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mardi 5 juillet 2016

Mon aperçu de la littérature afro-américaine (1): point historique (introduction)

En 2008, Barack Obama devenait le 44ième président des États-Unis d'Amérique, la première puissance mondiale depuis plusieurs décennies.

Cette élection a constitué un événement majeur dans le sens où, pour la première fois, un Américain ayant des origines africaines accédait à la magistrature suprême.

On pourrait d'ailleurs généraliser ce cas à l'ensemble du monde occidental, même si la comparaison serait un peu boiteuse (en effet, la présence noire est postérieure à la naissance des états européens, tandis que les Afro-Américains sont une partie constitutive des États-Unis depuis les origines de ce pays).

Dans cette nouvelle série de posts, j'évoquerai des auteurs et/ou livres produits par des membres de cette singulière communauté. Et pour commencer, je vais parler un peu de son histoire.

Traite et esclavage

Tout d'abord précisions ce qu'on appelle Afro-Américain.

C'est une personne dont au moins un ascendant fut un esclave africain déporté aux États-Unis, et -surtout- qui en possède le phénotype.

Ainsi, beaucoup de Noirs américains ne sont pas des Afro-Américains. C'est notamment le cas des très nombreux Noirs venus de la Caraïbe ou de l'Amérique latine, même si ceux-ci partagent l'héritage de la traite.

C'est aussi le cas des immigrés, de plus en plus nombreux, qui viennent d'Afrique subsaharienne. Le plus célèbre de ces derniers est le père kenyan de Barack Obama, qui étant Américain par sa mère blanche, n'est donc pas issu de la communauté dont je parle aujourd'hui.

L'événement fondateur que fut la traite change complètement le rapport au pays.

Alors que le migrant européen venait en Amérique à la recherche d'une vie meilleure, le migrant africain était arraché à sa terre par d'autres pouvoirs africains, vendu à des négriers européens, puis revendu comme esclave à son arrivée.

Alors que l'Européen emmenait avec lui ses racines, sa religion, ses souvenirs et son nom, l'identité de l'Africain était brutalement effacée, et tout ce qui le constituait dans sa vie d'homme libre était supprimé par la force.

Il devenait Américain malgré lui, sans vraiment l'être d'ailleurs puisqu'aux yeux de ses maitres et de la loi il était l'équivalent du cheval de labour ou du chien de chasse importé d'Europe.

Ce schéma fut la règle sur l'ensemble des Amériques, où, à l'exception des extrémités trop froides et trop vides et des pays à fort peuplement indigène comme le Pérou ou le Mexique, on fit venir des Noirs d'Afrique, jugés mieux adaptés au climat, et aussi peut-être plus faciles à repérer et contrôler.

Dès le début, les États-Unis se singularisèrent toutefois, dans le sens où il y exista très tôt un courant antiesclavagiste.

Certains états interdirent en effet cette "institution particulière", comme le Vermont dès 1777 ou la Pennsylvanie quelques années plus tard, cette dernière en grande partie grâce au lobbying des Quakers.

Une autre caractéristique, qui va à rebours des idées reçues, était que les Noirs y mourraient globalement moins qu'ailleurs, moins qu'à Saint-Domingue ou au Brésil par exemple, et aussi que la taille des exploitations était souvent plus petite.

Enfin, au contraire d'autres pays et surtout des îles de la Caraïbes, les Blancs furent toujours majoritaires aux USA, le plus haut pourcentage de Noirs dans le pays ayant été de 20%, aux alentours de 1790.

Ces conditions, majorité blanche et petites exploitations, entrainèrent un métissage assez fort, métissage imposé puisque les couples interraciaux étaient bannis et que les Noires étaient souvent la cible de viols, qu'ils soient perpétrés par leurs maitres ou par d'autres Blancs.

On estime ainsi qu'aujourd'hui les Afro-Américains ont tous de 10 à 20% de gènes européennes. La mode du profilage génétique permet de vérifier cette assertion (au grand dam de certains d'ailleurs).

Un métissage eut également lieu avec l'autre population paria des États-Unis, les Amérindiens, que ce soit dans le cadre de plantations (certains Indiens étaient eux-mêmes esclavagistes) de contacts pionniers ou d'intégration d'Africains en fuite aux tribus.

Ainsi plusieurs célébrités afro-américaines (Tina Turner, Jimi Hendrix, Chuck Berry...) revendiquent du sang indien. Et comme pour les Blancs, cette ascendance est majoritairement cherokee.

Au début du XIXième les voix contre la traite négrière commencèrent à se faire plus fortes, et le Royaume-Uni, alors le maitre incontesté des océans, mit cette pratique hors-la-loi, décidant d'arraisonner tout navire porteur de bois d'ébène.

