mercredi 23 juillet 2014

Auteurs(4): Bruno Heitz

Bruno Heitz est un auteur de bande dessinée que j'ai découvert par hasard, un jour où je fouinais dans la médiathèque de ma ville.

Son nom m'étant inconnu et son dessin pas plus accrocheur que ça, c'est le titre intrigant d'une de ses bédés, J'ai pas tué de Gaulle mais ça a bien failli qui m'a attiré l'oeil.

Je l'ai empruntée et m'en suis félicité. Je suis en effet entré dans une histoire très prenante, racontée sur un ton humoristique et percutant.

Ce livre commence par la description du parcours d'un jeune homme qui, après avoir quitté la Lorraine, vit d'escroqueries à l'assurance dans le Paris des années 60.

Bien vite, la petite histoire est rejointe par la grande, puisque notre héros se retrouve entrainé malgré lui dans la politique, plus précisément celle des défenseurs de l'Algérie française. Il va ainsi croiser l'OAS et l'attentat du Petit-Clamart.

Je l'ai lu d'une traite, et me suis rapidement attaqué à une autre aventure du même personnage, C'est pas du Van Gogh mais ça aurait pu, avant de commencer la série Un privé à la cambrousse, que j'ai encore plus aimée.

Dans cette dernière, Heitz met en scène des polars ruraux, qui se déroulent en Lorraine (sa région d'origine) pendant ces années où les campagnes étaient encore de petits mondes bien vivants, avec leurs commerces, leurs lieux de vie et leurs événements.

Le héros habite une ferme avec son frère, avec lequel il ne s'entend pas très bien, et il fait des tournées en camion pour le compte d'une épicière avare au caractère bien trempé.

Mais sa vraie vocation c'est d'enquêter, et chaque livre de la série le voit démêler une énigme plus ou moins compliquée, généralement peu sanglante et bien loin des habituelles histoires de crime du genre.

Les intrigues sont extrêmement bien ficelées, le suspense solide et l'humour très présent. Mais ce qui m'a tout de suite plu dans ces bédés c'est ce monde de la campagne qu'il décrit avec une grande précision, que ce soit les mentalités, les vêtements, les objets, les coutumes ou les véhicules (ah le fameux type H de Citroën...).

Le ton est juste, et il fait revivre cette époque pas si lointaine dont j'ai moi-même connu la fin durant mon enfance, en décrivant un de ces endroits où l'on est d'abord le fils Untel et où tout le monde connait et regarde tout le monde.

Côté dessin, c'est une sorte de ligne claire crayonnée, la longue série des enquêtes du privé étant en noir en blanc, les autres en couleur.

Je sais que Heitz fait aussi des livres pour enfants et touche également à d'autres domaines, mais je n'ai pas eu l'occasion d'aller plus loin.

En attendant, je suis assez frustré d'être arrivé au bout de ma série, que je recommande chaudement.

mercredi 2 juillet 2014

Musique(8): Chanteurs de niche

Dans le monde de la musique, il y a les poids lourds grand public, les Beyoncé, les Francis Cabrel, les Rolling Stones, les Katy Perry.

Il y a les stars qui le sont dans leur domaine, dans leur sous-genre, que ce soit le hard rock, la country, la musique électronique, le blues.

Et à côté d'eux il y a aussi ceux qui suivent leur chemin sur un créneau particulier. Ce créneau n'est pas forcément un style musical en soi, mais plutôt un secteur correspondant à un groupe particulier d'auditeurs.

C'est ce que j'appellerai les chanteurs de niche.

Je les ai rencontrés souvent par hasard et leur existence m'a semblé intéressante, parce qu'inattendue. La question de leur cheminement, de leur choix et de leur longévité m'a fasciné.

Je vais donner ici quelques exemples de ces "chanteurs de niche".

Les sosies de star et les tribute bands

Les premiers chanteurs de niche que je vais évoquer sont les sosies de star et les tribute bands. Les deux se réclament d'une star connue et de son répertoire, avec des nuances.

Dans le cas du sosie, le mimétisme est poussé à l'extrême: coiffure, arrangements, vêtements, visage, tout est fait pour qu'on ait l'impression de voir l'original.

Le film Podium évoquait les clones de Claude François, le petit monde qui les entoure et les concours qui les opposent.

Leur carrière est souvent obscure et plus proche du chanteur de bal que de leurs modèles. Je me souviens d'une affiche qui m'avait stupéfait quand j'étais jeune: Michel Sardou en concert dans un village poitevin de quelques milliers d'habitants!

En fait il s'agissait bien sûr d'un de ses clones, comme j'ai pu le constater en me rapprochant, peut-être Serge Cardu?

Les Tribute band, comme le nom l'indique (ça veut plus ou moins dire groupe hommage), jouent moins l’ambiguïté que les sosies.

