jeudi 3 septembre 2015

Cinéma (5): Déjà mort

J'ai vu le film Déjà mort il y a déjà une quinzaine d'années, et je me souviens qu'il m'avait beaucoup marqué.

En le revisionnant une deuxième fois, l'effet s'est confirmé.

Olivier Dahan, le réalisateur, nous livre dans cette oeuvre une véritable tragédie à travers le parcours  de quatre jeunes qui vont se perdre, chacun à leur manière.

L'histoire est la suivante.

Un jeune homme pauvre, pizzaïolo dans une petite ville provençale, passionné de karting et conscient de son avenir limité, tombe un jour sur deux garçons de son âge en train de photographier des filles sexy sur une voiture de luxe.

Ébloui malgré leur accueil plein de mépris, il leur propose alors l'adresse d'une fille de sa ville, qu'il sait avoir posé nue pour le Minitel rose.

Il va ensuite tenter de la convaincre d'aller voir les deux photographes et tomber amoureux d'elle quasi instantanément. Elle accepte et ils se rendent ensemble au rendez-vous, dans les quartiers riches et clinquants de Nice.

Les deux jeunes hommes font partie d'un milieu de flambeurs riches et défoncés du matin au soir. Le cerveau du couple est un fils-à-papa méprisé par son père, grand avocat sans trop de scrupules, qui glande en fac comme alibi et dont l'occupation principale semble être de chercher du fric facile pour acheter sa coke.

Il vit dans une gigantesque villa avec piscine, télés et luxe du sol au plafond, avec son copain / associé, un garçon odieux autant qu'il est possible et dont on apprendra qu'il a récemment perdu ses parents.

Des photos on passe vite au porno, la fille se trouvant plus ou moins piégée dans un casting, qu'elle accepte parce qu'elle n'a qu'une seule obsession: la richesse et la gloire rapide et par tous les moyens.

On comprend vite que les deux pseudo-photographes sont en cheville avec le producteur, un semi mafieux (le père du propriétaire l'a défendu au tribunal) qui les méprise et pour qui ils recrutent de la chair fraîche en échange d'enveloppes bien garnies.

La suite du film tourne autour des relations ce quatuor.

Le pizzaïolo, toujours amoureux, plonge frénétiquement dans la drogue, marchant sur les pas de l'orphelin taré avec qui il se dispute de plus en plus violemment, et de plus en plus mal à l'aise avec cette vie et ce qu'accepte sa copine.

Celle-ci, impitoyablement drivée par le producteur, perd peu à peu le contrôle de ce qu'elle veut faire ou pas dans le milieu, et commence elle aussi à recourir à des drogues.

Quant au fils-à-papa, il est lui aussi tombée amoureux d'elle et tente de gérer la dérive de la bande.

Jusqu'au drame.

Cette histoire est très dure et tragique. Tous les protagonistes sont "déjà mort", dans le sens où ils n'ont pas d'avenir, sont dans une impasse et le savent.

Le fils-à-papa semble orchestrer méticuleusement sa déchéance, il s'occupe de ses jeunes sœurs, a quelque part pris sous son aile l'orphelin cinglé qu'il cherche à canaliser.

On dirait qu'il veut prouver quelque chose, que sa propre situation dégoulinant de richesses le dégoûte parfois.

La fille sans illusion, déclame en voix off son nihilisme consommateur. Elle se pense forte et sans scrupules, mais on sent qu'elle n'aime pas le chemin qu'elle a pris, et qu'elle s'accroche à la seule personne qui semble la respecter et lui rappeler d'où elle vient, ce pizzaïolo qui est venu la chercher.

Quant à ce dernier, il est le seul qui semble croire à un futur possible, mais il va se fracasser brutalement sur un milieu dont il n'a pas les codes, qui le domine et qui le perdra.

Plus que de porno et de jet set, Déjà mort parle des mirages de la consommation, d'immaturité, de nihilisme, du plafond de verre entre les classes sociales et de gens qui meurent de n'avoir pas de but ou d'idéal.

On en ressort triste, un peu dégoûté ou écœuré, avec un sentiment de gâchis...

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