Pour contourner cette interdiction, les planteurs firent alors appel à la contrebande, ils tentèrent de faire procréer leur main d'œuvre comme un cheptel humain (il y eut même apparemment des "nègres étalons" que l'on se prêtait), ou encore ils achetèrent des esclaves noirs dans la Caraïbe, prolongeant le système tant que c'était possible.

Résistance, guerre civile américaine et abolition

Il est important de noter que les Afro-Américains ne se résolvaient pas tous à leur sort et qu'ils mirent en œuvre dès le début des résistances.

Elle pouvaient être de différents types.

Certains se suicidaient, des mères avortaient plutôt que de donner la vie à un esclave, et mille et une ruses permettaient de contourner les règles et les ségrégations.

Il y eut aussi des révoltes, ouvertes et violentes ou plus discrètes, des tentatives de création d'enclaves noires indépendantes comme aux Antilles ou en Amérique latine.

Et il y eut enfin la fuite vers les états non esclavagistes. Avec le temps, celle-ci se développa et un véritable réseau se mit en place, composé de routes tenues secrètes, avec des points de chute et des gens qui aidaient les fuyards au péril de leur vie.

Puis vint la Guerre de Sécession, dont l'un des enjeux était l'abolition de l'esclavage et consécutivement le choix du modèle à appliquer dans les nouveaux états de l'Ouest.

Je dis bien l'un des enjeux parce qu'il ne faut pas imaginer les états confédérés comme des endroits où chaque homme avait des esclaves derrière lui: en vérité, seulement 4% des 8.000.000 de Blancs sudistes possédaient des esclaves.

Quand la guerre éclata, plusieurs Noirs voulurent s'engager pour en découdre et gagner leur liberté, et malgré la répugnance des armées, certains parvinrent à convaincre les nordistes de leur créer des régiments. L'histoire de l'un d'entre eux est racontée dans l'émouvant film Glory.

Cette guerre longue et meurtrière finit par se terminer par la victoire du nord. L'esclavage fut alors aboli et les Afro-Américains devinrent en théorie des Américains comme les autres.

Migrations internes, ségrégation et relations inter-communautaires

Une fois la guerre finie et devant le non respect de la promesse de "40 acres et une mule" pour chaque esclave libéré, la plupart des citoyens noirs se trouva dans une situation extrêmement précaire.

Une partie décida de créer son propre monde (avec notamment des villes noires), une partie finit par travailler pour les anciens maitres, et un très grand nombre émigra vers le nord, à la recherche d'emploi et de meilleures conditions de vie.

Hélas pour eux, si l'esclavage n'y avait pas cours, les préjugés étaient les mêmes, et discrimination, violence et vexations devinrent le lot de ces malheureux qui découvrirent que là-bas aussi ils étaient des citoyens de seconde zone et semblaient devoir le rester ad vitam aeternam.

D'ailleurs chaque nouvelle vague de migrants, aussi pauvres et incultes soient-ils, finissait par s'acclimater au pays et par les dépasser, les reléguant toujours à la dernière place. Et ces nouveaux Américains s'empressaient aussi de s'affirmer aux dépens de leurs compatriotes afro-américains.

Pendant la guerre de Sécession, les célèbres émeutes de New York qui dégénèrent en véritables pogromes anti-Noirs en sont l'exemple le plus connu.

La principale motivation de cette violence était le refus par les nouveaux arrivants (notamment Irlandais) de la concurrence de ces migrants de l'intérieur que constituaient les affranchis.

Dans le sud, la ségrégation devint le régime ordinaire, que les ex-confédérés maintenaient par l'intimidation et la terreur. C'était la période des lois Jim Crow et du Ku-Klux-Klan, des lynchages et de la stricte séparation.

Dans tout le pays, des quartiers entiers étaient physiquement interdits aux Noirs, toute transgression étant extrêmement périlleuse pour tout Noir s'y risquant.

Dans certaines villes, dites sundown towns, il était même explicitement dit que leur présence au coucher du soleil leur vaudrait la mort...

C'est ainsi que du nord au sud des États-Unis se mirent en place des ghettos, sortes de villes noires dans la ville, pauvres et marginalisées, qui commerçaient avec le monde extérieur via des intermédiaires, souvent juifs, et qui devaient se contenter des miettes du rêve américain.

Constat sans appel: à partir des années 60 les flux migratoires afro-américains se sont inversés, les Noirs retournant désormais vers le sud, comme si dans le pays entier c'était la même chose.

Affirmation et révolte

Durant de long siècles, les Noirs rasèrent donc les murs et vécurent dans l'ombre où les reléguait le reste de la population.

Mais certains tentaient toutefois d'améliorer leur sort ou d'imaginer un destin plus favorable sous d'autres cieux.

Citons Marcus Garvey, qui fut le premier à imaginer et organiser le retour des Noirs en Afrique, ou W. E. Du Bois qui fut co fondateur de la NAACP, la célèbre association dont le but était et est encore aujourd'hui d'améliorer le sort des Américains de couleur.