Généralement, ils reprennent fidèlement le répertoire de leur modèle, certains en poussant le mimétisme à son extrême, comme Gary Mullen and The Works avec leur spectacle One night of Queen qui époustoufle les critiques, ou Abbamania, d'autres non.

Les motivations de ces artistes sont diverses.

On dit que les tribute bands sont apparus dans l'Australie des années 60, souvent peu visitée par les groupes anglais et américains du fait du coût d'un voyage à l'époque. Les tribute bands compensaient alors un manque.

Dans d'autres cas, il peut s'agir d'hommage, d'identification, d'un plan malin. Ou tout simplement de gens qui considèrent qu'ils ne font qu'appliquer au rock et à la pop ce qui se fait pour la musique classique, où des artistes reprennent Bach et Mozart depuis des lustres sans que personne ne trouve à y redire.

On trouve aussi des groupes plus étonnants/réjouissants, comme les tribute bands de filles dans le style très masculin qu'est le hard rock: citons Iron Maiden (The Irons Maidens tout simplement!), Métallica (Misstallica) et AC DC, qui semble inspirer beaucoup de ces dames (Hell's Belles, AC/DShe, ACDC Female Tribute Band).

Il y a enfin des formations où l'hommage n'est pas très loin de la parodie. Je pense aux étonnants Dread Zeppelin qui se sont faits connaitre en reprenant les titres de Led Zeppelin en version reggae avec un chanteur au look Elvis période Las Vegas.

Les carrières sont inégales parmi tous ces gens, et si les tribute band peuvent sans doute être agréables à regarder (si on aime le répertoire, pourquoi pas?), j'avoue une certaine perplexité devant ceux qui jouent les clones...

Les chanteurs nationalistes

Le deuxième groupe de chanteurs que je vais évoquer est encore plus obscur pour la plupart des gens. Il s'agit de chanteurs engagés, mais pas à gauche comme c'est implicite lorsque nos médias qualifient quelqu'un d'engagé.

Au contraire il s'agit de l'autre bord: les nationalistes. Je ne parle pas ici de style musical liés à des tribus comme les boneheads avec le RAC, mais plutôt de chanteurs de variété dont les textes reprennent les valeurs nationalistes.

Parmi eux, on peut trouver la chanteuse malgache Isabella, hallucinante version FN de la Compagnie Créole qui suit les Le Pen et dont j'avais appris l'existence dans un JT il y a au moins vingt ans.

Il y a aussi Docteur Merlin, dentiste chanteur dont je connais tout juste l'existence et surtout Jean-Pax Méfret, véritable star dans le secteur (un article sur son parcours ICI).

Ce journaliste pied-noir aux titres évocateurs chante l'Algérie française de son enfance, l'honneur militaire, les valeurs bafouées, les anciens combattants, l'horreur communiste. Musicalement, il se rapproche un peu d'un Michel Sardou et de la variété au sens large.

Les musiciens chrétiens

Dans ce même ordre d'idée d'une version idéologique de la musique populaire, il y a les chanteurs religieux. Je connais le phénomène pour le monde chrétien, mais j'imagine que ça peut exister pour d'autres religions (d'ailleurs les professions de foi musulmane qui envahissent le rap le prouvent).

Il a existé d'emblématiques chanteurs catholiques tels Soeur Sourire ou le Père Duval, que j'ai découvert grâce à la chanson "Trompettes de la renommée" de Brassens (ICI une interview croisée de ces deux auteurs). Mais c'est dans le monde protestant, toujours plus en prise avec la modernité, qu'on trouve le plus de musiciens chrétiens.

Aux USA, il existe notamment une véritable scène rock chrétienne, avec ses festivals, ses supporters, et dont le look et les arrangements n'ont souvent rien à envier aux "vrais" rockers. 

J'ai rencontré en France des fans protestants du groupe Pétra, qui semble un poids lourd là-bas. Toujours chez nous, il y a Steven Gunnell, ex-membre du boys band Alliage, qui a refait une carrière côté chrétien, et d'autres groupes plus confidentiels, tels Antydot.

Les chanteurs de charme de chez nous

Je terminerai par un sous-groupe qui n'en est pas vraiment un, celui des chanteurs de charme francophones.

Dans la lignée d'un Tino Rossi mais sans l'incroyable succès que celui-ci a pu avoir (il est le plus grand vendeur de disques francophone de tous les temps), leurs titres font la part belle au romantisme sucré et visent une certaine catégorie de public, essentiellement féminin et un peu âgé. Côté musical, ça lorgne plutôt vers la variété.

Citons Frédéric François (son site), qui a quand même une certaine notoriété (il entrait régulièrement au Top 50 du temps où je le regardais) et surtout l'étonnant Frank Mickael (son site).

Ce chanteur belge est une véritable idole et vend des millions de disques même s'il est globalement ignoré par les médias. Il a notamment un très grand fan club chez les femmes et remplit les salles à chaque tournée.


