lundi 11 janvier 2016

Dépression

Il parait qu'un Français sur cinq connait un épisode dépressif dans sa vie. Les plus touchés seraient les 18-25 ans pour les deux sexes, les 35-44 ans pour les hommes, et les 45-54 ans pour les femmes.

En fait, à peu près tout le monde connait des moments de déprime, de baisse de moral, sans que ça soit forcément une dépression. Celle-ci naît lorsque l'on n'arrive plus à sortir de ces épisodes.

La dépression c'est un peu comme un monstre tapi dans un recoin de soi, et qui attendrait patiemment son heure pour sortir et s'engouffrer dans toute brèche ou faiblesse apparente.

Dans chaque être humain il y a une bonde, une grille qui emprisonne ce monstre. Tant que cette barrière n'a pas cédé, que le monstre n'est jamais apparu, on ne sait pas, on ignore même son existence.

Mais quand il a déjà pris une fois ses aises, on en reste marqué et l'on s'en souvient.

La créature peut commencer à se manifester à la suite de revers, de déceptions, de traumatismes. A chaque fois qu'on encaisse un de ces coups de la vie, elle bouge, secoue la porte, insiste.

Puis vient le coup de trop, la trop grande lassitude, le moment de faiblesse fatal. C'est là que le monstre ouvre la porte et envahit le psychisme de son hôte.

A partir de là, on a l'impression d'être submergé par le négatif.

Toutes les horreurs, toutes les tracasseries avec lesquelles on arrivait à vivre prennent un relief nouveau, une force inattendue, et finissent par occuper tout l'espace.

Tout devient insupportable, pénible, pesant, noir. Tout est corvée.

On se sent écrasé par la moindre tâche à faire, qui parait incommensurable, démesurée, au-delà de toute possibilité.

On n'arrive plus à avoir du recul sur rien, à avoir d'autre envie que se terrer, immobile.

On se sent une merde sans nom, un être méprisable, pas à la hauteur, digne d'être détruit, balayé.

On souffre de toute action, de la simple conscience d'exister.

Pour échapper à ce sentiment, on se rue sur ces multiples béquilles qui sont à notre disposition.

L'alcool, la drogue, les médicaments, les mondes virtuels, tout ce qui offre un sursis, un temps d'évasion est bon à prendre.

On peut aussi se punir, tenter, consciemment ou non, d'avoir physiquement mal pour se détourner de la douleur psychique.

Au bout du compte, la mort peut devenir une amie, une espérance ou une solution, parce qu'on sait qu'avec elles ces souffrances prendront fin.

Quoi qu'il en soit et quelle que soit la forme prise par ce mal, il est difficile de savoir quoi faire dans ces cas-là, à la fois pour la victime et pour son entourage.

La principale difficulté est de réamorcer la pompe, de briser le cercle vicieux.

En effet, plus on attend, plus le mal est profond.

Ne pas se frotter aux autres, ne pas agir rend le fait de se frotter aux autres et d'agir encore plus hors de portée.

Avec une aide, psychiatrique ou médicamenteuse, ou avec un changement radical, ou encore grâce à quelqu'un ou quelque chose qui redonne l'impulsion salvatrice, on peut redémarrer.

Mais à partir du moment où l'on a chuté une fois, on sait que la Bête est là, qu'elle attend, qu'elle attendra aussi longtemps que nécessaire, qu'on ne la tuera sans doute jamais et qu'il faudra vivre avec, en la surveillant.

On dit que le cerveau de ceux qui ont souffert d'une addiction reste marqué par son souvenir de manière indélébile, et que jusqu'à la mort une partie de la victime garde le regret d'avoir arrêté.

Je pense que la dépression c'est la même chose.

En effet, être au fond du trou peut curieusement fournir une certaine plénitude.

Une fois qu'on a tué tous les espoirs et qu'on a touché le fond on ne peut plus descendre. On atteint alors une forme de stabilité dans le désespoir.

Ne plus rien attendre épargne les chaud et froid, on reste avec sa douleur, permanente mais presque rassurante.

Et il est bien plus douloureux de remonter, de s'offrir un "petit coup d'espoir" avant de rechuter que de stagner.

Comme les anciens alcooliques, les anciens dépressifs se reconnaissent souvent, à certaines attitudes, en voyant certaines fragilités et façons de parler.

Une dépression est une maladie.

Elle peut être extrêmement handicapante, de manière plus insidieuse et discrète qu'un fauteuil roulant, mais tout aussi impactante dans la vie de tous les jours, les relations avec les autres, le travail.

Dompter le monstre est une nécessité...

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