D'autres choisirent l'exil, souvent en Europe comme ces nombreux artistes venus chercher une société plus color blind à Paris.

Mais c'est à partir des années 60 que les Afro-Américains essayèrent de vraiment faire bouger les choses, de sortir du placard et de s'assumer en tant que citoyens complets, avec leur culture et originalité.

Le mouvement des droits civiques emmené par le charismatique Martin Luther King, tenta de faire tomber les sinistres lois ségrégationniste, ce qui lui valut la mort.

Malcom X crut trouver dans la secte Nation of Islam puis dans le sunnisme la religion originelle de son peuple et un motif de fierté (le pauvre ignorait sans doute l'ampleur des traites orientales).

Les Black Panthers, quant à eux, prônaient un séparatisme et la création d'un état noir.

L'heure était à la fierté, avec une africanisation des looks (coupe afro, imprimés léopard, etc.), les films de la Blaxploitation, le festival de Wattstax ou le "I'm black, I'm proud" de James Brown, et avec des artistes ou sportifs engagés comme Mohamed Ali, les coureurs Tommie Smith et John Carlos.

Depuis, la vague d'optimisme est retombée.

D'un côté, malgré les succès bien réels de la déségrégation officielle et des politiques de rattrapage engagées par Washington (affirmative action) les Afro-Américains continuent de squatter les couches basses de la société et de se faire doubler par les migrants qui les suivent, même lorsqu'ils ne sont pas blancs: le succès des Asiatiques et d'une part croissante des Latinos le souligne bien.

De l'autre, les retrouvailles fantasmées avec l'Afrique n'ont pas eu lieu ou bien furent celles de la désillusion.

En effet, les Afro-Américains qui tentèrent de s'installer sur le continent de leurs ancêtres s'y firent souvent plumer, s'aperçurent qu'ils ressemblaient bien plus à leurs compatriotes blancs qu'aux Africains, et que très souvent ces derniers méprisaient les descendants d'esclaves métissés qu'ils étaient devenus.

Et dans l'autre sens, la réussite de migrants africains venus s'installer aux US et s'en sortant mieux que les Afro-Américains rend parfois ces derniers très amers.

On dit ainsi que c'est seulement grâce à son épouse qu'Obama a gagné le vote afro-américain.

Une anecdote rapportée par l'écrivain franco-congolais Alain Mabanckou est très révélatrice sur ce rapport entre les Noirs des deux côtés de l'Atlantique.

Alors qu'il enseignait aux US, il raconte avoir un jour été très violemment pris à parti par un ami afro-américain un peu ivre. Ce dernier lui reprochait avec haine d'avoir vendu ses frères puis d'être venu lui piquer son travail sans honte ni remord alors que lui-même vivait comme un chien.

Une connaissance sénégalaise me raconte avoir vécu un peu la même chose avec une Guadeloupéenne.

Et puis au sein même de la société américaine, les préjugés ont-ils vraiment disparu? En fait, tout comme chez nous, les stéréotypes ont la vie dure, et parfois se réinventent.

Le combat de boxe Johnson-Jeffries est une illustration intéressante de ces évolutions.

Celui-ci eut lieu en 1910 à l'instigation de l'ex-champion blanc James Jeffries, qui entendait démontrer la supériorité intrinsèque d'un Blanc sur un Noir, y compris sur le plan physique, ce qui était alors une opinion couramment admise.

Malheureusement pour tous les racistes et contre toute attente, il se fit laminer par Jack Johnson. Le film du combat a été interdit dans plusieurs états et la nouvelle entraina nombre de lynchages, mais la stupeur fut grande chez les Blancs.

Depuis lors, on a changé d'extrême et énormément de gens sont convaincus de la supériorité physique naturelle des Noirs dans le domaine sportif.

Une culture et une position à part

Tout ce vécu particulier a fait des Afro-Américains une communauté singulière au sein des États-Unis.

On peut comparer leur sort à celui des indigènes, mais ces derniers avaient tout de même un lien physique avec leurs origines, ils étaient sur leur sol et purent garder une partie de leurs racines. Même ostracisés, méprisés et décimés, ils savent d'où ils viennent.

A contrario, les Afro-Américains ont perdu ce lien et leurs souvenirs commencent en Amérique. Cet aspect-là, ainsi que leur marginalisation originelle et permanente, font de ce groupe une composante vraiment à part de la population des États-Unis, avec sa propre vision de l'histoire, son héritage et sa culture.

Sur un aspect purement pratique, la ségrégation de droit ou de fait les obligea longtemps à se ménager une existence parallèle.

Ils durent notamment s'organiser pour occuper l'espace qui leur était laissé, s'y déplacer, y communiquer, y loger, y vivre.