En conclusion, je dirai qu'il y a finalement plusieurs façons de faire carrière dans la chanson, et que comme dans tout marché il y a des niches. Ces quelques exemples montrent des artistes qui ont su en trouver une et y faire leur trou.

Liens:

- Abba mania: Gimme gimme
- Un des innombrables sosies de notre Cloclo national en spectacle
- Dread Zeppelin: Whole lotta love
- Gary Mullen and The Works: teaser de leur spectacle
- Hell's Belles: Whole lotta Rosie
- Mistallica: For whom the bell tolls
- Serge Cardu: quelques extraits
- Isabella: Avec Jean-Marie.
- Jean-Pax Méfret: Antoine
- Soeur Sourire: Dominique
- Père Duval: La mer est profonde
- Frédéric François: Je t'aime à l'italienne

vendredi 27 juin 2014

Livres (7): Le camp des saints

En 2011, les printemps arabes ont vu la chute de trois dictateurs nord-africains que l'on avait fini par croire inamovibles.

En Tunisie, suite au renversement de Ben Ali, des milliers de personnes ont fui vers l'Europe pour atterrir dans la petite île italienne de Lampedusa, dont la maigre population s'est brutalement trouvée submergée par des migrants dépourvus de tout.

Cet événement a été très médiatisé et a réveillé deux sentiments dans toute l'Europe.

Le premier, assumé, détaillé, affiché dans les média, a été la volonté d'aider de pauvres gens, la compassion, l'envie d'agir, qu'elle soit mue par la culpabilité ou la charité (chrétienne ou non), qu'elle relève de l'idéologie ou non.

Le deuxième, plus souterrain et souvent caché, c'est la peur de "l'invasion" par une population autre et nombreuse.

Même s'il n'échappait à personne que ladite invasion n'en était pas une, qu'elle était pacifique et mue par une situation dramatique, il y avait la crainte de ne plus être chez soi, d'autant plus vive qu'il s'agissait de musulmans maghrébins, déjà très présents en France et population la plus décriée, stigmatisée et redoutée.

C'est à ce moment-là que j'entendis parler pour la première fois du livre Le camp des saints, écrit par Jean Raspail en 1973 et dont l'histoire faisait singulièrement écho avec ces événements.

Jean Raspail est un vieux monsieur qui a passé une grande partie de sa vie à voyager, étudiant les peuples dits premiers en voie de disparition (notamment les Amérindiens), avant de se mettre à l'écriture, commençant à 48 ans par le livre dont je vais parler.

La trame en est très simple. En Inde, des gens décident un jour de s'embarquer pour aller vers le paradis européen.

Encouragés par les missionnaires et les humanitaires, suivant un leader improvisé en la personne d'un colosse et de son fils infirme, ils convergent tous vers les ports indiens, s'entassent dans une flotte hors d'âge et prennent la mer. Ils sont à ce moment-là un million.

Commence alors un périple étonnant, les bateaux se dirigeant au jugé, en fonction notamment des réactions imprévisibles de l'enfant infirme.

L'Occident entier manifeste son soutien, à l'exception de l'Australie, aux premières loges, et de l'Afrique du sud (alors sous le régime de l'apartheid) les deux se faisant copieusement insulter et dénigrer par le reste du monde.

Puis, au fur et à mesure de la progression de la flotte, qui, bénéficiant de conditions météorologiques exceptionnelles, s'approche inexorablement de l'Europe, certains commencent à s'interroger sur ce qu'il convient de faire.

Au final, c'est sur les côtes provençales que le million de miséreux va venir s'échouer et poser le pied au paradis.

Je ne raconterai pas ici la fin, mais au fond elle importe peu.

Dans ce livre Raspail, qui est certes un conservateur, catholique royaliste et plutôt opposé au grand métissage tellement à la mode aujourd'hui, pose de manière abrupte et prophétique (nous sommes en 1973, alors que ces thématiques sont assez nouvelles) des questions dérangeantes.

Quand des millions de malheureux arrivent dans un pays prospère, comment celui-ci doit-il réagir?

Peut-il moralement les refouler et les condamner à une mort certaine?

Ou bien doit-il les accueillir et partager avec eux ce qu'il a, sachant que ce faisant il va forcément altérer de manière profonde et irréversible sa propre identité, sa civilisation?

Sur cet aspect-là, Jean Raspail est en effet à des kilomètres de la vision optimiste d'une intégration naturelle et en douceur, où le nouvel arrivant se fond rapidement dans le paysage et y disparait.

D'ailleurs, s'il y a des gens avec lesquels il est impitoyable, c'est justement ces "droits-de-l'hommistes" pour lesquels il n'a pas de mots assez durs. Ceux qu'il décrit sont soit d'une naïveté confinant à la bêtise, soit roublards, revanchards, nihilistes ou calculateurs.

