.

Beaucoup de cinéastes ayant ensuite viré vers le porno racontent avoir connu leurs premiers émois devant des documentaires didactiques où de belles Allemandes ou Suédoises jouaient au volley-ball dans le plus simple appareil, toujours présentées de dos ou cadrées très haut.

Là encore, l'alibi était d'étudier les mœurs curieuses d'une autre population. Alors que l'idée était évidemment de se rincer l’œil devant des femmes nues.

Enfin, on en arrive à ce qu'on appelait les nudies. Ce terme désigne des films qui jouaient au plus près avec la censure, montrant le maximum de ce qu'il était alors autorisé avec parfois des artifices qui font rire aujourd'hui. Et bien sûr, tout dans le scénario était prétexte à déshabiller les actrices.

Parmi les réalisateurs de ce style, qu'on appelle aussi sexploitation, l'américain Russ Meyer est resté célèbre.

Ce cinéaste un peu à part, fan de grosses poitrines et de musique allemande, fut l'auteur d'un grand nombre de films techniquement très aboutis et aux scénarios et personnages très provocateurs pour l'époque.

Sa façon de montrer le sexe sans aller au bout est assez drôle: les caméras sont orientées dans des angles improbables, montrant le plus possible sans s'arrêter sur les zones interdites, les plans de visages extatiques alternent rapidement et -le plus hilarant- les quelques plans de sexes masculins sont remplacés par de gigantesques prothèses de plastique.

Parmi ses oeuvres marquantes, citons la série des Vixen (ici Supervixens) et Faster pussycat, kill, kill!, dont l'esthétique est suffisamment connue pour avoir inspiré une publicité pour la 205 de Peugeot en France.

Au Japon, les pinku eiga et les roman poruno

Le Japon est aujourd'hui un très gros producteur et consommateur de porno, avec une palette très large, très étrange, très ouverte et beaucoup de spécialisations.

Ce secteur bien vivant est aussi plein de contradictions. Par exemple, la pédopornographie filmée n'y a été interdite qu'en 2014 (elle est toujours autorisée quand elle est dessinée), alors que les poils pubiens continuent à devoir être floutés à l'écran.

Mais ce gigantesque marché n'a pas toujours été aussi ouvert, et avant sa libéralisation est né dans ce pays un style cinématographique particulier: les pinku eiga (de l'anglais "pink", rose) et, un peu plus tard, les roman poruno (roman porno).

Dans ces films, la sexualité était plus suggérée que montrée et elle passait souvent par une forme de violence sadique faite aux protagonistes féminins, ou par la mise en scène de désirs masochistes.

Le genre a semble-t-il profondément marqué le cinéma érotique japonais, certaines de ces œuvres sont aujourd'hui des classiques et font l'objet de fans clubs et de festivals.

En Israël, la littérature stalag

Le genre pré porno par lequel je terminerai est un genre écrit, et c'est aussi celui dont la découverte m'a le plus surpris.

Il s'agit d'un sous-genre paru en Israël, à l'époque où le pays affichait un certain puritanisme socialiste, et on le désigne par le terme de littérature stalag.

Les héros de ces livres sont des parachutistes ou des membres de commandos anglo-saxons capturés par les armées du Reich pendant la Seconde Guerre Mondiale, puis emprisonnés dans des camps de concentration.

Ils y sont systématiquement gardés par de sadiques SS féminines qui leur font subir les pires sévices.

Bien sûr à la fin, les héros parviennent à s'enfuir, mais non sans s'être vengés et avoir violé et tué leurs tortionnaires.

Présentés comme des témoignages réels traduits de l'anglais, ces livres étaient en réalité bien souvent écrits par des Israéliens et de simples prétextes à la description de scènes pornographiques.

Leur succès fut très important jusqu'au procès de Eichmann, à partir duquel ils disparurent des étals.

Il m'avait semblé très curieux que ce soit dans le pays des descendants de l'Holocauste que ce genre de fiction, qui ressemble furieusement au nazi porn, soit né et ait connu un tel succès. Le cinéaste Ari Libsker y a consacré un reportage.

J'en ai terminé avec ce petit tour d'horizon, bien entendu non exhaustif, qui prouve s'il en était besoin à quel point l'ingéniosité est sans limite lorsqu'il s'agit de contourner les censeurs...

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