En fait, une espèce de double de la société américaine exista aux USA dès l'esclavage, se modernisant et évoluant en parallèle au reste du pays, tout en restant invisible aux dominants.

Et à l'intérieur de cette société du ghetto, certains Afro-Américains parvinrent à se faire des situations enviables, toutes proportions gardées.

Plus tard, lorsque cette sous-bourgeoisie commença à vouloir goûter au mode de vie moderne et notamment au tourisme, elle dut inventer ses propres outils.

C'est ainsi que fut créé le Negro Motorist Green Book, un guide spécifique qui indiquaient les endroits à éviter, et a contrario les aires de repos, stations service, hôtels ou restaurants servant les Noirs.

On associe aussi souvent une religiosité spécifique aux Afro-Américains. Leur christianisme est vécu de façon très intense, la transe intervient dans nombre de leurs cérémonies, et beaucoup de leurs pasteurs sont des showmen qui semblent littéralement habités par Dieu.

Le parallèle avec la sensibilité africaine et les cultes originaux est évident, même si toute référence au panthéon d'avant la déportation a généralement disparu aux USA.

(Il existe néanmoins quelques poches vaudouisantes, surtout dans le sud et dans les communautés d'ascendance caribéennes, ainsi que des personnages qui peuvent se rapprocher des rebouteux ou des gens un peu sorciers de nos campagnes).

L'autre domaine d'excellence est bien évidemment la musique. Car c'est clairement dans ce domaine que l'apport afro-américain à la culture nationale puis mondiale est le plus marqué.

S'appropriant les instruments et le répertoire de leurs maitres et voisins blancs ou amérindiens, les Noirs américains en firent quelque chose de nouveau, où certains musicologues retrouvent des harmonies et gammes de l'Afrique de l'ouest.

Chansons des champs de coton, negro spirituals, blues, funk, soul, rap...le nombre d'expressions musicales qu'on leur doit est énorme et les styles sont toujours novateurs et inventifs.

En dehors de ces domaines, auxquels d'ailleurs on réduit trop souvent la culture afro-américaine, il existe d'autres spécificités, que ce soit la nourriture, les formes linguistiques telles que l'Ebonics ou d'autres détails comme les jeux de cartes tels le tonk dont il existerait une variante afro-américaine (selon Toni Morrison).

En conclusion, la communauté des Noirs américains est bien une partie constitutive des USA, à la culture riche, originale et universellement reconnue.

Malheureusement, sa pleine intégration au pays reste problématique: malgré de considérables avancées et une présence très ancienne, il continue à y avoir une "question noire" aux États-Unis, des tensions et des soucis particuliers, comme l'actualité vient régulièrement nous le rappeler.

Je vais dans un post à venir évoquer la littérature afro-américaine à laquelle je me suis frottée.

vendredi 15 mai 2015

Mon aperçu de la littérature israélienne (1): introduction

Parmi les pays de ce globe auxquels je me suis tout particulièrement intéressé, il y a Israël.

Cet intérêt a tout d'abord tenu à mon éducation religieuse, dans laquelle le peuple juif a une place de choix.

Il s’est ensuite transformé en très forte curiosité pour un peuple-religion au destin sans équivalent dans les mondes occidentaux et méditerranéens.

Enfin, j’ai été fasciné par l’œuvre extraordinaire qu’a été la transformation de ce bout du Moyen Orient en un état qui ne ressemble à aucun autre et qui cristallise émotions et combats pour un très grand nombre de Terriens.

Quand je dis "œuvre extraordinaire" il n’y a pas de jugement de valeur, simplement le constat que quelque chose d’unique a été créé.

J'ai du coup lu pas mal d'auteurs israéliens, que je vais présenter dans cette série de posts, en y rajoutant quelques auteurs juifs, modernes ou non.

Et comme je l'ai fait jadis pour la littérature roumaine, je vais commencer par faire un petit survol de l'histoire du pays et des peuples et communautés qui l'habitent aujourd'hui.

1. Judaïsme et diaspora

Au commencement était le judaïsme, la première des religions dites "abrahamiques" (du nom de ce prophète fondateur qu'elles partagent). Elle fut révélée à un peuple sémite à qui Dieu aurait donné un destin particulier.

A l’époque antique, ce peuple se fixa sur le territoire de l’actuelle Palestine/Israël, où il cohabita avec d’autres peuples de manière plus ou moins conflictuelle.

Cet espace devint un royaume, puis deux (Juda et Israël) et fut plusieurs fois soumis à des invasions, avant qu’une révolte envers l’empire romain n’entraine l’interdiction pour tout Juif d’y habiter.

Commença alors la très longue période de diaspora, pendant laquelle le visage moderne du Juif se construisit.

Au départ, le judaïsme était la religion d’un peuple tribal, stabilisé dans un territoire qu’il dominait.