Pour Raspail, les peuples existent, on ne les choisit pas et les nier est illusoire car au pied du mur c'est vers eux qu'on est renvoyés, surtout quand la couleur ou les traits trahissent une origine.

Sur ce plan-là, je ne peux qu'être d'accord, moi qui suis "devenu blanc" comme je l'expliquais dans un précédent post. L'actualité, avec l'explosion des revendications identitaires dans notre pays, va également dans ce sens.

En revanche, sa vision me semble trop essentialiste, nostalgique. C'est évident que la France, et l'Europe, ne sont plus les mêmes suite à l'afflux constant et massif d'immigrants venus de l'extérieur du continent.

Mais il est tout aussi évident que la France et l'Europe d'hier n'étaient pas celles d'avant-hier, que chaque génération amène des changements et que les pays fournisseurs de migrants changent eux aussi.

L'immigration de masse est un fait aujourd'hui, comme le vieillissement des pays riches, comme précédemment les colonisations ou la révolution industrielle, et nul ne peut prédire ce qu'il en sortira exactement.

Pour en revenir au livre, il est très bien écrit, la tension dramatique étant temporisée par un côté farce et une langue truculente.

Il est également truffé de références bibliques (son titre est une citation de l'apocalypse de Saint-Jean) et l'on y retrouve des lieux et des personnages publics sous de faux noms qui ne trompent personne.

Le camp des saints, qui est devenu un classique mondial même si chez nous il a une odeur de soufre et qu'il a valu à son auteur bien des ennuis (il tire aujourd'hui gloire du fait qu'il ne pourrait plus être publié à cause des lois mémorielles), est un livre marquant.

Il évoque le fait que les civilisations sont mortelles, que les puissants du jour ne sont pas ceux du lendemain, et que les identités existent.

Liens:
Interviews de Jean Raspail
- en 1973 : 1 puis 2
- en 2011

Livres (29): La condition noire - Etre noir quand je le veux

Récemment j'ai lu un excellent livre, La condition noire de Pap Ndiaye.

Dans cet ouvrage de 2008, souvent décrit comme fondateur de l'équivalent français des Black studies américaines, l'auteur, lui-même métis de père africain, dresse un portrait passionnant et très complet de la "communauté noire" (j'expliquerai les guillemets plus loin) de notre pays.

Partant de différents angles, il raconte l'Histoire et les histoires, très variées, de ces gens que le hasard a fait naître avec la peau noire et en France métropolitaine. Il parle de l'esclavage, du commerce triangulaire, de la colonisation, des guerres et des migrations, et compare avec l'incontournable continent américain, USA en tête.

Il décrit également l'état actuel de cette communauté, qu'il estime aux alentours de 4 ou 5% de la population totale, estimation forcément grossière puisque notre pays interdit tout dénombrement sur critère ethnique.

En moyenne, les noirs de France sont plus jeunes, plus masculins, moins diplômés et plus pauvres que leurs compatriotes d'une autre couleur.

Ils ont aussi des positions sociales différentes selon qu'ils sont plus ou moins métissés et qu'ils sont originaires des Antilles ou d'Afrique.

La finalité de ce livre n'est toutefois pas que de transmettre un portrait, aussi passionnant et documenté soit-il.

Ndiaye insiste sur le fait que ce qui rassemble ces gens si disparates dans une seule communauté, c'est l'expérience vécue du fait de leur couleur, un regard biaisé des autres qui peut aller de simples remarques agaçantes jusqu'à des pratiques discriminatoires, voire au racisme franc.

Les anecdotes rapportées sont toutefois très difficiles à analyser, car elles comportent toutes à la fois la dimension raciale et la dimension sociale, et faire la part entre les deux est un exercice difficile, sinon impossible.

Premier exemple: il cite le cas d'un homme devenu l'un des deux seuls cadres noirs d'une entreprise, et qui s'interdisait toute familiarité avec l'autre noir afin de désamorcer les inévitables accusations de communautarisme.

Je connais le cas de deux Roumaines, donc des blanches, qui connaissent exactement le même dilemme.

Deuxième exemple: il parle de la recherche d'emploi, citant la difficulté extrême d'obtenir des entretiens et des postes.

Là encore, je connais plusieurs personnes dans ce cas, qui ne sont pas noires mais seulement issues de milieux populaires, parfois Français dits de souche. Mais ces personnes n'ont ni les manières, ni le fameux "réseau" qui permet d'entrer dans le monde de l'emploi sans coup férir.

Je me souviens moi-même de l'extrême difficulté à décrocher un stage, dont je ne suis sorti que grâce à l'intervention de quelqu'un issu d'un milieu mieux intégré économiquement et socialement que moi.

Ndiaye ne conteste pas cela, mais dénonce le travers qui consiste à vouloir nier l'aspect racial en se réfugiant derrière une généralité sociale, héritage de notre modèle et aussi, dit-il, de la marxistophilie qui a profondément marqué notre pays. En disant cela, il souligne bien que le risque est de tomber dans l'excès inverse.