Avec la diaspora, ce peuple se fractionna. Le contact avec d’autres sociétés entraina des conversions dans les deux sens, des mélanges ethniques ou culturels, l’adoption de coutumes autres, diverses adaptations...

Cette différentiation devint parfois énorme, et si tous gardaient l’espoir formel d’être "l’an prochain à Jérusalem" comme le proclamait une prière, avec le temps il n’y eut plus tellement de choses en commun entre eux.

Le Juif prit alors cet étrange statut, ni ethnique, ni national, ni religieux, mais un peu tout à la fois, difficile à mettre dans une case, et devenant souvent un repoussoir à l’époque des religions ou des nationalismes exclusifs.

Ayant déjà évoqué l’histoire juive en tant que minorité européenne dans un précédent post et leur religion dans un autre, je vais passer directement au processus qui mena à l’État dont je parle aujourd'hui.

2. Sionisme

La théorie sioniste et l'idée de l'état d'Israël sont nées au XIXième siècle, dans le cerveau de l'Austro-Hongrois Théodore Hezl.

A cette époque, la fièvre des nationalismes qui secouait toute l'Europe entrainait des rejets violents à l'égard des minorités, dont l'affaire Dreyfus fut un des sommets.

Cet événement choqua profondément Herzl et lui donna l'intime conviction qu'il était indispensable pour la minorité juive qu'elle se construise elle aussi une patrie afin de se normaliser.

Immédiatement se posa la question de l'emplacement de ce pays.

Après quelques tâtonnements (on pensa notamment un temps à Madagascar), c'est tout naturellement (si l'on peut dire ça après 2.000 ans d'absence) vers la Palestine que se tournèrent les regards des premiers sionistes.

La théorie sioniste était née à l'ouest, mais les premiers Juifs à la mettre en pratique venaient d'Europe orientale, essentiellement de Russie, de Roumanie et de Pologne.

Ceux-ci s'installèrent en Palestine, alors province ottomane, chassés par une hostilité grandissante à leur égard et portés par une sorte de messianisme un peu fou.

Il fallait en effet la foi pour s'installer dans un climat difficile sur les rebuts des terres arabes que leur vendaient les grands propriétaires terriens.

Pour une grande partie d'entre eux sionisme se conjuguait avec socialisme et la nouvelle patrie devait aussi avoir de nouvelles règles.

Apparut alors le kibboutz, sorte de ferme collective où tout était mis en commun, où hommes et femmes ne se mariaient ni n'élevaient leurs enfants, qui étaient pris en charge par la communauté, et où la religion n'était guère la bienvenue.

A la fin du XIXIème siècle, un Juif lituanien avait ressuscité une langue hébraïque alors confinée à l'écrit. Elle fut choisie par les kibboutznik pour être celle de l'homme nouveau israélien.

A côté de ces espèces de missionnaires, il y avait des Juifs plus terre-à-terre, traditionnels ou traditionalistes, attachés au yiddish, le dialecte judéo-germanique des Juifs d'Europe de l'est, et souhaitant que l'hébreu reste seulement la langue sacrée.

Une compétition (encore présente aujourd'hui, j'y reviendrais) existait entre ces visions différentes de ce que devait être l'état d'Israël, mais elle était reléguée au second plan par l'adversité commune.

En effet, au fur et à mesure que le nombre de ces étranges colons croissait, la tension avec des voisins arabes de plus en plus inquiets augmentait également, entrainant des affrontements qui relativisaient les divergences entre Juifs: la survie primait.

En 1918, la Palestine changea de mains. Les Turcs en furent chassés par les Britanniques, aidés par des Arabes à qui ils avaient promis un grand royaume en échange de leur appui.

Cette promesse ne fut pas tenue, puisque le Royaume-Uni obtint de la S.D.N. (ancêtre de l'O.N.U.) un mandat sur la Palestine, c'est-à-dire la mission de l'aider à s'organiser avant de la laisser prendre son indépendance.

En fait, tous les mandats donnés à la France ou à l'Angleterre sur des provinces ottomanes ou allemandes aboutirent à des colonies de fait.

Les frontières actuelles des états du Levant furent d'ailleurs établies avant même le départ des Turcs par les accords Sykes-Picot, du nom de l'Anglais et du Français qui les signèrent en secret.

La déception arabe fut grande, d'autant plus quand le ministre anglais Lord Balfour avait fait en 1917 sa fameuse déclaration indiquant que le Royaume-Uni soutenait la création d'un "Foyer national juif" en Palestine.

La tension entre les communautés redoubla donc, tandis que l'immigration juive, de plus en plus financée par la diaspora, ne faiblissait pas.

Devant les désordres provoqués par cette situation, la Grande-Bretagne finit par revenir sur sa décision, mais ce faut en vain.

La Palestine mandataire était définitivement devenue un terrain d'affrontement entre des sionistes motivés, de plus en plus nombreux et vindicatifs, des Arabes de plus en plus inquiets et décidés à lutter pour ne pas être dépossédés, et des Britanniques de plus en plus dépassés et également détestés des deux côtés.

Arriva la Seconde Guerre Mondiale, à l'issue de laquelle la pression juive sur la Palestine atteint son paroxysme: suite à la Shoah des milliers de Juifs fuirent vers ce qui devenait réellement leur Terre promise.

Les sionistes organisaient des filières clandestines, collectaient des fonds, jouaient de leurs réseaux, utilisaient la propagande (comme la célèbre affaire de l'Exodus), et préparaient leur futur en organisant des forces armées, un gouvernement, etc.

3- Naissance d'Israël et Nakba

En 1948, devant la situation qui dégénérait, l'ONU fraichement créée proposa un plan de partition de la Palestine en deux états, un arabe et un juif, et le soumit à l'assemblée.

Le Oui l'emporta, notamment grâce à un important lobbying sioniste et à l'appui américain, qui alla jusqu'à exercer un chantage sur certains pays.

Dès la proclamation d'Israël éclata la première guerre israélo-arabe, dans laquelle s'engagèrent toutes les puissances arabes de la région.

L'armée israélienne, au prix de très lourdes pertes, parvint cependant à écraser les unités qui lui étaient opposées et à progresser assez largement en dehors de la zone qui lui était attribuée.

Une très grande partie des habitants de la Palestine s'enfuit à ce moment-là.

Les avis divergent sur les causes de cet exil.

On sait que certains villages à l'emplacement stratégiques furent rasés ou vidés par par l'armée ou les milices israéliennes, parfois au prix du massacre de leurs habitants (le village de Deir Yassin en est le symbole).

D'autres parlent de panique involontaire chez les Palestiniens. Certains disent enfin que c'est à l'appel des armées arabes qu'ils partirent, celles-ci leur promettant une victoire rapide et leur demandant de leur laisser les coudées franches.

Quelle que soit la part de vérité de ces trois thèses, une très grande partie des habitants arabes quittèrent au final leurs villages pour l'inconnu, parfois plus loin en Palestine, parfois en Jordanie, au Liban ou en Syrie, voire en Égypte.

Ils ne savaient pas que ce serait un voyage sans retour, l'état hébreu le leur interdisant jusqu'à ce jour.

A la fin de cette guerre, Israël était né et recouvrait une surface plus grande que celle qui lui avait été donnée.

Quant à la Palestine, elle avait disparu, partagée entre l'Égypte qui contrôlait la bande de Gaza et la Jordanie, qui annexa la Cisjordanie et Jérusalem est, où elle rasa synagogues et quartier juif.

Cet événement traumatique est connu chez les Palestiniens sous le nom de Nakba, la catastrophe.

4 - Guerres et Frontières

Plusieurs autres guerres suivirent l'indépendance, avant qu'une paix hostile ne s'établisse entre Israël et ses voisins.

Le plus important de ces conflits, la guerre dite des 6 jours, eut lieu en 1967. Cette année-là, Israël lança une guerre préventive dans toutes les directions et enfonça en quelques jours les armées syriennes, jordaniennes et égyptiennes.

Ce dernier pays, dont le dirigeant Nasser se faisait fort de rayer l'état hébreu de la carte, fut particulièrement touché.

L'aviation israélienne détruisit en effet toute son aviation au sol, et Tsahal (nom de l'armée israélienne) envahit la bande de Gaza avant de se rendre maitresse de tout le Sinaï.

Sur le front est, Jérusalem était conquise, ainsi que toute la Cisjordanie jusqu'au Jourdain. De plus le plateau syrien du Golan, haut lieu stratégique du fait de sa position et de son statut de château d'eau de la région, était également annexé.

Cette guerre, qui fit plus que doubler le territoire israélienne, constitue un tournant historique majeur.

Tout d'abord, l'image de l'état hébreu changea aux yeux du monde.

Ce petit pays vu comme isolé et menacé injustement commença à apparaitre comme une armée supérieure et une puissance belliqueuse, surtout lorsqu'il fut clair qu'il n'avait nullement l'intention de se retirer de ses nouvelles conquêtes, malgré les protestations de certains Israéliens.

Ensuite ce fut le début de la fin du panarabisme. L'échec de trois armées, de trois régimes face à un envahisseur hébreu inférieur en nombre fut un choc pour les masses arabes.

Désormais plus rien ne serait pareil et l'étoile des partis Baas et nationalistes commença à pâlir, et celle de l'islamisme à monter.

Toutefois Israël allait subir un revers six ans plus tard, lorsque Sadate, le successeur de Nasser déclencha la guerre du Kippour, qui faillit poussa l'état hébreu au bord du gouffre en le prenant par surprise.

A la suite de cette contre-offensive arabe, qui lavait l'honneur égyptien, commença le temps des négociations de paix.