Je ne peux qu'acquiescer.

Mais de toute façon, il existe bel et bien une spécificité noire qui la distingue des autres communautés socialement positionnées au bas de l'échelle.

Cette différence réside dans le fait que la mélanine se transmettant génération après génération, leurs descendants connaitront potentiellement le même problème, alors que dans le cas des Roumains précités, ou le mien, les enfants n'auront a priori pas le problème rencontré par leurs parents.

De ces constats, l'auteur en arrive au CRAN, le Conseil Représentatif des Associations Noires, dont il est un membre.

Cette espèce de supra-association créée en 2005 se veut l'équivalent français de la NAACP américaine. A ce titre, elle se donne pour but de mesurer les discriminations pour faire pression sur les pouvoirs publics et la société afin de les corriger, de façon à "rétablir une égalité réelle et non théorique" entre les citoyens français.

C'est là où je suis un peu plus sceptique.

A sa création, ce mouvement a fait beaucoup de bruit. On pensait tout de suite aux idées de communautarisme, de lobby noir, de discrimination positive, etc. Cela a fait tiquer les républicains traditionnels partisans de l'assimilation et anti-multiculturalisme.

J'ai moi-même été un peu choqué quand j'ai entendu parler de cette création (tout comme je peux trouver la participation du président de la république au fameux dîner du CRIF finalement assez dérangeante).

Je comprends évidemment l'idée que l'expérience minoritaire pousse à se réunir, qu'on veuille partager des choses communes, se soutenir, se retrouver, voire rester de manière plus ou moins exclusive entre soi.

C'est pourquoi les associations régionalistes, religieuses, communautaires me semblent logiques, à un petit bémol près sur lequel je reviendrai plus tard.

Je trouve également normal et même très souhaitable qu'on veuille mesurer les discriminations, essayer de comparer les situations, classer, dénoncer les abus de position ou les mises à l'écart fondés sur des critères raciaux, d'origine, etc.

Je suis enfin d'accord pour dire que chacun d'entre nous a plusieurs facettes, plusieurs caractéristiques et qu'on ne doit pas obliger à en gommer une pour rentrer dans un moule. On peut être français ET noir ET musulman ET homosexuel, etc.

A partir du moment où les lois et les usages sont respectées, rien à redire.

Mais la dérive est rapide vers une demande d'un traitement spécifique, qu'il s'agisse de "réparations", de demandes d'adaptation de la société d'accueil à des caractéristiques réputées intangibles, ou à la compétition/dénonciation d'autres communautés.

Le CRAN s'est ainsi illustré par une dénonciation du racisme pied-noir, corrélant le racisme d'une ville à l'importance de sa communauté de rapatriés d'Algérie.

Je doute qu'ils se soient permis ce genre de dénonciation vis-à-vis d'autres communautés, par exemple en parlant du racisme maghrébin.

Chaque communauté a ses racistes, et racismes pied-noir et maghrébin existent bel et bien, mais pour une association qui revendique une égalité de traitement des individus, cela me semble dérangeant et stigmatisant.

En faisant ce genre de raccourci, ils font précisément ce que par ailleurs ils dénoncent, de l'essentialisation.

Ce qui me ramène au bémol que j'ai évoqué plus haut.

Dans quelle mesure notre état doit-il reconnaitre des groupes constitués, qu'il s'agisse d'indigènes, de fidèles d'une religion donnée, d'un groupe ethnique ou d'une association? Quels droits spécifiques peuvent-ils leur être légitimement concédés? Cela ne lèsera-t-il pas d'autres groupes?

Cela me rappelle les requêtes d'organisations rroms demandant la prise en compte de leurs spécificités. Il est certes généreux de vouloir les aider à mieux s'intégrer dans leurs pays, mais dans quelle mesure est-il légitime de demander au reste de la population de financer ce qui est finalement un choix de vie?

On a parfois l'impression que ce que demandent ces groupes, c'est d'être reconnus officiellement comme égaux ou comme différents selon que ça les arrange ou non, être noir quand je le veux et si je le veux en somme.

En attendant, lisez La condition noire, vous apprendrez beaucoup.

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L'autre culture italienne

De l'Italie, on a tous des images un peu cliché.

On pense au café, à la pizza, au football, au romantisme, à l'opéra, aux vieilles pierres, un peu à la mafia, aux machos clinquants, aux filles ultra féminines que l'âge convertit en mamas obèses et hystériques, aux conducteurs du dimanche...

On réduit bien souvent ce pays à un espèce d'eldorado touristique raffiné et dépaysant, à un folklore un peu basique.

Pourtant l'Italie ce n'est évidemment pas que ça. C'est même le pays d'Europe dont la France se rapproche le plus, bien plus que de l'Allemagne ou du Royaume-Uni auxquels on a pourtant plus tendance à se comparer.