Le Sinaï fut rendu à l’Égypte en échange d'une reconnaissance du pays, une paix fut signée avec la Jordanie, un modus vivendi s'établit avec la Syrie.

Le temps des conflits interétatiques prenait fin, l'étape suivante, dans laquelle nous sommes encore, allait commencer.

5 - Naissance du peuple palestinien

Suite à ses conquêtes, Israël se retrouva avec  sous son contrôle plusieurs millions d'Arabes, que l'on peut diviser en trois groupes.

Tout d'abord, il y a ceux qui étaient restés en 1948. Ceux-là ont reçu la nationalité israélienne, mais avec des droits limités, notamment l'impossibilité d'acheter de la terre ou de servir dans l'armée.

Ce dernier point est discriminatoire puisque avoir fait son service militaire est dans ce pays le sésame indispensable pour une carrière dans un grand nombre de domaines.

Ensuite il y a les habitants de Jérusalem, au statut hybride et soumis à une pression constante pour qu'ils vident les lieux.

Enfin il y a la grande masse des Arabes des territoires occupés, c'est-à-dire la Cisjordanie et la bande de Gaza. Ceux-là, la majorité, étaient au début ni plus ni moins que des colonisés.

A ces trois catégories s'ajoute une diaspora conséquente.

Elle est présente dans le monde entier mais surtout dans les pays arabes, Jordanie et Liban en tête, où elle vit dans des camps depuis plusieurs générations, n'obtenant ni la nationalité de leur pays d'accueil ni la possibilité de retourner dans leur pays d'origine.

Cette situation et la trahison des pays arabes dont il devint vite évident que la question palestinienne n'était qu'un outil de politique intérieure, fit prendre conscience aux Palestiniens qu'ils étaient un peuple. Et à ce titre, il fallait qu'ils ne comptent que sur eux-mêmes s'ils voulaient être reconnus comme tels un jour.

Apparut alors l'OLP, l'Organisation de Libération de la Palestine, qui commença sa longue marche par des attentats, et dont le leader Yasser Arafat finit par devenir une figure internationale incontournable.

L'état hébreu chercha tout d'abord à détruire l'OLP par des assassinats ciblés, par des attaques frontales de leurs bases arrière (comme le Liban), puis passa à l'allumage de contre-feux, notamment en finançant une opposition islamiste de façon à semer la division.

Ce fut un échec, et malgré une colonisation massive par des Juifs venus des quatre coins du monde, des séries d'expropriations et des vexations de toute sorte, les Palestiniens s'accrochèrent et s'accrochent toujours à leur terre.

En 1987, ils prirent tout le monde par surprise, y compris leurs leaders, en déclenchant l'Intifada, la guerre des pierres.

Le spectacle ultra médiatisé de ces enfants qui lançaient des projectiles de fortune sur des soldats israéliens lourdement armés fit prendre conscience au monde qu'il y avait bel et bien une occupation.

Et peu à peu, l'opinion mondiale bascula: les rôles de David et Goliath furent inversés entre les Israéliens et les Palestiniens.

A ce jour, le problème n'est pas réglé.

La Palestine a obtenu une fausse autonomie et s'est déchirée entre la Cisjordanie d'une part, fidèle au Fatah hérité de l'OLP, et la bande de Gaza d'autre part, qui s'est donnée au Hamas, mouvement d'opposition islamiste qui nie toute légitimité à Israël.

En parallèle, Israël reste campé sur ses positions et la colonisation juive ne faiblit pas, entretenant la haine et le cycle des affrontements, tandis qu'une sourde lutte démographique a lieu entre les diverses communautés.

6 - Les communautés en Israël

J'en viens au dernier point de ce bref portrait, les communautés d'Israël. Ce pays est en effet une véritable mosaïque.

Commençons par le côté arabe. La majorité y est musulmane, sunnite et sédentaire mais on y trouve aussi quelques minorités religieuses.

La première est la minorité chrétienne, dont le destin se situe entre celui des maronites du Liban et celui des autres chrétiens d'orient.

Souvent plus riches et éduqués, servant de courroie avec les pouvoirs coloniaux, les chrétiens ont plus facilement émigré, affaiblissant leur part relative dans le pays.

Aujourd'hui ils sont ostracisés tant par les colons juifs que par une majorité palestinienne de plus en plus tentée par l'intégrisme islamique, et leur futur semble de plus en plus sombre.

La seconde minorité est celle des druzes.

Cette communauté religieuse, que l'on trouve aussi au Liban, vit dans une stricte endogamie et sans prosélytisme, et elle est mieux intégrée à l'état hébreu que les autres.

Elle a même demandé à servir dans l'armée et joue le jeu, ayant simplement changé d'allié (elle n'était guère mieux traitée par les précédents pouvoirs).

Enfin, la dernière minorité est celle des Bédouins.

Comme en Égypte, ils sont clochardisés, non reconnus et vivent dans la misère la plus noire, trainant leur tribu où ils peuvent dans des territoires de plus en plus exigus. Une partie d'entre eux s'est engagée dans Tsahal.

Côté juif, c'est également très varié.

Le premier groupe est celui des fondateurs d'Israël.

Ashkénazes, majoritairement issus des pays de l'est européen (Pologne, Roumanie, Ukraine et Russie tsariste), ils ont véritablement créé Israël, ses mythes, son armée, ses kibboutz, imposé sa langue, une certaine vision du pays, un côté moraliste nationaliste et communisant.

Ils ont aussi constitué une forme d'aristocratie dirigeante qui est souvent mal vue des autres groupes.

Le deuxième groupe est celui des Juifs venus du monde arabe.

Parmi eux il y a tout d'abord les Séfarades. Censés descendre des juifs expulsés d'Espagne, ils viennent de tout le Maghreb, Maroc en tête, mais aussi de Turquie et parfois de pays d'Europe où ils avaient précédemment fait souche.

Les Mizrahim sont le deuxième groupe de juifs du monde arabe, ils sont venus d'Irak, de Syrie, du Liban, d’Égypte, du Yémen, etc.

Tous ces juifs orientaux ont souvent été traités comme des citoyens de seconde zone.

L'establishment ashkénaze les a installés autoritairement dans des zones déshéritées (telles que la ville de Dimona en plein désert), et les méprise pour leur culture plus religieuse, plus bruyante, plus orientale, bien loin du mouvement laïcisant et moderniste des fondateurs.

Dans les années 70, ils se sont révoltés contre cette vision, constituant le mouvement des panthères noires, avant de peu à peu mieux s'intégrer.

Le troisième groupe de Juifs est celui des Éthiopiens.

Première minorité de couleur du pays, elle est elle aussi mal intégrée et déconsidérée par le reste de la population, parfois même franchement raciste à leur égard.

Enfin, le dernier grand groupe, arrivé dans les années 90, est celui que constituent les Juifs russes débarqués après la fin de l'Union soviétique dans un nombre tel qu'ils ont changé l'équilibre démographique du pays.

En effet, ils représentent désormais 20% de la population israélienne, sont souvent très laïcs, voire athées, et gardent un fort attachement à la culture et à la langue russe. Au scandale général, il s'est d'ailleurs avéré que certains n'étaient même que Russes.

Une autre ligne de fracture coupe la société israélienne juive en deux, celle du rapport à la religion.

Un réveil très fort est en effet en cours, et de plus en plus de Juifs sont orthodoxes, suivant les préceptes de la Torah et du Talmud de manière extrêmement stricts, vivant en vase clos, refusant toute négociation avec les Arabes et faisant des ribambelles d'enfants ainsi que l'a recommandé Dieu.

Israël est donc un bouillon de culture au futur aussi incertain que ses frontières, où les communautés s'entrechoquent de manière plus compliquée qu'on ne peut l'imaginer, et dont l'avenir semble bien complexe.

Un chiffre illustre bien les changements en cours: lorsqu'on cumule le nombre d'enfants des orthodoxes et de ceux des arabes israéliens, on obtient plus de la moitié de la jeunesse du pays.

Je terminerai ce post en évoquant une autre communauté, invisible parmi les invisibles, non reconnue ou prise en compte car aucunement liée aux groupes que je viens de décrire: il s'agit des immigrés.

Globalement, Israël est en effet un pays développé, occidentalisé, et malgré des inégalités qui ont tendance à se creuser de plus en plus, il est globalement riche, beaucoup plus riche que le Tiers Monde en tout cas.

Et à ce titre, il est attractif pour les miséreux du monde entier qui viennent y tenter leur chance.

Certains arrivent dans le cadre de contrats passés avec les entreprises mondialisées d'Israël (par exemple, le mur de séparation a été construit au moins en partie par des Chinois), pour s'occuper de la garde d'enfants, de personnes âgées, ou le travail de maison (là comme ailleurs on trouve beaucoup de Philippins).

D'autres sont recrutés par les entreprises agricoles pour remplacer les ouvriers palestiniens qu'on ne veut plus embaucher.

D'autres viennent clandestinement grossir le secteur informel, traversant le Sinaï pour échouer dans les quartiers pauvres.

Enfin, une partie est constituée par les conjoints goys de Juifs ayant suivi leur moitié en Israël.

Peu de statistiques sont disponibles sur ce troisième groupe, mais ils sont de plus en plus visibles et posent un problème nouveau en se glissant entre les deux communautés historiques.

Leur nombre est suffisamment important pour susciter en tout cas les polémiques et des projets de renvoi en Afrique ont même vu le jour.

Cet aperçu de ce bout du monde si complexe m'a semblé nécessaire avant d'introduire mes auteurs.