Histoire, religion et langue bien sûr, mais aussi puissance et modèle économiques, adhésion à l'UE, dichotomie nord-sud, gastronomie nous rapprochent.

Sans même parler de la longue immigration italienne en France, directe ou via nos colonies maghrébines.

L'Italie c'est aussi, on l'oublie souvent, la troisième puissance économique de la zone euro. Au nord du pays s'est développée une économie puissante, basée sur un important tissu de PME très réactives et s'adaptant au plus près aux demandes du marché.

Dans ce post, je voudrais évoquer un aspect de l'Italie auxquels on ne pense pas forcément, à savoir le fait qu'il a longtemps été le paradis de la sous-traitance de produits culturels et également un grand pourvoyeur souterrain dans ce domaine.

Le cinéma

On ne présente pas le cinéma italien. Les réalisateurs et acteurs de facture internationale y sont légion, et l'après-guerre a fourni un important lot de chefs d’œuvre et de monstres sacrés: Sergio Leone, Luchino Visconti, Michelangelo Antonioni, Federico Fellini derrière la caméra, Sophia Loren, Marcello Mastroianni ou Gina Lollobrigida devant, etc, etc.

On peut y ajouter tout ce que l'importante diaspora italienne a donné au monde: que serait le cinéma français sans Lino Ventura, Yves Montand ou Claudia Cardinale, le cinéma américain sans Al Pacino, Martin Scorsese ou Les Coppola?

Mais au-delà de cette vitrine prestigieuse et très connue, l'Italie a aussi produit des myriades de films de genre, inventant même dans certains cas un style particulier.

Citons le western spaghetti, qu'on dit créé par l'extraordinaire Sergio Leone. Ce genre fut baptisé ainsi par les Américains, persifleurs devant ces Européens qui avaient la prétention de vouloir réinventer un type de film 100% yankee.

En vérité la copie est pourtant souvent bien plus intéressante que l'original, loin du moralisme hypocrite et étouffant des westerns classiques, trop souvent autoglorification et réécriture de l'histoire.

Au contraire, dans les spaghettis, les héros sont cupides, la loi est absente, la violence omniprésente et sanglante, les personnages complexes.

Deux de mes films préférés sont des westerns spaghettis: Il était une fois dans l'ouest et Et pour quelques dollars de plus m'envoûtent à chaque fois que je les vois (j'ai même été voir une rediffusion du premier au cinéma).

Derrière les grandes productions de Sergio Leone ont suivi une myriade d'autres petits westerns, au budget plus léger, à l'intrigue plus fine, bref un cinéma dit de Série B, produit à peu de frais et en grande quantité et toujours de l'autre côté des Alpes. Parmi les plus aboutis de ces films on a ceux de Sergio Corbucci (le plus connu étant Django) qu’on a parfois qualifié de Leone du pauvre.

Un autre genre typiquement italien est ce qu'on appelait les giallos, films policiers très stylisés, teintés d'érotisme et d'horreur.

Ce genre connut un grand succès pendant une vingtaine d'années (ICI un lien intéressant sur le sujet) et ce style imprégna en profondeur le cinéma italien. Dario Argento en fit un certain nombre.

A noter le rôle de Mussolini dans le développement du cinéma italien. C'est en effet le dictateur fasciste qui mit en œuvre le projet de Cinecitta, sorte de Hollywood transalpine qui offrit des moyens conséquents à l'industrie du film.

A noter aussi une particularité de ce cinéma, son orientation décomplexée et assumée vers l'exportation.

Pour cela, on recrutait des acteurs américains que l'on faisait venir sur place, certains s'y installant pour de longues années (comme Woody Strode) et y faisant carrière.

Beaucoup d'acteurs du cru prenaient également un pseudonyme américain, par exemple Mario Girotti, alias Terence Hill et son acolyte Carlo Pedersoli, alias Bud Spencer, dont les pantalonnades eurent un grand succès.

 L'Italie, capitale de la musique des années 70-80

L'Italie a également marqué la musique pop contemporaine. On en est moins conscients parce qu'à l'instar du cinéma, les producteurs ont visé l'international dès le début. Ils ont donc chanté en anglais et utilisé force pseudonymes et/ou chanteurs anglo-saxons recrutés pour l'occasion.

Le style italo-disco fit les beaux jours des discothèques européennes entre la fin du disco et le début de la dance music.

De nombreux artistes, souvent des "one hit wonder" au succès météorique, furent lancés, produits et enregistrés en Italie, et derrière pléthore d'entre eux on retrouve les quelques mêmes personnes clé.

Les amateurs de compilation des années 80 seraient ainsi sans doute surpris d'apprendre que les hits Tarzan boy, Under the ice, Comanchero ou Girl of Lucifer sont de purs produits italiens...

De même, nombre de pop stars françaises, de celles dont on entend parfois dire qu'à leur époque au moins on chantait en français, allaient chercher l'inspiration de l'autre côté des Alpes.

Quelques hits mémorables de Joe Dassin sont des reprises italiennes (Le Petit Pain au chocolat ou L'été indien notamment) et les plus grands succès de Jeanne Mas, prêtresse des années 80, ne sont souvent que des VF du hit parade italien.

Ces dernières années, l'Italie a plus fait plus parler d'elle pour sa dette, les frasques de sa classe politique (dont l’inénarrable Berlusconi) et le désespoir de sa jeunesse (qui se raréfie autant que les familles étaient jadis prolifiques) que pour sa production culturelle.

Gageons que ce pays étonnant, si riche et débrouillard saura rebondir, nous donnant peut-être l'exemple qui nous manque.

vendredi 13 juin 2014

Livres (6): Un été sans les hommes

A priori, le titre du livre dont je vais parler aujourd'hui, Un été sans les hommes et le background new-yorkais branché de l'auteure, Siri Hustvedt, ne m'engageaient pas vraiment à le lire. Au contraire même.

Mais sur le conseil de ma chère et tendre, j'ai quand même essayé.

Et franchement, bien m'en a pris: j'ai en effet découvert un livre profond, intéressant et un regard positif et plein de sagesse sur des sujets graves.

L'histoire est simple.

A la cinquantaine bien sonnée, la narratrice, une poétesse mariée à un scientifique (ils ont un enfant), voit celui-ci la quitter pour partir "faire une pause" avec une collègue française de plusieurs années sa cadette.

Le coup est violent et l'héroïne s'effondre au premier sens du terme. Elle est hospitalisée dans un centre psychiatrique où elle va passer une longue période avant de revenir à la vie.

Le livre commence quand elle décide d'aller dans la région où vit sa mère pour faire elle aussi une pause et tenter de se reconstruire (comme on dit dans les magazines).

Cette reconstruction passera par de multiples réflexions, un retour vers sa vie passée, un regard neuf vers l'inconnu avec qui elle vivait, vers les traumatismes divers qu'ils ont connus.

Au cours de cette retraite, elle revoit un peu sa sœur et sa fille, mais surtout fait de nouvelles connaissances.

Tout d'abord elle rencontre celles qu'elle appelle "les cygnes", c'est-à-dire le petit groupe de vieilles dames que fréquente sa mère à la maison de retraite, avec lesquelles elle sympathise plus ou moins et qu'elle voit sans fard dans leur vieillesse et leurs difficultés à l'assumer.

Il y a ensuite les sept jeune lycéennes avec qui elle organise un atelier de poésie et dont les histoires et les drames la ramènent à sa propre jeunesse.

Il y a enfin la voisine, une mère au foyer vaguement artisan et ses deux enfants, une petite fille et un bébé garçon, qui sera le seul protagoniste masculin du livre: l'héroïne vit vraiment un été sans les hommes.

A travers ces groupes représentant différentes générations se dessine un portrait des différents âges de l'existence.

Les rapports de ces femmes au monde, aux hommes, au vieillissement, la façon de se réjouir ou d'avoir de la peine, tout est peint avec justesse et bonté.

Tissant habilement ces histoires qui se croisent sur fond d'introspection, Siri Hustvedt crée un petit monde attachant et malgré les drames et douleurs que chacune affronte, ce livre respire l'amour de la vie, l'indulgence et l'optimisme.

On en sort curieusement nostalgique et réjoui.

Bref, une bonne surprise et un très bon moment.

mardi 6 mai 2014

J'arrive...

Aujourd'hui je voudrais parler d'une expérience intime et douloureuse, mais que chacun ou presque est amené à expérimenter un jour ou l'autre: la maladie d'un proche, la diminution de ses capacités, voire sa dégénérescence.

Je distingue cette expérience du deuil, bien qu'elle le précède souvent, mais qui est une douleur d'un autre ordre.

Le deuil, c'est quand la personne est partie, qu'elle est morte, qu'elle n'est plus là.

On doit alors s'habituer à vivre sans elle, à penser sans elle, à trouver un sens à une existence en quelques sorte amputée. C'est plus ou moins difficile selon le moment, le caractère ou le lien qu'on avait, mais ce n'est jamais anodin.

En ce qui me concerne, mon premier vrai deuil, à l'âge de 11 ans, a été épouvantable.

J'ai perdu en trois jours un grand-père dont je n'étais pas plus proche que ça, mais dont la mort m'a bouleversé, paniqué et démoli pour un bon mois.

Je me suis senti trahi, abandonné, je n'arrivais pas à accepter et pensais ne jamais m'en remettre.

Aujourd'hui, fort de mon "expérience" dans le domaine puisque d'autres personnes, de ma famille et de mes connaissances, ont elles aussi quitté ce monde, j'estime qu'au contraire j'ai eu de la chance.

En effet, perdre quelqu'un brutalement est violent, mais bien moins douloureux que de le voir décliner, perdre ses forces, son caractère, régresser, de le voir ne plus pouvoir se prendre en main et n'être plus que l'ombre de ce qu'il a été.

Mon autre grand-père est ainsi décédé après huit mois, ce qui est relativement peu en fait, mais pendant lesquels j'ai vu cet homme, que j'admirais et dont je me sentais proche, perdre
progressivement tous ses moyens et toute sa dignité avant de s'éteindre.

Quant à la grand-mère qui me reste, une forte femme qui n'a jamais eu froid aux yeux, elle est devenue une ombre craintive, qui végète dans une maison de retraite où elle perd la notion du temps.

C'est pourquoi pour mon propre départ j'appelle de tout mon cœur l'infarctus définitif. Je suis même prêt à renoncer à quelques années pour cela (même si ce genre de marché n'est évidemment qu'une vue de l'esprit et que comme tout le monde, je souhaite vivre longtemps et en bonne santé...).

Mais ces deuils-là, ces décès, même s'ils sont précédés par le naufrage de la vieillesse, sont dans l'ordre des choses.

Mes grands-parents étaient/sont âgés, ont/avaient vécu, atteign(ai)ent le bout de leur vie. Ce terme est toujours difficile à accepter, mais on sait qu'il arrive fatalement un jour.

En revanche, j'ai été et suis confronté à des maladies, parfois incurables, qui frappent des gens de mon entourage, de mon âge ou quasiment, un peu plus jeunes ou un peu plus vieux.

La même année, il y a eu deux moins de trente ans qui ont révélé une sclérose en plaque.

Et il y a eu également deux cancers dans ma famille, mais qui ont frappé des quadragénaires, les lançant avec leurs familles dans un long combat, incertain et épuisant.

Ma réaction devant ce genre de nouvelle est toujours la même: le choc, l'incrédulité...la révolte aussi, surtout quand la personne n'a a priori jamais eu de comportement à risque.

J'ai eu à chaque fois envie de hurler autant que de pleurer, hurler devant l'injustice de notre Nature dont on nous vante la justice et la sagesse, alors que son arbitraire est révoltant et inhumain de cruauté.

La question du "Pourquoi?" est lancinante et sans réponse.

Le sentiment dominant devient bien vite l'impuissance. Impuissance devant la douleur, devant la progression inéluctable, devant cette punition sans mobile, cette horreur gratuite qui semble frapper au hasard.

Aujourd'hui, notre monde s'est incroyablement sophistiqué, la précaution est partout, on fait attention aux comportements à risque, on sécurise et on verrouille tout. On essaye de tout prévoir, d'anticiper, parfois avec un zèle aussi dangereux que l'excès qu'on combat. 

Mais face à la maladie on est toujours aussi démuni, nu et fragile.

On l'est peut-être même plus qu'avant dans nos sociétés aseptisées qui essayent à toute force d'expulser mort, vieillesse et souffrance physique, faisant paraitre ces événements d'autant plus scandaleux quand fatalement ils arrivent, car ils arrivent toujours.
 
Il est pourtant impératif de s'y habituer, puisque c'est notre triste lot à tous et qu'on ne peut rien y faire...

 
Jacques Brel: J'arrive (1968)

De chrysanthèmes en chrysanthèmes,
Nos amitiés sont en partance.
De chrysanthèmes en chrysanthèmes,
La mort potence nos dulcinées.

De chrysanthèmes en chrysanthèmes,
Les autres fleurs font ce qu'elles peuvent.
De chrysanthèmes en chrysanthèmes,
Les hommes pleurent, les femmes pleuvent.

J'arrive, j'arrive,
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois traîner mes os
Jusqu'au soleil, jusqu'à l'été
Jusqu'au printemps jusqu'à demain.

J'arrive, j'arrive,
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois voir si le fleuve
Est encore fleuve, voir si le port
Est encore port, m'y voir encore

J'arrive, j'arrive,
Mais pourquoi moi, pourquoi maintenant,
Pourquoi déjà et où aller?
J'arrive bien sûr, j'arrive,
Mais ai-je jamais rien fait d'autre qu'arriver?

De chrysanthèmes en chrysanthèmes,
A chaque fois plus solitaire.
De chrysanthèmes en chrysanthèmes,
A chaque fois surnuméraire.

J'arrive, j'arrive,
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois prendre un amour
Comme on prend le train pour plus être seul,
Pour être ailleurs, pour être bien.

J'arrive, j'arrive,
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois remplir d'étoiles
Un corps qui tremble et tomber mort,
Brûlé d'amour le cœur en cendres.

J'arrive j'arrive
C'est même pas toi qui es en avance,
C'est déjà moi qui suis en retard.
J'arrive, bien sûr j'arrive,
Mais ai-je jamais rien fait d'autre qu'arriver?